Rencontre débat le 26 septembre 2015 à l’Hôtel de Region

Avant la rencontre-débat du 26 septembre 2015 sur le thème  » Jean Jaurès, journalisme et liberté de la presse  » (programme bientôt diffusé sur ce blog) nous avons réunis ici quelques extraits des principaux articles que Jaurès consacra au sujet de la presse. Quand il parle de la presse indépendante et libre (il la veut et la pratique avec son journal) il s’exprime sur la presse telle qu’il entend la faire et la promouvoir (avril 1904, lors de la création de l’Humanité ). Mais il parle aussi de la presse corrompue et aux ordres telle qu’il la voit et la dénonce.

Extrait de l’éditorial du premier  numéro de l’Humanité (18 avril 1904), intitulé Notre but : l’humanité :

 » […] Nous voudrions de même que le journal fût en communion constante avec tout le mouvement ouvrier, syndical et coopératif. […] Sans nous arrêter aux diversités et aux contrariétés de tactiques et de formules, nous serons heureux d’accueillir ici toutes les communications où se manifestera la vie ouvrière ; et nous seconderons de notre mieux tous les efforts de groupement syndical et coopératif du prolétariat. Ainsi la largeur même et le mouvement de la vie nous mettrons en garde contre toute tentation sectaire et tout esprit de coterie.

C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. La grande cause socialiste et prolétarienne n’a besoin ni du mensonge, ni du demi-mensonge, ni des informations tendancieuses, ni des nouvelles forcées ou tronquées, ni des procédés obliques ou calomnieux. Elle n’a besoin ni qu’on diminue ou rabaisse injustement les adversaires, ni qu’on mutile les faits. Il n’y a que les classes en décadence qui ont peur de toute la vérité ; et je voudrais que la démocratie socialiste unie à nous de cour et de pensée, fût fière bientôt de constater avec nous que tous les partis et toutes les classes sont obligés de reconnaître la loyauté de nos comptes-rendus, la sûreté de nos renseignements, l’exactitude contrôlée de nos correspondances. J’ose dire que c’est par-là vraiment que nous marquerons tout notre respect pour le prolétariat. Il verra bien, je l’espère, que ce souci constant et scrupuleux de la vérité même dans les plus âpres batailles, n’émousse pas la vigueur du combat ; il donne au contraire aux coups portés contre le préjugé, l’injustice et le mensonge une force décisive.

 

L’Humanité, premier n°, 18 avril 1904

Mais tout cela ne serait rien et toute notre tentative serait vaine ou même dangereuse si l’entière indépendance du journal n’était point assurée et s’il pouvait être livré, par des difficultés financières, à des influences occultes. L’indépendance du journal est entière. Les capitaux, dès maintenant souscrits, sont suffisants pour nous permettre d’attendre le développement espéré du journal. Et ils ont été souscrits sans condition aucune. Aucun groupe d’intérêts ne peut directement ou indirectement peser sur la politique de l’Humanité.

[…] Faire vivre un grand journal sans qu’il soit à la merci d’autre groupe d’affaires, est un problème difficile mais non pas insoluble. Tous ici, nous nous donnerons un plein effort de conscience et de travail pour mériter ce succès : que la démocratie et le prolétariat nous y aident. »

 

Dans un article du 10 août 1906, intitulé « Par la classe ouvrière », il explique de nouveau, encore plus précisément qu’en 1904, la manière dont il voit « son » journal comme le creuset dans lequel, si les malentendus sont évités et si un réel dialogue s’instaure, peut se penser et s’élaborer « le renversement de la société capitalistique [et] l’élaboration de la société collectiviste et communiste ».

Extraits

 » Je suis sûr que les lecteurs de l’Humanité, travailleurs, socialistes, démocrates nous sauront gré de leur permettre de suivre le mouvement ouvrier, syndical et coopératif, interprété par ceux-là mêmes qui y prennent une grande part. Je voudrais que ce journal pût traduire toute la pensée de la classe ouvrière politiquement organisée par le Parti socialiste, économiquement organisée dans les coopératives et les syndicats.

[…] Ce n’est ni par autorité, ni par surprise que se réalisera l’unité d’idée et d’action. Il faut d’abord et essentiellement que le prolétariat puisse exprimer toute sa conscience, formuler toute son expérience en toute liberté.

[…] La classe ouvrière est majeure ; elle peut supporter la diversité des vues et des conceptions, pourvu que tout l’effort soit sincèrement dirigé vers la libération totale. L’avènement du collectivisme ne sera pas pour les travailleurs une tutelle nouvelle ou d’intellectuels ou de bureaucrates : ce sera vraiment la souveraineté du travail organisé. Cette souveraineté directe, cette action autonome, les travailleurs en font dès maintenant l’apprentissage dans leurs coopératives et leurs syndicats. Cette autonomie, ils doivent l’exercer aussi dans l’ordre de la pensée en soumettant à leur libre critique toutes les théories, toutes les tactiques, toutes les formules d’émancipation qui leur sont proposées par des esprits libres.

