Arrêt sur images : Café du 12 mars 2019 – Edouard Vaillant

Edouard VAILLANT

par Gilles CANDAR

Président de la Société des Etudes Jaurésiennes

Edouard Vaillant est un personnage assez méconnu , surtout présent dans la toponymie urbaine . Pourtant , il a souvent été un homme politique de premier plan . Socialiste , l’un des élus majeurs de la Commune de Paris , il sera surnommé par un journaliste du « Populaire  » , dans les années 1930 , « la plus forte tête pensante de la Commune  » . Né le 29 janvier1840 à Vierzon , mort à Paris le 18 décembre 1915 , il se distingue par son ancrage dans son terroir , le Berry , et son grand attachement à Paris ( il est arrivé très jeune dans la capitale ) . Vaillant est né dans une famille bourgeoise et n’a jamais connu de problèmes d’argent . Après l’obtention du baccalauréat il intègre l’école centrale . Après avoir reçu une formation d’ingénieur et de médecin , il se tourne vers la philosophie qu’il étudie à Heidelberg , à Tübingen et à Vienne . Adhérent de l’ Internationale et lié à Blanqui , il participe à toutes les actions de la gauche socialiste pendant le siège de Paris . Membre élu de la Commune , il est nommé à sa commission exécutive et délégué à l’instruction publique . Après la semaine sanglante , il part en Angleterre où il fait la connaissance de Karl Marx . En 1871 ce dernier le fait entrer au conseil général de L’Internationale . Mais après le congrès de La Haye ( septembre 1872 ) , Vaillant se retire et cesse pratiquement toutes relations avec Marx . En juillet 1872 , Vaillant est condamné à mort par contumace et il ne reviendra en France qu’après l’amnistie générale de 1880 par Gambetta . Il milite d’abord dans le Cher , puis à Paris à partir de 1884 . Il crée avec Blanqui le journal  » Ni Dieu ni Maître  » . Lors de la crise Boulangiste , Vaillant prend fermement position contre le général qui , dit-il , veut renverser la République . Elu conseiller municipal de Paris en 1884 , il devient député de la capitale en 1893 et siègera à la Chambre jusqu’à sa mort en 1915 . Il y défendra en particulier la journée de 8 heures et l’extension de la législation sociale . Partisan de l’unification du mouvement socialiste français , il participera aux regroupements qui précèderont la création de la SFIO en 1905 . Il participera aux congrès de la II° Internationale où il sera l’un des plus ardents défenseurs de la grève générale contre la guerre . Et pourtant , en 1914 , il approuvera le ralliement des socialistes à l’Union Sacrée . De par sa formation , sa culture et son action , Edouard Vaillant forme avec Jean Jaurès , Jules Guesde et Jean Allemane le quatuor majeur du socialisme Français de la fin du XIX ° siècle et du début du XX° . Après la traditionnelle séance de questions-réponses entre l’intervenant et la salle il est mis fin à ce café Jaurès .

Ce Café fut animé par Rémy PECH, Président des Amis de Jean Jaurès à Toulouse

Cette soirée se termina par un diner très convivial où l’Amitié était au menu …

Jean Le POTTIER, Directeur des Archives Départementales du Tarn ainsi que Max ASSIE étaient parmi les nombreux convives.

arrêt sur images : Café du 19 février 2019

« Le coup d’état du                         2 décembre 1851 »

par Rémy CAZALS

Professeur émérite d’Histoire Contemporaine

Université Jean Jaurès – Toulouse

         

Le coup d’état du 2 décembre 1851 est l’acte par lequel , en violation de la légitimité constitutionnelle , Louis Napoléon Bonaparte ,Président de la République Française depuis 3 ans , conserva le pouvoir à quelques mois de la fin de son mandat , alors que la constitution de la deuxième République lui interdisait de se représenter aux élections présidentielles .

Pour comprendre ce qui s’est passé le 2 décembre 1851 il convient de remonter quelque temps en arrière . Lors de la révolution de 1848 , le suffrage censitaire universel ( uniquement masculin ) est mis en place . Le 10 décembre 1848 le prince Louis Napoléon Bonaparte , candidat , est porté à la Présidence de la deuxième République , avec une forte majorité , 74,5% ( à Toulouse , 62% seulement ) . Le nouveau Président jure fidélité à la constitution . Mais très vite , cette République évolue vers la réaction ( loi contre les arbres de la liberté ) .                                                                                         Parmi les lois votées, une restreint le suffrage universel : les ouvriers sont exclus du suffrage.                                                      

Le 2 décembre 1851 au matin , Louis Napoléon Bonaparte édicte 6 décrets proclamant la dissolution de l’Assemblée Nationale , le rétablissement du suffrage universel masculin , la convocation du peuple français à des élections et la préparation d’une nouvelle constitution . Si le peuple de Paris réagit relativement peu pour défendre une assemblée conservatrice qui l’a dépouillé d’une partie de ses droits , ce n’est pas le cas dans les zones rurales . Il faut citer le cas de Mazamet où les partisans de la République décident de résister avec les fusils  » empruntés  » à la garde nationale . Les insurgés livrent bataille mais force reste à l’armée . La résistance menée à Paris ou en province par les républicains ( Victor Schoelcher , Victor Hugo , Jean Baptiste Baudin ) est écrasée en quelques jours . En ce qui concerne les conséquences de cette résistance , il faut savoir qu’au niveau national 20000 personnes seront condamnées par des commissions mixtes . Elles seront envoyées à Cayenne , en Algérie , seront expulsées de France ou internées dans un autre département que celui d’origine . Louis Napoléon Bonaparte rétablit le suffrage universel masculin comme il s’y est engagé et convoque les français pour un plébiscite les 20 et 21 décembre 1851 afin de faire approuver son action et les mesures annoncées . Moins d’un an plus tard , le 2 décembre 1852 , à l’issue d’un autre plébiscite , le second empire est établi et Louis Napoléon Bonaparte devient Napoléon III , empereur des français . Le second empire sera marqué par une succession de guerres :de Crimée , d’Italie ,expédition du Mexique . . . La dernière , la guerre menée contre la Prusse , aboutira à la défaite de Sedan et à la chute de l’empire .                                                                                                                             

Ce café Jaurès se termine après une série de questions-réponses entre le public et l’intervenant .

