Café Jaurès du 18 avril 2017 : « Arrêt sur image »

Les déplacements de Jean JAURES en région lyonnaise


par Catherine MOULIN

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Lorsqu’on évoque les déplacements de Jean Jaurès en région Lyonnaise, on pense au fameux discours de Vaise, prononcé le 25 juillet 1914 dans un quartier populaire de Lyon, parce qu’il s’agit de l’ultime discours prononcé avant son assassinat le 31 juillet.
Mais Jean Jaurès a effectué 33 déplacements dans cette même région entre 1886 et 1914.

3 thèmes articulent cette conférence :

• La périodisation des déplacements de Jaurès.
• Le déroulement de ceux-ci.
• Le regard porté sur Jaurès par la presse locale.

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Entre 1893 et 1900, Jaurès, devenu député socialiste de Carmaux en janvier 1893, vient soutenir des ouvriers en grève dans la Loire. En 1993 et 1894 il soutient les métallurgistes puis les verriers en grève de Rive de Gier ; en 1895, des tisseurs. Il s’agit chaque fois de grèves qui posent le problème fondamental de la reconnaissance du droit syndical par le patronat.
Entre le 24 décembre 1899 et le 7 janvier 1900 Jaurès joue un rôle de premier plan dans le conflit des mineurs de la Loire. Chaque soir il rend compte des négociations aux mineurs.
Entre 1898 et 1900, Jaurès va se poser en Dreyfusard et en défenseur de la laïcité.
Dans le cadre de l’affaire Dreyfus il s’exprime à Lyon le 23 octobre 1898. En 1899, il évoque à 2 reprises l’affaire, à Grenoble en mai et à Valence le 30 octobre.
Au tournant du siècle, il mène la lutte contre le cléricalisme. C’est dans ce contexte qu’il participe à la fête du Denier des écoles de la ville de Lyon en novembre 1900.
Après 1900, le caractère proprement socialiste des déplacements de Jaurès s’affirme : meetings d’ouverture de congrès départementaux ou nationaux (PSF à Saint-Etienne en février 1904 , SFIO en 1909 , toujours à Saint-Etienne , en 1912 à Lyon).
Il intervient également dans des réunions lors des campagnes électorales.
Après 1900 Jaurès est devenu une personnalité politique de premier plan et est parfois reçu en grande pompe par certaines municipalités.

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Jaurès regroupe souvent ses interventions dans le cadre de petites tournées. L’arrivée de Jaurès est parfois très discrète, notamment lors des grèves. Le reste du temps le » protocole d’accueil  » est plus ou moins solennel. Il participe inévitablement à des vins d’honneur et des banquets. Parfois aussi à des cortèges et des manifestations (certaines d’entre elles peuvent être tout à fait spontanées, comme à Lyon le 23 octobre 1898).
Jaurès, passionné d’art et d’histoire s’autorise parfois une escapade récréative et culturelle.
Lors des réunions publiques dans quels lieux Jaurès s’exprime-t-il ? Dans des salles  » polyvalentes « , de concert, de spectacle, voire de sport (le cirque Rancy ou le Palais de Glace). Il s’exprime aussi dans les Bourses du Travail.
A l’exception des réunions de grévistes, les réunions attirent un public hétérogène. Après les chants d’ouverture (Internationale et Carmagnole le plus souvent), l’orateur prend la parole. Il parle entre 3/4 d’heure et 3 heures.

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Dessins et photos sont très rares dans la presse locale. D’où des descriptions dans les articles.
Silhouette et visage sont qualifiés de décevants dans la presse de droite.
L’image d’un comédien, d’un histrion est utilisée tant par la presse de droite que par les Guesdistes.
Sa voix, dans ces journaux, est jugée puissante, mais mauvaise, criarde.
Le style oratoire est aussi critiqué.
Dans la presse de la région lyonnaise qui lui est hostile, il est souvent présenté comme un intrigant, un arriviste, un profiteur de grèves.
Avec l’affaire Dreyfus puis les débuts du journal l’Humanité, l’accusation de corruption s’affirme.
Mais il existe une presse socialiste qui le présente comme un homme aux talents oratoires remarquables.
Certains articles sont empreints d’une véritable ferveur (« L’Eclaireur de Vienne » du 16 septembre 1909).

Les déplacements de Jaurès dans la région lyonnaise furent donc nombreux et reflètent une part importante de son activité politique.

Suit une série de questions-réponses avec l’auditoire qui met fin à ce Café Jaurès.

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Conférence d’Edgar MORIN

Merci aux nombreux amis de Jean Jaurès qui ont accouru jeudi dernier 4 mai à la conférence d’Edgar Morin, dans un amphi Cujas où se pressaient une foule d’étudiants . Soyez remerciés par cette image croquée par l’avisé René. Le sourire d’Edgar, éclairant sa face de vieux chaman, pour évoquer ses années de jeune résistant à Toulouse et Pechbonnieu puis définissant avec des mots simples et précis les enjeux cruciaux de notre monde bouleversé , et dégageant enfin les issues, la catastrophe irrémédiable ou la « voie » d’une société solidaire, attentive à chacun et porteuse d’amour. Edgar n’a pas omis de citer Jaurès, et nous nous en souviendrons pour l’inviter à notre tour.
Quel plaisir, quel réconfort, bien au-delà des sombres nuées d’une actualité heurtée et angoissante, un ciel bleu ! Merci Edgar !

Rémy PECH.