prochain Café Jaurès « La mémoire de Jaurès en pays carmausin » Lundi 7 mars 2016 à 18 heures

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                                                 Véronique Malfettes

Notre prochain café Jaurès :

« La mémoire de Jaurès en pays carmausin »

Lundi 7 mars 2016 à 18 heures

Espace Diversité-Laïcité 38 rue d’Aubuisson. Toulouse.

La soirée sera assurée par Véronique Malfettes,

Responsable du Musée-mine départemental de Cagnac et adjointe au maire de Pampelonne.

Agée de 39 ans, Véronique Malfettes est titulaire d’une maîtrise d’histoire de l’Université Jean-Jaurès où elle eut pour professeurs Rémy Cazals et Rémy Pech.

Elle anime depuis 2000 le musée-mine de Cagnac qui présente une extraordinaire galerie de mine retraçant la vie de travail des mineurs de charbon carmausins, et une salle d’expositions où les luttes ouvrières sont illustrées, avec naturellement une grande place pour Jaurès. Ses actions pour les droits sociaux et les conditions de travail des mineurs furent en effet un élément premier de son action dès 1887, puis constamment durant ses mandats de député de Carmaux entre 1893 et 1914. Elue de Pampelonne, qui fut un des premiers bourgs du Ségala à se rallier au socialisme,

Véronique a été pour beaucoup dans l’installation récente à la mairie de l’Espace Jean Jaurès.

Ce lieu présente un ensemble de documents totalement inédits dont certains seront présentés directement ou par projections vidéo : délibérations municipales, échange de correspondances entre l’élu et ses électeurs, photos et témoignages enregistrés.

Plusieurs familles ont puisé dans leurs archives pour alimenter ce fonds qui constitue aujourd’hui un élément clé de la mémoire de Jaurès, plus vive que jamais dans son pays de prédilection.

Nous vous attendons très nombreux pour cette rencontre.

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Café Jaurès « Ils ont tué Jaurès » – Jeudi 4 février – invitée : Jacqueline Lalouette

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Jacqueline Lalouette

Compte – rendu du café Jaurès du jeudi 4 février 2016

« Ils ont tué Jaurès »

Avec la participation de Jacqueline Lalouette, professeure à l’Université de Paris XIII,

auteure de Jaurès, l’assassinat, la gloire, le souvenir (Perrin)

et du professeur émérite Rémy Pech, ancien président de l’Université Jean Jaurès à Toulouse.

Ce café Jaurès a été dédié à la mémoire de Georges Mailhos, ami de Jaurès à Toulouse, disparu récemment.

Un café Jaurès particulier qui a commencé par la diffusion d’un document audio, témoignage de Daniel Renoult qui faisait face à Jaurès lors de son asssassinat. Ce témoin a contribué dès 1906 avec Jean Jaurès, Jules Guesde et Edouard Vaillant au développement du Parti Socialiste Unifié. Appelé à L’Humanité en 1908, puis délégué en 1920 au Congrès de Tours, il vote pour la scission et devient membre du PCF. Premier adjoint à la mairie de Montreuil à partir de 1935, arrêté en 1940, il sera maire de cette ville de 1944 à Mai 1958 (décède en Juillet).

Après l’écoute attentive de ce document émouvant, les participants ont visionné le film intitulé « Il a tué Jaurès » de Patrick Schmitt et Pauline Verdu consacré à Raoul Villain, film documentaire, alternant des images d’époque et des entretiens d’historiens spécialistes de Jean Jaurès ou journaliste.

Le débat a véritablement commencé après quelques précisions sur les différences entre le document audio et le film, et quelques anachronismes relevés dans le film. Le Mythe de la personnalité de Jean Jaurès apparu après son assassinat, mythe évolutif mais toujours vivant, a été resitué grâce aux faits connus dans son contexte historique. Il s’est poursuivi autour de deux axes principaux : le procès (ses acteurs, ses enjeux politiques, ses incertitudes et ses paradoxes), la personnalité trouble de Raoul Villain et l’hypothèse d’un complot.