Arrêt sur images : Café du 17 janvier 2019

La Commune de Toulouse 1871

Par Rémy PECH ,

Professeur émérite, ancien Président de l’Université Jean JAURES  

          Président des Amis de Jean Jaurès à Toulouse



Ce jeudi 17 janvier 2019 l’auditorium Jean-Jacques Rouch , qui accueillait un café Jaurès consacré à la Commune de Toulouse ( 1871 ) et l’assemblée générale de notre association , était comble . Après avoir adressé ses vœux pour 2019 aux personnes présentes, notre Président Rémy Pech a déroulé le récit de la Commune de Toulouse et fait mieux connaître son acteur principal Armand Duportal .

La Commune de Toulouse a été brève , non sanglante , atypique . Fin 1871 , Toulouse compte 112000 habitants . Sa population a doublé en 40 ans . Ce boom a été alimenté par la misère des campagnes alentour . A l’époque , Toulouse est une ville ouvrière ( 20000 ouvriers ) , mais elle compte aussi beaucoup de notables , d’universitaires . . . De nombreuses tensions existent . La Révolution de 1848 a eu lieu comme partout et a vu l’apparition d’une génération de républicains fervents . Ces républicains ont conquis le Capitole dés 1865 . La grande figure de la Commune de Toulouse est Armand Duportal . Né en 1814 , il est issu d’une famille originaire de Caraman . C’est un élève brillant mais indiscipliné . Exclu du lycée il ne pourra passer le baccalauréat . Il tente l’entrée à polytechnique mais échoue . Il écrit dans des  » feuilles  » toulousaines dés 1830 et travaille comme cadre dans la société du canal du midi . Licencié , il intègre une banque . Suit un période d’errance : Russie , Sardaigne . . . Il revient à Toulouse en 1870 et entre aux chemins de fer . Le 8 septembre 1870 il est nommé Préfet . Pour définir le personnage on peut le qualifier de radical ardent et de préfet atypique . Le 8 mars 1871 la Commune éclate à Paris . A Toulouse , à la place actuelle de l’université Toulouse1 Capitole se dresse une énorme usine , l’Arsenal . A l’entrée de celui ci , un poste militaire . Mais la garde de l’Arsenal doit-elle être assurée par la garnison voisine ou par un détachement de la Garde Nationale ? Le Préfet en place , Armand Duportal hésite . Dés octobre 1870 , il parraine une ligue demandant la séparation de l’église et de l’état , la laïcisation des écoles et le soutien aux intérêts de la classe ouvrière . Gambetta , effrayé par ces audaces , tente de nommer un nouveau Préfet mais il doit renoncer sous la pression des clubs toulousains et de la rue . Cependant , le 20 mars 1871 , Thiers , excédé par les ambiguités de Duportal et l’attitude attentiste des responsables de l’armée nomme un nouveau préfet de la Haute Garonne , le comte Emile de Keratry . Arrivé à Toulouse , celui ci doit s’éloigner de la ville , menacé par la Garde Nationale . Le 25 mars , les gardes nationaux occupent le Capitole aux cris de  » Vive la Commune ! Vive Paris !  » Ils vont ensuite trouver Duportal à la Préfecture et le ramènent au Capitole . Mais celui ci ne veut pas s’afficher à la tête du mouvement . Il rédige une « Proclamation de la Commune Révolutionnaire de Toulouse  » qui sera lue au balcon de l’Hôtel de Ville par un capitaine de la Garde Nationale , l’acteur Saint-Gaudens . Les magistrats toulousains ,qui dépendent du gouvernement , engagent des poursuites contre les meneurs . Plusieurs centaines de civils issus des quartiers bourgeois constituent sous les ordres du trésorier payeur général François de Carbonel un  » bataillon de l’ordre  » . Son but , renverser la Commune et précipiter le départ de Duportal . Le 27 , place du Capitole , 6 canons sont disposés devant les Arcades , afin de donner l’assaut à l’Hôtel de Ville . Mais une délégation se rend au Capitole et garantit l’impunité aux insurgés . L’Hôtel de Ville est évacué , la Préfecture également . Peu de temps après des mandats d’arrestation seront lancés: Duportal est incriminé ainsi que l’ancien maire de Toulouse , Castelbou . Les accusés seront déférés aux assises des Basses Pyrénées . Le procès , qui se déroulera à Pau du 8 au 12 août1871 aboutira à l’acquittement de tous les accusés .   

                                             


Un public toujours nombreux et attentif !!!

Assemblée Générale annuelle 17 janvier 2019

C’est toujours avec un réel plaisir que nous nous retrouvons au mois de janvier de chaque année pour tenir notre assemblée générale.

Celle-ci comme les précédentes a tenu toutes ses promesses …

Les adhérents ont répondu présents et en nombre …

L’Amitié était à l’ordre du jour de notre assemblée …

Résultats des différents votes :

Le Bilan d’Activités 2018 voté à l’unanimité.

