le jaurésisme

Les idées socialistes de Jaurès : 

Le socialisme de Jean Jaurès mêle le marxisme aux traditions révolutionnaires et républicaines françaises. Le socialisme de Jaurès est souvent qualifié d’« humaniste », avec ses références constantes à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et à la Révolution française, dont il fut l’historien.

Jaurès retient du marxisme l’idée du danger de la concentration capitaliste, la théorie de la valeur et la nécessité de l’unité du prolétariat. Jaurès est évidemment favorable à des lois de protection sociale. Il souhaite aussi unecollectivisation volontaire et partielle. Il veut la démocratisation de la propriété privée, et non sa destruction, et il est attentif aux mouvements coopératifs (verrerie ouvrière d’Albi).

Socialiste, Jaurès dénonce le contraste entre l’énorme misère du prolétariat industriel et l’insensibilité sociale de la bourgeoisie. Pendant une longue époque du dix-neuvième siècle, la défense égoïste de ses privilèges a poussé la bourgeoisie à vouloir imposer le silence au prolétariat en lui interdisant le droit de grève et le droit syndical (qui ne sera reconnu qu’en 1884). Dans son livre intitulé Jean Jaurès, un combat pour L’Humanité, Pascal Melka montre en quels termes Jaurès dénonce cette situation dans sa plaidoirie au procès qui a opposé en 1894 le journaliste Gérault-Richard au président de la République Jean Casimir-Périer :

« Et vous vous étonnez de la véhémence de nos paroles, de la force de nos accusations ! Mais songez donc que nous parlons au nom d’un siècle de silence ! Songez donc qu’il y a cent ans il y avait dans ces ateliers et dans ces mines des hommes qui souffraient, qui mouraient sans avoir le droit d’ouvrir la bouche et de laisser passer, en guise de protestation, même leur souffle de misère : ils se taisaient. Puis un commencement de liberté républicaine est venu. Alors nous parlons pour eux, et tous leurs gémissements étouffés, et toutes les révoltes muettes qui ont crié tout bas dans leur poitrine comprimée vibrent en nous, et éclatent par nous en un cri de colère qui a trop attendu et que vous ne comprimerez pas toujours. »

Jaurès conçoit, par ailleurs, le passage au socialisme dans le cadre de la République parlementaire. Attaché aux traditions républicaines françaises, il n’est cependant pas centralisateur (comme le montrent ses idées sur l’enseignement des langues régionales).

L’historien Michel Winock rappelle : « Ce qui est remarquable, c’est qu’il rend hommage à tous les camps. Ce n’est pas un sectaire. Par exemple, à propos des droits de l’homme et du citoyen, les marxistes disent que ce sont des droits formels, un masque qui rejette dans l’ombre les vraies motivations, c’est-à-dire la défense des intérêts de la bourgeoisie. Ce n’est pas du tout l’avis de Jaurès ». Lors de l’affaire Dreyfus, alors que le socialiste et marxisteJules Guesde juge que le prolétariat n’a pas à défendre un bourgeois, Jean Jaurès s’engage en sa faveur, écrivant : « Nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfermer hors de l’humanité ».

Jean Jaurès

Jean Jaurès

Fonctions

Député du Tarn

10 novembre 1885 – 11 novembre 1889

8 janvier 1893 – 1er juin 1898

Prédécesseur  :  Jérôme de Solages

Successeur   :   Jérôme de Solages

1er juin 1902 – 31 juillet 1914

1er directeur de L’Humanité

18 avril 1904 – 31 juillet 1914

Successeur  :    Pierre Renaudel

1er président du Parti socialiste français

1902 – 1905

Biographie

 

Date de naissance  :   3 septembre 1859

Lieu de naissance   :   Castres, Tarn

Date de décès    :        31 juillet 1914 (à 54 ans)

