“NOTRE JEAN-JACQUES” – René Lloret

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                                                          Jean-Jacques

Tu vas nous manquer
Tu nous manques
Tu me manques

Jean-Jacques, lorsque tu m’as demandé de te rejoindre parmi « les Amis de Jean Jaurès à Toulouse », tu ne peux imaginer la bouffée d’oxygène que tu m’as apportée.

Aujourd’hui, c’est en tant que porte-parole de l’Association, de chacun de ses membres, que je tiens à te rendre ici hommage et à saluer ta mémoire, Jean-Jacques, Président-Fondateur de cette Association.

L’Homme, la Figure de Toulouse et bien au-delà, restera à jamais présent dans nos mémoires.

Tu resteras, pour nous, un modèle de dignité et de courage dans le combat que tu as mené jusqu’à l’issue fatale.
Dès ton plus jeune âge tu as failli prendre un mauvais chemin.
Mais avec l’aide de certains enseignants, très vite tu as compris le sens de la vie, de ta vie, cette vie d’engagements et de convictions.
Après des études primaires à l’école Pierre Dupont, des études secondaires à Neuilly puis au lycée Raymond Naves à Toulouse, des études supérieures à l’Université des lettres et sciences Humaines de Toulouse, une licence d’histoire de l’Art, une maitrise d’histoire, tu t’es imposé comme journaliste incontournable et cela dès ta prise de fonction, à Cahors, sur les traces d’un certain Martin MALVY.
Je crois savoir que c’est dans un parking que tu as fait le forcing auprès de Madame Evelyne BAYLET et que ta carrière a pris son envol.

Tes compétences, ton professionnalisme, ta soif de connaissances ont été ta raison d’être durant toute ta carrière journalistique à La Dépêche du Midi. Ce journal est et restera ta famille, une famille faite de vraies relations amicales, affectives ; de Montauban aux affaires scolaires et universitaires à Toulouse tu n’as eu de cesse de tisser une véritable toile humaine.
Cette toile humaine, autour de toi Jean-Jacques, reposait sur des valeurs, des convictions fortes, une fraternité, une amitié, autant de jardins que tu cultivais sans relâche.
Avec ta cigarette et autour d’un bon petit café, combien d’instants privilégiés nous avons partagés avec toi. Que de discussions chez toi ou chez Elias au Byblos, nous avons eues.
Tu avais une vision, une hauteur, une vraie dimension humaine.
Certes nous n’étions pas d’accord sur tout, mais que nous étions bien à tes côtés, à refaire le monde.
Et le monde, tu le connaissais ; j’en veux pour preuve toutes les attaches nombreuses, les liens chaleureux que tu avais : je pense à ta chère Tunisie qui tenait une place si grande dans ton cœur.

Je ne peux passer sous silence, l’homme de plume que tu étais. Les nombreux ouvrages sont bien là pour nous rappeler ta passion pour l’histoire et ta soif de culture.
Dans tes travaux il y avait, bien entendu, une large place donnée à l’histoire mais nous connaissions, chez toi, le romancier avec sa finesse d’écriture.
Jean-Jacques, tu étais cet écrivain talentueux, maintes fois primé, qui nous a enchantés par ses écrits…
Tu éprouvais le besoin de te ressourcer dans ta paisible retraite de Bruniquel avec tes amis de toujours.
Tu étais très attaché aux dates anniversaires de toute ta petite famille.
Une autre de tes facettes et non des moindres : ton engagement politique.
Mais avec toi, Jean-Jacques, la politique était différente.
L’esprit de tolérance, le respect des autres n’ont jamais entamé ta détermination.
La politique, voilà bien un domaine où tu excellais, loin de toute combine, loin des coups tordus, tu étais toi-même, sincère, intègre et loyal.
Qu’il me soit maintenant permis d’aborder ton engagement Jaurésien, sujet très politique avec un grand P.

Oui, Jean-Jacques, nous sommes nombreux à t’avoir suivi sur ces valeurs de Paix, d’Humanisme, de Vérité et de Progrès que tu portais.
Oui, nous étions heureux de faire ce chemin à tes côtés.
Oui, nous sommes devenus Jaurésiens grâce à ton travail, tes recherches, tes analyses.