Le Projet d’Activités de 2019 voté à l’unanimité.

Le Bilan Financier 2018 voté à l’unanimité.

Le nouveau Conseil d’Administration pour les années 2019/2020 élu à l’unanimité est le suivant :

BARBIER Jonathan – CAZALS Rémy – COHEN Françoise – CORBOBESSE Michelle – DELANDRE Emmanuel – DOUCET Dominique – DUCASSE Jean Louis – HIRIGOYEN Hervé – LLORET René – MARTINEL Martine – PECH Rémy – PETERSEN Marie Claude – POUMAREDE Jacques -RAYNAL Alain – REY Martine – THIRIET Jean Claude.

Le nouveau Bureau 2019/2020 élu à l’unanimité :

Président : PECH Rémy

Secrétaire Général : LLORET René

Secrétaire Adjointe : PETERSEN Marie Claude

Trésorier Général : DOUCET Dominique

Trésorier Adjoint : POUMAREDE Jacques

Un grand merci aux membres du CA ne renouvelant pas leur candidature et bienvenue aux nouveaux venus …

Une fois la séance levée, nous nous sommes retrouvés tous et toutes pour notre Galette Républicaine Traditionnelle et le verre de l’Amitié Jaurésienne.

Arrêt sur images : Café du 18 septembre 2018

« Droit du travail et politique »

par Michel Sabatté

avocat et universitaire

Cette communication a comporté 2 parties : la première consacrée aux liens pouvant être établis entre le droit du travail et la ou le politique , la seconde consacrée à l’analyse de la portée politique des réformes intervenues à partir du mois de septembre 2017 .
Le concept de politique est entendu comme suit :
    • Le politique tel que défini par André GORZ : un socle de valeurs     communément admises dans une société donnée ,
  • Mais aussi un ensemble de phénomènes qui ne se concentrent pas exclusivement sur l’Etat et qui englobent de nombreux thèmes traités par le droit du travail ( la liberté , le pouvoir , l’autorité , la représentation ).
Le Droit est considéré comme une émanation du politique qui l’auto-limite , mais qui ne l’expulse pas .
Le Droit , à la différence du politique , se caractérise par sa généralité , sa stabilité et sa prétention à la rationalité .
Le Droit du travail est-il par essence un droit politique ?
Le Droit du travail est-il exclusivement orienté vers la protection des salariés ?
Est-il , au contraire , ou en même temps , au service de la compétitivité des entreprises ?
Les exemples pourraient être multipliés .
Ce qu’il importe de relever c’est que les débats idéologiques ont souvent obscurci la compréhension de certaines réformes .
Le Droit du travail peut-il être considéré comme un droit politique ?
La réponse est affirmative lorsqu’on constate que ce droit ne présente pas les caractères de stabilité , de généralité et de précision qui renvoient à un droit susceptible de dépolitiser .
La réponse est positive lorsque l’on constate que certaines réformes ( le droit du licenciement économique ) présentent un caractère symbolique et représentent pour l’essentiel un message envoyé par le pouvoir politique qui s’installa à son électorat .
La réponse est affirmative enfin lorsque l’on constate que la plupart des normes du travail soit laissent place à des marges d’interprétation qui vont se dérouler de façon politique , soit sont issues d’une délégation à des instances privées , soit n’acquièrent pas de légitimation au point qu’il est impossible de les interpréter et de les appliquer ( le CPE par exemple ) .
Les réformes récentes du Droit du travail ont été adoptées au terme d’une procédure constitutionnelle .
Sur le fond elles s’inscrivent dans une continuité technique qui renvoie depuis le début des années 80 à une montée en puissance de la négociation collective d’entreprise , éventuellement dérogatoire .
Ces réformes s’inscrivent également dans une continuité idéologique amorcée au début des années 80 , lorsque le focus est centré désormais sur la compétitivité des entreprises , sur une représentation du salarié en terme de risque et sur un certain désengagement de l’état au regard du traitement de la question sociale largement soustraite au travail parlementaire .
Il s’agit d’une révolution du droit du travail à bien des égards .
        * Le droit du travail est assujetti aux impératifs de l’économie , voire à un discours sur l’économie .
         * Le droit du travail s’efface au profit d’un droit du marché du travail .
Il n’est plus centré sur l’entreprise mais sur l’accompagnement des transitions professionnelles .
          * Les réformes substituent au concept de démocratie sociale le concept de dialogue social .
           * L’ordre public est légalisé et , par là , dégradé .
           * La représentation du personnel est profondément transformée .
            *Enfin , la réforme de la représentation du personnel et l’assouplissement de la règlementation des CDI qui va se traduire par une augmentation de la précarisation de l’emploi annoncent un recul du fait syndical .
La conférence se termine après une séance de questions réponses entre l’intervenant et les personnes présentes dans la salle .
                                    * * * * * * * * * * * *

Regards du pays toulousain sur la Grande Guerre (suite & fin)

La photo ci-dessus représente un groupe d’élèves du collège de Nailloux (Haute-Garonne) en visite dans les restes de tranchées et de réseaux de barbelés à la Main de Massiges en 2017. Elle évoque le thème des animations, pédagogiques ou autres, extrêmement nombreuses, dont on ne pourra donner que quelques exemples, trop rapidement, mais en essayant de montrer leur complémentarité.

Le professeur Philippe Delvit a présenté les activités à l’Université de Toulouse-Capitole : l’exposition sur les juristes mobilisés ; le Livre d’or des étudiants en droit toulousains tués ; les deux cycles de conférences en 2017-2018 et 2018-2019. Il a rétabli en 2018 le rituel de dépôt de gerbes aux monuments aux morts de l’Université.