 

l’Humanité du 10 août 1906

Ce qui importe, c’est que les divergences de vues ne soient pas aggravées par des malentendus. Or, rien n’aggrave les malentendus comme l’ignorance. À expliquer, à préciser devant un même prolétariat leurs thèses diverses, les militants apprendront à se mieux connaître, j’entends à mieux comprendre les idées, les uns des autres. Et il sera d’autant plus aisé à la classe ouvrière elle-même de résoudre les oppositions et de créer l’unité d’action et de mouvement qu’elle connaîtra mieux tous les points de vue. Il est impossible qu’une mutuelle estime ne concilie pas ceux qui, par des voies diverses, veulent aller au même but et travailler sincèrement, de toute leur force, à la délivrance du travail opprimé. C’est dans cet esprit que je souhaite ici la bienvenue aux militants du syndicat et de la coopération.

Pour nous, socialistes «parlementaires», nous n’enfermons pas toute l’activité du Parti dans l’enceinte du Parlement, nous croyons que notre effort nécessaire resterait vain si la classe ouvrière n’était pas puissante et organisée. Mais il est dans la nature des choses que les combinaisons de la lutte parlementaire obsèdent et envahissent trop notre esprit. Cette tribune syndicale et coopérative quotidienne nous rappellera sans cesse les combats, les tentatives, les souffrances, les expériences, les évictions de la classe ouvrière. C’est la vie même du prolétariat, si vaste, si diverse, si tourmentée qui passera sans cesse dans l’esprit des socialistes comme un courant énergétique et chaud. Ce sera pour nous tout un renouvellement incessant d’ardeur, d’énergie, d’effort. »

 

Article « Notre crise », le 5 octobre 1906, Jaurès évoque certains secours proposés au journal… :

« Des concours qui nous sauveraient financièrement m’ont été offerts : mais à des conditions inacceptables pour nous. Les uns m’ont apporté, il y a quatre jours, deux cent mille francs, c’est-à-dire le salut certain et définitif, mais à condition que nous cessions toute campagne contres les «finances russes», et que nous ne protestions pas contre les nouveaux emprunts que médite le tsarisme sur le marché français pour mieux égorger la liberté russe. D’autres m’ont demandé en échange de leur concours immédiat de fâcheuses interventions auprès du gouvernement. Il vaut mieux que nous disparaissions si la vie est à ce prix, et que nous préparions la liquidation du journal dans des conditions honorables pour lui et pour nous. »

 

Article La curée prochaine, le 30 juin 1909, Jaurès expose la manière dont certains lobbies industriels tentent d’acheter la presse :

« Hier matin les administrateurs de l’Humanité ont reçu la visite d’un publiciste qui leur offrait de mener dans nos colonnes au profit de tels ou tels fournisseurs de la marine une campagne fructueuse. Il s’agissait, en vue du prochain programme de travaux, de dériver les commandes vers certains types industriels. Nos amis ont fait la réponse qui convenait.

Mais voilà le cas que les grands fournisseurs, les grands capitalistes, font des enquêtes. On pourra voter ce qu’on voudra, ils s’en moquent. Une seule chose les intéresse : c’est qu’au bout des paroles et des votes, il y aura un nouveau programme de dépenses, de nouveaux crédits. Et ils essaient de se tailler d’avance la plus large part en corrompant la presse, en trompant l’opinion, en compromettant les hommes publics.

Il faudrait pour empêcher la curée une énergie de fer, et la France n’a à son service qu’un ministère sans principes, manipulant une majorité sans ressort, tout entière absorbée par des soucis d’arrondissements, par des besognes de clientèle. »

 

 

Face aux difficultés du journal, Jaurès reprend la plume (article intitulé Pour le développement de l’Humanité, paru le 11 novembre 1913) pour inciter les lecteurs qui l’achètent au numéro à s’abonner. Il y évoque de nouveau « l’effort de la finance pour s’emparer partout des ressources d’information » et le besoin, pour que le journal reste indépendant, que ce soit ses lecteurs qui le soutiennent. Extraits :

[…] Un journal puissant, affranchi de toutes préoccupations comme il est libre de toute entrave. J’ose dire que nous avons le droit de leur adresser cet appel, car le journal du Parti a fait un grand effort dont ils sont eux-mêmes les témoins, pour être à la hauteur de son rôle, pour devenir à la fois un outil d’information, un moyen d’éducation et une arme de combat.

[…] C’est notre devoir et c’est notre honneur d’écarter toute publicité de finance.

Car la finance et la politique sont aujourd’hui si étroitement mêlées, les rapports du capitalisme et de l’État sont si multiples, les concessions de toute ordre mettant si complètement aux prises les intérêts du capitalisme et ceux de la Nation, les emprunts extérieurs et la diplomatie s’enchevêtrent en de si étranges replis et des noeuds si multipliés qu’un journal n’est libre de son action nationale et internationale qu’à la condition de rejeter des subventions et des concours qui pris en soi, pourraient paraître innocents à des citoyens attentifs.