Lieu de décès :   Paris

Nationalité   :   Française

Parti politique : Parti opportuniste

Socialistes indépendants

Parti socialiste français

Section française de l’Internationale ouvrière

Conjoint  :        Louise Bois

Enfant(s)      :   Madeleine Jaurès, Louis Paul Jaurès

Diplômé de :    ENS Paris

Profession  :     Professeur agrégé

Maître de conférences

Journaliste

Jaurès, le leader socialiste français

1898-1914 : Jaurès, le leader socialiste français

L’affaire Dreyfus

Au début de l’affaire Dreyfus, Jaurès est convaincu de la culpabilité du capitaine Dreyfus. Il utilise même la sentence de déportation, qu’il juge clémente, pour dénoncer l’incohérence de la justice militaire dans un discours à l’assemblée, le 24 décembre 1894 où il déclare que « le capitaine Dreyfus, convaincu de trahison par un jugement unanime, n’a pas été condamné à mort, et le pays voit qu’on fusille sans pitié de simples soldats coupables d’une minute d’égarement, de violences ». Selon les termes de l’historien Michel Dreyfus, « Jaurès estime [au début de l’Affaire] que si Dreyfus n’est pas condamné à mort, c’est parce que l' »immense effort juif » fait en sa faveur n’a pas été tout à fait « stérile » et qu’il a bénéficié du « prodigieux déploiement de la puissance juive » »

Face à la campagne de révision, Jaurès reste donc au départ en retrait. Par la suite, il s’engage véritablement comme défenseur de Dreyfus. « En définitive, la haine de l’antisémitisme ne semble pas avoir joué un rôle « déterminant » dans son engagement en faveur de Dreyfus : c’est bien davantage sa vision de la démocratie, ainsi que sa volonté de rallier la jeunesse qui l’auraient poussé en ce sens. Dès lors, le combat de Jaurès en faveur de Dreyfus devient décisif3 ». Le J’accuse de Zola ne paraît pas avoir été l’élément déclencheur : il refuse encore de s’engager, le 20 janvier 1898, « entre les « cléricaux » qui voudraient utiliser l’Affaire contre les Juifs, les protestants ainsi que les libres penseurs, et les « capitalistes juifs » qui, discrédités par de nombreux « scandales », cherchent à se réhabiliter » puis évoque encore en juin la « race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la fièvre du prophétisme [, qui] manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corruption et d’extorsion »

L’évènement décisif est la révélation, fin août 1898, du faux commis par le commandant Henry : Jaurès s’engage alors avec passion dans la défense de Dreyfus. Pour lui, l’affaire est non seulement un problème de justice individuelle, mais surtout de respect de l’humanité elle-même. En effet, elle pose le problème du mensonge et de l’arbitraire des grandes institutions, notamment de l’armée qui entend avoir une « justice » séparée. En outre, elle est utilisée par les droites catholique et nationaliste pour renverser la République. Il s’oppose alors à certains autres socialistes, dont Jules Guesde pour qui Dreyfus est un officier bourgeois dont la défense ne serait pas prioritaire (le souvenir de la répression sanglante de la Commune de Paris, et d’autres révoltes ouvrières, est pour beaucoup dans la défiance de militants ouvriers envers la cause d’un officier). Jaurès, dans un ouvrage dreyfusard, « Les Preuves », écrit : « Si Dreyfus a été illégalement condamné et si, en effet, comme je le démontrerai bientôt, il est innocent, il n’est plus ni un officier ni un bourgeois : il est dépouillé, par l’excès même du malheur, de tout caractère de classe; il n’est plus que l’humanité elle-même, au plus haut degré de misère et de désespoir qu’on puisse imaginer. […] Nous pouvons, sans contredire nos principes et sans manquer à la lutte des classes, écouter le cri de notre pitié; nous pouvons dans le combat révolutionnaire garder des entrailles humaines; nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfuir hors de l’humanité. »

Mais pour Jaurès, l’accablement de malheurs et d’injustices dont Dreyfus est victime font de lui un homme qui souffre des persécutions de la caste militaire, qui est le « gardien armé du Capital », et donc l’ennemi du prolétariat.

Avec l’affaire Dreyfus, Jaurès devient un homme politique à l’influence nationale.