En 2008, les Archives municipales de Toulouse avaient déjà monté une très grande exposition en utilisant notamment les photos du fonds Berthelé inventorié par une étudiante de l’Université de Toulouse 2, Julie Maisonhaute. Cette expo avait été montrée en dehors de Toulouse, en particulier dans le département de l’Aisne. Les éditions Privat avaient tiré du fonds un beau livre préfacé par Geneviève Dreyfus-Armand, directrice de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Paris (BDIC). On verra plus loin que les associations de médecins toulousains qui ont réalisé une expo sur le service de santé pendant la Grande Guerre ont largement utilisé le fonds Berthelé. Il s’agit là d’un bon exemple de coopération entre diverses structures.
Rémy Verdo, actuel directeur des Archives municipales de Toulouse, a présenté deux ouvrages réalisés récemment : un catalogue de cartes postales de propagande à prétention humoristique éditées à Toulouse pendant la guerre (ouvrage auquel ont participé Cédric Marty et Fabrice Pappola) ; un petit livre de Louise-Emmanuelle Friquart sur les monuments aux morts toulousains, diffusé par la région Occitanie.
Sur le thème des monuments aux morts, Jacques Poumarède a organisé une soirée de l’association du quartier Concorde-Chalets autour du monument de la place Roquelaine représentant la France protectrice de la civilisation. Dans diverses sources numérisées, il a retrouvé la trace de plusieurs combattants dont le nom est inscrit sur le monument.
Sur le même thème, mais au niveau national, Emmanuel Delandre a produit une remarquable exposition (actuellement en place dans les salles de Canopé, ex-CRDP, rue Roquelaine, jusqu’au 14 décembre) et un très beau livre de photos. L’expo avait été montée à Sorèze en accompagnement du colloque « Enseigner la Grande Guerre ». Elle sera au Centre Culturel de Fouesnant (Finistère) du 9 au 25 janvier. Autre exemple de complémentarité entre les activités et de rayonnement culturel du pays toulousain.
Les deux photos reproduites ci-dessous sont prises à Toulouse (école Chaubet à Guilheméry) et à Dôle (monument à Jean Jaurès).

Au nom des Amis de l’Hôtel-Dieu et du Musée d’Histoire de la Médecine, le professeur Jean-Paul Carrière a présenté l’exposition « Au cœur du service de santé de la Première Guerre mondiale » montée à l’Hôtel Dieu de Toulouse en novembre 2016 pour une année et prolongée jusqu’en novembre 2018. Cette exposition reposait sur les documents originaux ayant appartenu au chirurgien toulousain Prosper Viguier, sur les photos du fonds Berthelé déjà cité et sur des uniformes et objets divers prêtés par des collectionneurs. Une vitrine présentait aussi les publications de l’Université Jean Jaurès en rapport avec 14-18. Les notes de Prosper Viguier ont été réunies en livre pour les éditions Privat. Un cycle de huit conférences a accompagné l’exposition. Celle du 5 novembre, la dernière du cycle, a pour auteur François Icher.
Celui-ci, inspecteur d’académie et inspecteur pédagogique régional, a également pris la parole le 20 octobre pour rappeler le fort investissement de l’Éducation nationale dans le Centenaire. On lira avec profit le texte de son intervention au colloque de Sorèze, dans Enseigner la Grande Guerre, livre déjà cité.

L’image ci-dessus illustre l’investissement des établissements d’enseignement dans des activités pédagogiques, la plupart labellisées par la Mission du Centenaire. Elle représente la manifestation franco-allemande du 29 mai 2016 à la nécropole de Douaumont sur une scénographie de Volker Schlöndorff (photo communiquée par la Mission du Centenaire pour le livre Enseigner la Grande Guerre).

Il faut terminer en insistant sur un fait capital : la motivation des institutions (dépôts d’archives, médiathèques, musées, mairies…), des établissements d’enseignement de tous niveaux, et de quantité d’associations de quartier, de village. J’ai pu personnellement le constater en faisant, entre 2014 et 2018, des dizaines d’interventions à travers la France, et même à l’étranger jusqu’à Shanghai…
Les Journées de Larrazet, animées par Alain Daziron, ont commémoré 14-18. Jean-Claude François a fait connaître les habitants de Villemur-sur-Tarn dans la Grande Guerre. Blagnac a réédité un ouvrage paru en 2008, a monté une exposition et organisé plusieurs spectacles. Le musée Petiet et le ciné-club de Limoux ont proposé un large éventail d’activités. La Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron a organisé un colloque et en a publié les Actes… Encore une fois, il n’est pas possible de citer toutes les initiatives

Dans sa conclusion à la journée du 20 octobre, le professeur Antoine Prost a souligné qu’il s’est passé quelque chose d’important qu’on n’avait pas prévu en 2013. Il s’est agi d’un phénomène commémoratif massif. Cela est dû au fait que la société a changé : nos contemporains ont davantage d’instruction et de temps libre ; les collectivités locales sont dotées de services culturels ; il y a des milliers d’associations. Ainsi, le Centenaire est-il aussi un témoignage sur l’évolution de la société française.