Oui, mais comme les ressources de cet ordre sont trop souvent une partie du budget de la presse, il faut que dans la nôtre il y soit suppléé par le dévouement et le zèle des militants.

 

l’Humanité du 11 novembre 1913

 » L’effort de la finance pour s’emparer partout des ressources d’information est immense. En ce moment même la grande presse anglaise, qui avait su jusqu’ici assurer son indépendance par une puissante organisation commerciale, est obligée de se défendre contre des tentatives suspectes. Une agence d’information et de réclame a promis par une circulaire à tous ceux qui s’adresseraient à elle d’introduire la défense de leurs intérêts jusque dans les éditoriaux, jusque dans les articles de fond des grands journaux d’Angleterre. Bientôt un journal pleinement indépendant sera un des grands luxes de la pensée humaine ; et une des gloires du Parti socialiste sera de donner à l’intelligence et à la conscience des hommes cette garantie et cette sécurité.

Encore une fois, il suffit que nos lecteurs de province, en s’imposant eux-mêmes, pour Leur Parti et pour Leur Classe l’ennui dont j’ai parlé, deviennent des abonnés au lieu de rester des acheteurs au numéro, pour que notre journal, leur journal, ait une base aussi solide que le roc et aussi limpide que le cristal. J’ajoute, mais c’est une idée que je préciserai un jour prochain, que jamais le devoir ne s’imposa à nous plus impérieusement de constituer un journal de lumière, de libre combat et de probité. »

 

 

Hommage rendu à Jean Jaurès ce 31 juillet 2015

Vendredi 31 juillet 1914, Jean Jaurès, grand défenseur de la paix, passe sa journée d’abord à la chambre des députés puis au ministère des affaires étrangères, pour tenter de stopper le déclenchement des hostilités.

En fin d’après-midi, il se rend à son journal l’Humanité (qu’il a fondé en 1904), pour rédiger un article qu’il conçoit comme un nouveau «J’accuse».

Vers 21h40, alors qu’il dîne avec ses collaborateurs au « café du croissant » à Paris, il est assassiné par Raoul Vilain, un étudiant nationaliste d’extrême droite.

Grand humaniste, grand pacifiste, homme politique, journaliste, professeur, Jean Jaurès défend ardemment les ouvriers en lutte, dont les mineurs de Carmaux, notamment lors de la grande grève (1892 à 1895). Elu député en 1893 puis ré-élu en 1902, l’histoire et la pensée de Jean Jaurès resteront dès lors indissociablement liée à l’histoire de notre région, de Carmaux, de Toulouse

DDM VALENTINE CHAPUIS FACE A SA STATUE SQUARE CHARLES DE GAULLE HOMMAGE A JEAN JAURES EN PRESENCE DES AMIS DE JEAN JAURES , INCARNES PAR LEUR PRESIDENT JEAN JACQUES ROUCH , DES REPRESENTANTS DE LA MAIRIE NOTAMMENT JEAN MICHEL LATTES ET DES MEMBRES DU PARTI COMMUNISTE FRANCAIS GERBE DE FLEURS SOUVENIR CEREMONIE

DDM VALENTINE CHAPUIS FACE A SA STATUE SQUARE CHARLES DE GAULLE HOMMAGE A JEAN JAURES EN PRESENCE DES AMIS DE JEAN JAURES , INCARNES PAR LEUR PRESIDENT JEAN JACQUES ROUCH , DES REPRESENTANTS DE LA MAIRIE NOTAMMENT JEAN MICHEL LATTES ET DES MEMBRES DU PARTI COMMUNISTE FRANCAIS GERBE DE FLEURS SOUVENIR CEREMONIE

DDM VALENTINE CHAPUIS FACE A SA STATUE SQUARE CHARLES DE GAULLE HOMMAGE A JEAN JAURES EN PRESENCE DES AMIS DE JEAN JAURES , INCARNES PAR LEUR PRESIDENT JEAN JACQUES ROUCH ( DEUXIEME A GAUCHE ) ET LE SECRETAIRE GENERAL RENE LLORET ( TROISIEME A GAUCHE ) , DES REPRESENTANTS DE LA MAIRIE NOTAMMENT JEAN MICHEL LATTES ET DES MEMBRES DU PARTI COMMUNISTE FRANCAIS GERBE DE FLEURS SOUVENIR CEREMONIE

DDM VALENTINE CHAPUIS FACE A SA STATUE SQUARE CHARLES DE GAULLE HOMMAGE A JEAN JAURES EN PRESENCE DES AMIS DE JEAN JAURES , INCARNES PAR LEUR PRESIDENT JEAN JACQUES ROUCH , DES REPRESENTANTS DE LA MAIRIE NOTAMMENT JEAN MICHEL LATTES ET DES MEMBRES DU PARTI COMMUNISTE FRANCAIS GERBE DE FLEURS SOUVENIR CEREMONIE

 

L’association Amis de Jaurès à Toulouse a commémoré l’anniversaire de sa mort, avec tous nos amis, par un dépôt de gerbe devant la stèle consacrée à l’Apôtre de la Paix au Square du Jardin du Capitole.