Le procès : le dossier a disparu (volé, détruit, perdu ?….) ce qui renvoie de fait aux acteurs (témoins, journaux…).

Parmi les acteurs, Madame Jaurès n’est pas seule plaignante, il y a aussi le Parti Socialiste, partie civile. Madame Jaurès a-t-elle été condamnée aux dépens ? L’Humanité le dit (pour dramatiser l’injustice du procès ?), d’autres journaux restent silencieux, certains prétendent que c’est Villain qui a été condamné à payer, d’autres enfin affirment que les frais ont été partagés.

Joseph Paul-Boncour, avocat du Parti Socialiste ne demandera pas la peine de mort puisque Jaurès y était opposé. Raoul Villain, sera acquitté, bénéficiant sans doute de la date tardive de son procès (1919), après celui d’Henriette Caillaux, meurtrière du journaliste Gaston Calmette, Directeur du Figaro le 16 mars 1914 acquittée en raison du caractère passionnel de son acte, comme le sera Germaine Berton le 24 Décembre 1923 en dépit du meurtre de Marius Plateau Directeur de la ligue d’Action française et de sa branche militante Les camelots du Roi. Raoul Villain est perçu comme un passionné de la Patrie qui voyait en Jaurès un allié des Allemands. Paul-Boncour et Ducos de la Haille ont davantage plaidé pour les idées politiques de Jaurès, le symbole que pour l’homme assassiné. Du reste la plaidoirie de Paul-Boncour a été persiflée dans un article du Canard Enchaîné : « Quand Boncour eut fini son discours sybillin, on eût cru que Jaurès avait tué Vilain ».

Le choix des membres du Jury a aussi été évoqué, les grands bourgeois sont témoins de la partie civile, les témoins âgés n’ont pas vécu la guerre au front et la démobilisation de 1919 a été très lente. A noter l’absence de témoins ouvriers ou employés, car à la demande d’Aristide Briand on avait décidé de ne pas les retenir 6 jours sans dédommagement.

Raoul Villain, le complot ? :

Le film ayant évoqué la lourde hérédité de Raoul Villain (démence de sa mère et d’une grand-mère), les intervenants ont souligné que l’assassinat est intervenu une semaine après le décès de cette grand-mère qu’il adorait ce qui l’a renvoyé probablement à ses démons. Lors de son arrestation, il avait sur lui une somme d’argent conséquente. D’où provenait-elle ? Très vite la question du complot s’est posée. Du complot ou des complots ? En effet plusieurs pistes ont été envisagées, la piste d’Action Française (les russes ont financé les journaux d’extrême droite), la piste anglaise (reprise sous Vichy, Jaurès aurait été précurseur de la collaboration ?) la piste Jésuite développée par les Libres Penseurs ?

« Il a tué Jaurès », titre du Film centré sur Raoul Villain. Or , « Ils ont tué Jaurès »  est resté ancré dans les mémoires. Pourquoi  ce renvoi à un assassinat collectif ? Le premier cri poussé dans la rue après l’assassinat a été « Ils ont tué Jaurès ». Cependant l’Humanité du lendemain ou du surlendemain n’en fait pas mention alors que la « Guerre Sociale » du lendemain utilise le pluriel qui va dans le sens d’un complot (ici l’Action Française). Cependant c’est ce cri qui dans le pays entier a résonné de bouche à oreille, de porte en porte, jusqu’à nous de chanson en chanson…

Nos remerciements à Jacqueline Lalouette et Rémy Pech qui ont fait vivre le débat et l’ont éclairé de leur contribution scientifique. Nous avons accueilli une nouvelle Amie de Jaurès à Toulouse auteure de Jaurès, l’assassinat, la gloire, le souvenir (Perrin).

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