Liste des livres cités dans la 4e partie :

– Devaux (Olivier) et Garnier (Florent), Mémoires de la Grande Guerre – Le Livre d’or de la Faculté de Droit de Toulouse, Presses de l’Université Toulouse 1 Capitole, 2018.
– 1914-1918, Images de l’arrière-front, Raoul Berthelé, lieutenant et photographe, ouvrage préparé par Rémy Cazals, préface de Geneviève Dreyfus-Armand, Toulouse, Privat, 2008.
– Drôle de guerre !? Catalogue des cartes postales dessinées éditées à Toulouse (1914-1918), Archives municipales de Toulouse, 2014.
– Friquart (Louise-Emmanuelle), L’art du souvenir, les monuments commémoratifs de la guerre 1914-1918 à Toulouse, Conseil régional Midi-Pyrénées, 2014.
– Delandre (Emmanuel), De Mémoire et de Paix, le pacifisme dans les monuments aux morts de 14-18, Toulouse, 2017.
– Viguier (Prosper), Un chirurgien de la Grande Guerre, Toulouse, Privat, 2007.
– François (Jean-Claude), Les Villemuriens dans la Grande Guerre, « Les Amis de Villemur historique », 2014.
– Les Blagnacais pendant la Grande Guerre, « Blagnac, questions d’histoire », 2008, réédité en 2018.
– Les Aveyronnais sur tous les fronts 1914-1918, Rodez, Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, 2018.

Éclairages :

– Prost (Antoine), « Les monuments aux morts », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, I La République, Paris, Gallimard, 1984.
– Cazals (Rémy), Les mots de 14-18, Toulouse, PUM, 2003.

Regards du pays toulousain sur la Grande Guerre (4)

Des thèses marquantes en histoire ont été soutenues à Toulouse. On peut citer celles de Pierre Bouyoux sur l’opinion publique dans notre ville pendant la guerre, de Pierre Purseigle sur une histoire comparée Béziers/Northhampton, de Fabrice Pappola sur le bourrage de crâne et l’information des soldats. Voici deux thèses récentes publiées par de grands éditeurs.

La démarche de François Bouloc est originale. Il part des représentations de la catégorie des profiteurs (dans les témoignages des combattants, la presse, le théâtre…) puis il cherche la réalité en archives publiques. De nombreuses entreprises, petites et grandes, ayant fait des bénéfices extraordinaires en temps de guerre, ont fraudé le fisc. Tout en tenant un discours patriotique, leurs dirigeants privaient la patrie de ressources pour mener la guerre.
En utilisant de nombreux témoignages, Alexandre Lafon s’est penché sur le thème de la camaraderie au front. Ici, il est intéressant de remarquer le soutien du ministère de la Défense à un livre bien éloigné de « l’histoire-bataille » traditionnelle.

Les deux images ci-dessus sont des représentations fantasmées de la charge à la baïonnette que certains « penseurs » militaires français jugeaient irrésistible, sans se rendre compte que la guerre déclenchée en 1914 était une guerre industrielle. Le dessinateur (image à gauche) pouvait tout se permettre. Quant à la photo, considérée à tort par certains médias d’aujourd’hui comme authentique, c’est évidemment un faux joué quelque part à l’arrière (position aberrante du photographe si on était en plein combat, geste théâtral du chef tourné vers l’appareil photo, figurants jouant à être mort, sourire d’un assaillant qui regarde l’opérateur). Ces images ont intrigué Cédric Marty, auteur d’une thèse soutenue à Toulouse et dont il a tiré un livre qui vient de paraitre aux éditions Vendémiaire.

Après les thèses, les colloques universitaires. Les historiens toulousains ont participé à des colloques un peu partout en France et même à l’étranger. On peut citer celui de Dijon dont l’affiche rappelle la sympathique « galette républicaine » annuelle des Amis de Jean Jaurès à Toulouse. Il y a à Dijon un lycée hôtelier qui a suivi les recettes de l’époque pour fabriquer divers pains et gâteaux. Je le savais, mais j’en ai trouvé la confirmation concrète : le pain KK allemand est vraiment mauvais ! Et je me souviens du témoignage d’un poilu : lors d’une fraternisation, il a accepté du pain KK pour ne pas vexer l’Allemand qui le lui a donné.
Le colloque « Les batailles de 1916 » a été organisé directement par la Mission du Centenaire à Paris en 2016, sous la direction d’Antoine Prost. Le livre qui en rend compte vient juste d’être publié et présenté aux rendez-vous de l’histoire de Blois.

Organisatrice des colloques de Sorèze, Caroline Barrera a présenté celui d’octobre 2017, publié en octobre 2018, sur le thème « Enseigner la Grande Guerre ». Ces rencontres très originales sont prises en charge par Framespa (Université Jean-Jaurès) pour la partie scientifique, et, pour la partie logistique, par le syndicat mixte de l’abbaye-école de Sorèze qui fédère le département du Tarn, la région Occitanie et la ville de Sorèze. Depuis le colloque de 2009, publié en 2010, les Éditions midi-pyrénéennes assurent la fabrication richement illustrée. Le livre Enseigner la Grande Guerre est constitué de quatre parties. La première éclaire la question par des articles sur l’enseignement de 14-18 en Allemagne, dans l’Italie fasciste, dans les deux Irlande et en Alsace. La deuxième évoque les manuels français. La troisième décrit des expériences concrètes d’enseignement depuis l’école primaire jusqu’à l’université, en passant par le collège et le lycée. Enfin, la dernière partie fait un bilan du Centenaire en donnant la parole aux représentants de la Mission. Parmi les personnes présentes le 20 octobre, cinq ont participé au colloque et au livre : Caroline Barrera, Rémy Cazals, François Icher, Cédric Marty, Alexandre Lafon. On peut rappeler que le professeur Antoine Prost était venu à Sorèze en 2013 et avait rédigé la conclusion du colloque d’histoire de l’éducation publié sous le titre La Cour de récréation, dirigé par Caroline Barrera.