Certes tu n’étais pas seul, une équipe, une sacrée équipe partageait ces moments tellement riches, tellement porteurs d’espérance pour l’avenir de l’Homme.
Au-delà de la façon magistrale qui était la tienne de diriger notre association, tu as su tisser avec chacun d’entre nous des liens de camaraderie, de fraternité, de solidarité, d’amitié.
Jean-Jacques, cet ami fidèle toujours disponible pour nous écouter et nous prodiguer des conseils pertinents et judicieux.

Aujourd’hui, nous te pleurons avec Yzarn, la montreuse d’ours, les fiancés de Bordemalle, le maître du safran et Jean le cagot ; comme eux nous sommes orphelins.
Mais, si nous étions, si nous sommes autour de toi, c’est parce que tu étais, tu es un VRAI.
Nos pensées vont aussi à tes proches à qui nous voulons témoigner toute notre affection.
Alors nous sommes fiers, je suis fier, d’avoir pu, modestement, marcher main dans la main, avec toi Jean-Jacques.

Jean-Jacques, tu vas nous manquer, tu nous manques, tu me manques.

Notre petit café du matin sera désormais bien amer.

Je t’embrasse mon AMI.

“Notre Jean-Jacques” – Rémy Pech

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Jean Jacques : un citoyen hors du commun

Dans son discours le plus célèbre ( Albi 1903, discours à la jeunesse), Jaurès a proclamé : le courage c’est d’aimer la vie, et de regarder la mort d’un regard tranquille. En cela aussi Jean-Jacques a été pleinement jaurésien. Et il a continué à savourer la vie à Toulouse, à Bruniquel, en Tunisie, au Japon, tout en luttant pied à pied contre le mal qui le rongeait. Mais sa vie de journaliste, d’écrivain, de citoyen engagé, il a réussi à en faire une belle vie, une vie vécue avec gourmandise, avec humour, avec humanité. Son rire sonore ne s’éteint pas aujourd’hui, il résonnera encore longtemps pour tous ceux qui l’ont connu, aux nouvelles d’un événement imprévu, à la lecture d’un article contestable, à la prestation ridicule d’un politique grotesque ( hélas il y en a de tous les bords) . Mais aussi au spectacle d’une fête, à une bonne histoire au cours d’un repas amical. C’est cet homme plein de vie que nous pleurons aujourd ‘hui
Mais ne pleurons pas : No llorar, comme l’a écrit Lydie Salvayre,. Certes, nous ressentons sa perte parce qu’elle est inscrite en nous ses amis, comme une mutilation : ce vivant magnifique nous entraînait. Il n’est plus là et nous nous sentons entravés. Mais ce serait lui être infidèle que de ne plus garder ce goût de vivre qu’il eut jusqu’au bout.

Je l’ai croisé à maintes reprises en mes 42 ans de vie toulousaine, puisqu’il était partout où il fallait être pour prendre le pouls de la société, des jeunes surtout, mais je l’ai surtout pratiqué dans les années 89 et 90, époque où Mme Evelyne Baylet, qu’il nommait affectueusement « Mamy » l’avait investi d’une tâche essentielle à ses yeux : le Bicentenaire. A travers le CLEF dont il fut un membre assidu, nous avions conçu une célébration citoyenne, nullement compassée ni passéiste : il s’agissait certes d’évoquer les grandes heures de la Révolution Française dans le Midi, de mettre en valeur les ombres et les lumières d’une Révolution moins sanguinaire, sans être moins fervente, et de dégonfler certains mythes : le mythe jacobin par exemple, qui fait d’un phénomène si complexe un simple écho des événements parisiens. Mais aussi il fallait recenser les «  Bastilles à prendre » aujourd’hui et analyser pourquoi elles subsistaient et comment s’y prendre pour les démanteler. Son goût du débat, sa maîtrise du temps des paroles distribuées faisaient de lui le « modérateur » idéal (il n’aimait guère ce mot, et préférait stimuler le débat plutôt que de le modérer). Une pléiade d’historiens de talent, parrainés par le Doyen Godechot son maître en histoire, Georges Fournier, Michel Taillefer, Georges Mailhos ont parcouru avec lui le département et bien au delà. Ce n’est qu’un épisode parmi d’autres mais bien significatif de sa personnalité et de son engagement.