À l’université Jean Jaurès, le travail des germanistes touche également à l’histoire. Jacques Lajarrige a présenté le colloque international sur « Andreas Latzko (1876-1943), un classique de la littérature de guerre oublié ? », qui s’est tenu à Toulouse en avril 2017 et dont les Actes vont bientôt paraitre. De son côté, Hélène Leclerc a évoqué le camp d’internement de ressortissants des pays ennemis installé à Garaison, et le petit livre publié contenant les témoignages traduits en français de deux femmes qui y furent en captivité (Helene Schaarschmidt et Gertrud Köbner).

Les deux ouvrages de Laurent Ségalant méritent de figurer parmi les travaux universitaires. Le premier, en trois forts volumes en dit beaucoup sur les Gascons, soldats et civils, mais il dépasse le cadre régional par l’importance des explications concrètes, utiles à tous ceux qui travaillent sur la période. Je me souviens que Jean Le Pottier, lorsqu’il était directeur des Archives de la Haute-Garonne, avait ces trois volumes à portée de main comme des ouvrages de référence. Quant au livre sur la bataille de Bertrix (en Belgique, le 22 août 1914), il décrit à partir de sources nombreuses le véritable massacre des régiments du pays toulousain.

Livres cités dans la 3e partie :
– Bouloc (François), Les Profiteurs de guerre, 1914-1918, Bruxelles, Éditions Complexe, 2008.
– Lafon (Alexandre), La Camaraderie au front, 1914-1918, Paris, Armand Colin, 2014.
– Marty (Cédric), À l’assaut ! La baïonnette dans la Première Guerre mondiale, Paris, Vendémiaire, 2018.
– Poulain (Caroline) (dir.), Manger et boire entre 1914 et 1918, Dijon, Bibliothèque municipale, et Gand, Snoeck, 2016.
– Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale, Les Batailles de 1916, Paris, Sorbonne Université Presses, 2018.
– Cazals (Rémy) et Barrera (Caroline), Enseigner la Grande Guerre, Portet-sur-Garonne, Éditions midi-pyrénéennes, 2018.
– Köbner (Gertrud) et Schaarschmidt (Helene), Récits de captivité, Garaison, 1914, textes édités par Hilda Inderwildi et Hélène Leclerc, Toulouse, Le Pérégrinateur, 2016.
-Leclerc (Hélène) (dir.), Le Sud-Ouest de la France et les Pyrénées dans la mémoire des pays de langue allemande au XXe siècle, Toulouse, Le Pérégrinateur, 2018.
– Ségalant (Laurent), Des Gascons dans la Grande Guerre, Orthez, Éditions Gascogne, 2009, 3 volumes.
– Ségalant (Laurent), Mourir à Bertrix, Le sacrifice des régiments du Sud-Ouest, 22 août 1914, Toulouse, Privat, 2014.

(à suivre)

Regards du pays toulousain sur la Grande Guerre (3)

Deuxième partie :

Collecte, publication, analyse des témoignages

 

L’image ci-dessous reproduit la couverture d’un des livres de Jean Norton Cru ; l’autre sera cité plus loin.

Des collectes sporadiques de témoignages ont été effectuées bien avant le Centenaire, ainsi que des dépôts spontanés en archives publiques. C’est de cette façon, par exemple, que le fonds photographique Berthelé est entré dans les collections des Archives municipales de Toulouse (voir plus loin l’exploitation de ce fonds). Le Centenaire a accéléré le mouvement avec la Grande Collecte que nous a présentée Anne Goulet, directrice des Archives départementales de la Haute-Garonne.

Après la collecte ou la découverte de nouveaux témoignages, la publication intervient parfois. On peut souligner ici le rôle pionnier de la Fédération audoise des œuvres laïques (FAOL) qui avait déjà, en 1977, publié des extraits des carnets de Barthas. L’image ci-dessous évoque deux combattants audois édités par la FAOL : à gauche Léopold Noé, à droite Xavier Chaïla.

La carte postale (à gauche sur l’image) a été envoyée par Léopold Noé à son fils. Elle représente deux poilus, un faux (regardez ses chaussures et le décor peint dans un studio photo parisien) et un vrai, Léopold lui-même, qui exprime son authentique souvenir en grattant le mot « Bon » pour le remplacer par « Mauvais ». Appartenant au même régiment que le caporal Barthas, le soldat Noé décrit des épisodes identiques, et cette confrontation est bienvenue pour confirmer la fiabilité des deux témoignages.
Le timbre (à droite sur l’image) a été imprimé à l’initiative du petit-fils de Xavier Chaïla dans le cadre de la formule « Mon timbre à moi » comme l’a fait de son côté, avec le portrait de Jean Jaurès, l’association de ses amis de Toulouse.
La publication des témoignages peut revêtir plusieurs formes, ce qui introduit un biais dans la connaissance de l’histoire de la guerre par les lecteurs. Un témoignage non publié restera inconnu ; un témoignage publié à tirage confidentiel par piété familiale ou à petit tirage par une association locale aura moins d’impact qu’un autre, produit par un véritable éditeur et largement diffusé. Si le grand public peut se contenter, à la rigueur, de quelques best-sellers, il n’en est pas de même pour les historiens professionnels qui doivent se tenir informés de la grande complexité des situations et des sentiments en guerre.
Ci-dessous, à gauche, un petit livre de l’association des Amis des Archives de la Haute Garonne ; à droite, le tirage par son fils à compte d’auteur des lettres d’un territorial du Gers qui a très peu combattu et a reçu de nombreux colis de nourriture de sa famille vivant dans un département fameux pour sa gastronomie. Maurice Faget était aussi un soldat de la Grande Guerre et ce cas doit être pris en compte.

Alexandre Lafon (docteur en histoire, conseiller pédagogique et historique à la Mission du Centenaire) a exposé alors le travail des éditions Privat à Toulouse avec la collection « Témoignages pour l’histoire ». Il a lui-même présenté dans cette collection les lettres d’Henri Despeyrières, combattant du Lot-et-Garonne. Fabrice Pappola, présent dans l’auditorium, docteur en histoire et animateur pédagogique pour les collèges et lycées de la Haute-Garonne, a fait de même pour les carnets du sergent Pomiro, un des rares récits des combats de Gallipoli en 1915. La collection comprend aussi le témoignage du médecin toulousain Prosper Viguier, que nous retrouverons plus loin.

Une autre collection de Privat « Destins de la Grande Guerre » dépasse le cadre régional en publiant, par exemple, les lettres d’un épicier normand, Charles Patard, grand admirateur de Jaurès, et le journal de guerre d’un soldat russe, Stéphane Ivanovitch Gavrilenko, envoyé combattre les Allemands sur le front français et qui resta en France après la guerre.
Un autre livre, tout juste publié par Privat, donne à lire plus de cent témoignages de militaires et de civils sur le thème du jour de l’armistice. Les textes sont rassemblés en chapitres selon la situation des témoins en novembre 1918. Le livre souligne l’importance de cette journée historique, et il montre aussi que certaines unités françaises ont combattu après cette date : c’est le cas des troupes envoyées en Russie contre les bolcheviks à Arkhangelsk, à Odessa et même en Sibérie.

Les témoignages collectés, publiés ou inédits, doivent être analysés par les historiens. Voici encore un éditeur du pays toulousain : les Éditions midi-pyrénéennes qui ont publié le gros livre collectif 500 témoins de la Grande Guerre. On en voit ci-dessous la couverture illustrée gracieusement, par amitié, par le célèbre dessinateur de BD, Tardi. Le livre collectif a rassemblé 33 auteurs dont 16 Toulousains. Quelques-uns d’entre eux ont participé à la journée du 20 octobre (Alexandre Lafon, Cédric Marty, Fabrice Pappola, Rémy Cazals), ainsi que l’éditeur (Bernard Seiden) qui a évoqué une vente de plus de 3 000 exemplaires de ce livre.

Cet ouvrage souhaite prendre la suite du fameux livre Témoins, Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, publié en 1929. L’auteur, Jean Norton Cru, ne prenait en compte que les textes de combattants édités. Donc pas de témoignages féminins et pas d’analyse d’inédits. Pourtant Jean Norton Cru avait annoncé que ces inédits existaient en grande quantité et qu’ils sortiraient un jour des tiroirs et des greniers. C’est bien ce qui s’est produit. Certains disent que la publication des carnets de Barthas a été déterminante pour déclencher la recherche, et nous ne les démentirons point.
Publié pour le Centenaire, le livre 500 témoins constate un net rééquilibrage social. Sur les 250 combattants étudiés par Cru, 78% appartenaient aux classes dirigeantes et intellectuelles, et 22% étaient des étudiants destinés à devenir des intellectuels ou des cadres. Sur les 500 notices du livre récent, 50% concernent les catégories populaires (cultivateurs, ouvriers, artisans, petits commerçants, employés de bureaux, instituteurs de villages).
Autour de l’an 2000, certains historiens ont critiqué ce qu’ils ont appelé « la dictature du témoignage ». C’était une erreur. Si les témoignages sont analysés avec méthode, confrontés, placés dans leur contexte, ils deviennent des documents fiables. Ce qu’il faut craindre, plutôt, c’est la dictature d’un historien ou d’une historienne sur les témoignages : surinterprétation, élimination de témoignages qui gênent des théories excessives. Il faut continuer à en chercher car ils apportent toujours du nouveau : ainsi en est-il du texte de Marius Reverdy, un Audois, (rare témoignage d’un sous-marinier français) et de la correspondance d’une valeur historique considérable de Marie-Louise et Jules Puech, tarnais d’origine. Jules a décrit avec précision la vie des poilus à Verdun et dans la Somme. Marie-Louise, à Paris, recevait beaucoup d’informations de personnalités politiques et militaires et participait aux mouvements pacifistes. Mari et femme ont eu à affronter la censure (sur le courrier et sur la publication de la revue La Paix par le Droit) et leur correspondance révèle plusieurs méthodes pour la contourner.