Il était un écrivain de grand talent, qui savait, à travers ses héros, incarner les valeurs d’une Occitanie ouverte à la Méditerranée.
Jean-Jacques était en effet un Européen convaincu, tourné vers l’Espagne et l’Italie, mais aussi un Méditerranéen ( laTunisie, le Liban lui étaient familiers). Occitan assumé, il ne s’enfermait pas dans une Occitanie seulement éprise de tradition et de folklore. Il aimait les syncrétismes culturels, les transferts d’idée et les synthèses artistiques. Il croyait au progrès de l’humanité par le rapprochement des cultures.

Homme de gauche, il croyait au progrès social , et il a œuvré en ce sens dans ses articles comme dans ses mandats politiques. Il était indigné par les injustices, les égoïsmes et les fanatismes. Il n’avait pas peur de l’étymologie du mot : radical, professant qu’il fallait attaquer à la racine les maux de la société, tout en étant à l’écoute d’autres opinions, et il respectait partenaires et adversaires comme il imposait le respect par sa vaste culture et son humanisme sans oeillères. Attentif au sacré, il réprouvait tous les fanatismes et pour lui la laïcité était plus qu’un slogan ou une valeur complémentaire de la devise républicaine. C’était aussi un art de vivre .

L’association des Amis de Jaurès à Toulouse, qu’il avait fondée, repose sur un travail d’équipe au sein duquel il jouait un rôle majeur mais jamais pesant, sachant valoriser les compétences et les volontés de chacun .

Ce n’est pas un hasard si cette association a 200 membres, c’est à lui qu’on le doit parce qu’il a su donner l’exemple – ses brochures éditées par la Dépêche du Midi, l’ invention des cafés Jaurès et des colloques à thème, dans un esprit non pas partisan, mais fidèle à la mémoire de notre grand inspirateur.

L’exigence éducative ( on le verra dans le colloque qui lui sera dédié cet automne ) était pour lui essentielle. C’est lui-même qui organisa le concours sur la paix dans les colonnes de la Dépêche. Pour toucher le maximum de jeunes, il prit part aux interventions dans les collèges et lycées, parfois les plus difficiles, toujours trouvant le mot juste, l’accroche pour susciter questions, passions et motiver l’engagement.

Evelyne, Leïla, David, Simon et Anna. Il vit en vous comme il vit en nous et nous saurons le continuer.

Merci citoyen Jean-Jacques, merci et adieu.

                                   Rémy Pech

“Notre Jean-Jacques”

Notre ami Jean-Jacques s’en est allé…

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Un ami nous quitte…un ami fraternel, souvent enjoué et d’un abord si facile…Il masquait ainsi une attentive et authentique écoute, devenait parfois grave quand touché au cœur de ses convictions, des valeurs qui lui étaient chères.

Un homme libre nous quitte, épris de justice et d’équité, de tolérance et de laïcité…enrobées d’une chaleureuse amitié. Avide de savoir mais pas avare à le transmettre aux « minots », aux « gosses » selon ses propres expressions pleines de tendresse envers l’enfance à élever, la jeunesse à éclairer, il avait une grande foi en l’École, celle de la République, celle où beaucoup d’entre nous l’ont rencontré lors d’échanges vrais sur la convergence de nos métiers, les responsabilités afférentes, les difficultés à satisfaire à leurs exigences et leur subtile contribution au maintien, à l’animation de l’idée de citoyenneté. Un retour vers ses débuts d’enseignant ?

Un homme de culture, savoir du passé pour penser l’avenir, pour une société plus humaine, humaniste engagé en politique dans le respect des valeurs républicaines, sa passion du débat le poussait à se colleter aux uns et aux autres respectueusement, fraternellement. Un écrivain, par l’importance accordée aux mots justes, exigence professionnelle mais aussi plaisir gourmand du partage intellectuel, sur le chemin du verbe et des interrogations, peut-être au-delà du culturel, plus métaphysiques ? Lui seul le sait car ce seuil est infranchissable même à l’amitié.

Merci de nous avoir croisés, merci de t’être arrêté quelques instants pour échanger, pour nous transmettre, merci de nous avoir incité à parcourir encore un peu de chemin avec conviction et avec l’image de ton sourire malicieux, de tes éclats de rire qui résonneront encore longtemps en nous tous. Merci Jean-Jacques, merci l’ami…

Martine, une amie parmi tous.

Toulouse le 23 Juin 2016

disparition de “Notre Cher Jean-Jacques ROUCH”, Président Fondateur de notre association.