Liste des livres cités dans la 2e partie :
– Cru (Jean Norton), Témoins, Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, avec un supplément critique de Frédéric Rousseau, Presses universitaires de Nancy, 2006 [1ère édition, 1929].
– Cru (Jean Norton), Du témoignage, Paris, Gallimard, 1930. Certaines éditions récentes incomplètes ne sauraient être retenues.
– Noé (Léopold), Nous étions ennemis sans savoir pourquoi ni comment, Carcassonne, FAOL, 1980.
– Chaïla (Xavier), C’est à Craonne, sur le plateau… Journal de route 1914, 15, 16, 17, 18, 19,
Carcassonne, FAOL, 1997. À partir du mémoire de maîtrise de Sandrine Laspalles.
– Chansou (Joseph), Un prêtre frontonnais dans la Grande Guerre, Journal 1914-1918, Toulouse, Association des Amis des Archives de la Haute-Garonne, 2014.
– Faget (Henri), Lettres de mon père 1914-1918, à compte d’auteur, 2009.
– « C’est si triste de mourir à vingt ans », Lettres du soldat Henri Despeyrières, 1914-1915, présentées par Alexandre Lafon, préface d’André Bach, Toulouse, Privat, 2007.
– Lafon (Alexandre), « Autour de la pratique photographique au front, étude de la collection d’Henri Despeyrières », dans Annales du Midi, n° 275, juillet-septembre 2011, p. 391-408.
– Les Carnets de guerre d’Arnaud Pomiro, Des Dardanelles au Chemin des Dames, présentés par Fabrice Pappola, Toulouse, Privat, 2006.
– Jeger (Isabelle), « Si on avait écouté Jaurès », Lettres d’un pacifiste dans les tranchées, Charles Patard, Toulouse, Privat, 2014.
– Adam (Rémi), Le journal de Stéphane Ivanovitch Gavrilenko, Un soldat russe en France 1916-1917, Toulouse, Privat, 2014.
– Cazals (Rémy), La fin du cauchemar, 11 novembre 1918, Toulouse, Privat, 2018.
– Cazals (Rémy) (dir.), 500 témoins de la Grande Guerre, Portet-sur-Garonne, Éditions midi-pyrénéennes, 2013.
– Reverdy (Marius), Mon journal de guerre 1914-15-16-17-18, Carcassonne, Archives de l’Aude, 2016.
– Puech (Marie-Louise et Jules), Saleté de guerre ! Correspondance 1915-1916, Maisons-Laffitte, Ampelos, 2015.

(à suivre)

Regards du pays toulousain sur l’histoire de la Grande Guerre

Toulouse, Espace Diversités & Laïcité, rue d’Aubuisson,

Samedi 20 octobre, de 15 à 19 heures

Cette manifestation est animée par Rémy Cazals, professeur émérite à l’université de Toulouse Jean Jaurès. Elle est le résultat d’une initiative commune de deux associations : les Amis de Jean Jaurès à Toulouse et les Amis des Archives départementales de la Haute-Garonne. Elle a reçu le label de la Mission nationale du Centenaire, représentée sur place par Antoine Prost, président de son conseil scientifique, par Rémy Cazals, membre de ce conseil et par Alexandre Lafon (ancien étudiant de l’université Jean Jaurès), conseiller pédagogique et historique auprès du directeur général, Joseph Zimet (lui-même attaché à la région puisque né à Arfons dans la Montagne Noire).
Le pays toulousain est considéré comme englobant Toulouse et la Haute-Garonne avec quelques extensions vers les départements limitrophes. S’il n’est pas possible de signaler toutes les initiatives prises sur ce territoire pendant la période du Centenaire, celles qui vont être présentées ici sont nombreuses et variées.

La une de La Dépêche du 1er août 1914 annonce deux nouvelles : l’assassinat de Jean Jaurès, qui écrivait dans le quotidien toulousain depuis 1887, et la mobilisation. Le premier jour de la mobilisation générale est le dimanche 2 août. L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août.
Dans notre présentation, la place du témoignage des contemporains est tellement importante qu’elle occupe deux parties :
1. Le livre du tonnelier Barthas
2. Collecte, publication, analyse des témoignages
Viennent ensuite :
3. La recherche universitaire
4. Pédagogie, animations

1ère partie : Le livre du tonnelier Barthas

Louis Barthas était tonnelier à Peyriac-Minervois (Aude) et ses camarades de régiment vivaient, comme il l’écrit lui-même, sur les bords de l’Aude et de la Garonne. La photo suivante représente la section du sous-lieutenant Coll du 280e régiment d’infanterie devant les ruines de la brasserie de Vermelles en Artois. On distingue Barthas vers le fond, et des soldats décrits dans son livre, comme Maisonnave, au premier rang, veste déboutonnée. Cette photo appartient au fonds Hudelle découvert par une étudiante toulousaine et déposé aux Archives de l’Aude.

Le texte de Barthas décrit tous les aspects de la vie dans les tranchées. Il constitue un bon répertoire des diverses formes de trêves tacites et de fraternisations. Il montre aussi toute l’horreur de la guerre. Les titres donnés à ses cahiers sont clairs : « le charnier de Lorette », « l’enfer de Verdun », « dans la boue sanglante de la Somme », etc. Décrire les moments de « laisser vivre » entre ennemis ne signifie pas qu’on nie la violence des combats.

Rappelons que Louis Barthas était un simple caporal, un artisan de village, seulement titulaire du certificat d’études primaires, militant socialiste. Son texte a été publié en 1978 par François Maspero et a eu immédiatement un extraordinaire succès. Son talent naturel, sans artifices, a été reconnu, par exemple, par François Mitterrand à qui les socialistes audois avaient offert l’ouvrage : « Ah, les Carnets de Louis Barthas ! Ce livre a une haute valeur historique, et aussi c’est une véritable œuvre littéraire. »
En 2018, le livre de Barthas a atteint un tirage total de 150 mille exemplaires, incluant l’édition en format de poche et les traductions en anglais, en espagnol et en néerlandais ; il a reçu un excellent accueil du New York Times, et de journaux espagnols de premier plan comme El Païs.

Le texte de Barthas a été exploité à la télévision (série Arte en 2014), dans la chanson (Marcel Amont), au théâtre (Philippe Orgebin), dans la BD (ci-dessous Louis Barthas vu par Kris et Maël).

Il a été largement utilisé dans les manuels scolaires de collège et de lycée. Par exemple, ci-dessous, dans un manuel de troisième des années 1980.

(à suivre)…

un homme une histoire