Arrêt sur images : Café du 19 juin 2018

                

Les compagnons du Tour de France

                                           par François ICHER,
  inspecteur d’académie, chercheur associé au CNRS.

 

 

 

 

 

 

Notre intervenant présenté

par Dominique DOUCET

Trésorier adjoint de notre association.

 

 

Le compagnonnage , apparu à la fin du Moyen-Age , sujet méconnu du grand public , est le plus souvent associé , à tort, au 19° siècle .

Il s’agit d’un protocole basé sur le voyage . C’est par le voyage que le futur compagnon apprend le métier .

Souvent , le compagnonnage est lié à la franc maçonnerie; il s’agit d’une erreur provoquée par les symboles de l’équerre , du compas et des 3 points .

L’imagerie populaire représente le compagnon toujours âgé , officiant dans un atelier poussiéreux . L’un des premiers compagnons à avoir écrit sur ce sujet est Agricol Perdiguier , menuisier , ami de George Sand et de Victor Hugo .

Les pères fondateurs du compagnonnage sont le roi Salomon , représentant des puissants , le père Soubise , représentant des oratores et maître Jacques , tailleur de pierre , symbolisant les laboratores . C’est au Moyen-Age que se structurent des confréries axées sur une vie de voyages et organisées en 3 rangs : apprentis , compagnons et maîtres . Le  » livre des métiers  » de 1268 est une source de renseignements importante car il répertorie tous les métiers exercés à Paris à cette époque . On apprend aussi les règles essentielles du compagnonnage : l’apprentissage est payant ( la famille de l’apprenti paie le maître ) ; l’apprenti ne peut quitter le maître sans autorisation ; après son tour de France l’apprenti devient compagnon et perçoit des gages ; il doit présenter son chef d’œuvre .

Le principe du tour de France est : voyager pour apprendre .

Un coup de tonnerre retentit le 14 mars 1655 : l’église catholique condamne le compagnonnage . Procès verbaux , arrêts , ordonnances visent les compagnons . Toutefois si on surveille les compagnons, on les tolère .

La révolution de 1789 va susciter de grands espoirs chez les compagnons . Espoirs vite déçus car désormais il sera possible de s’installer à son compte en payant simplement une patente . La loi Le Chapelier va les combattre , le livret ouvrier va les ficher .La révolution industrielle va mettre à mal le compagnonnage: le train remplace la marche , l’usine remplace l’atelier , les outils changent , les métiers nouveaux ne sont pas des métiers du compagnonnage . . . Et apparaissent les premiers syndicats qui tendent à le ridiculiser . Mais survient un évènement qui va le remettre sut le devant de la scène : la construction de la Tour Eiffel qui nécessite l’expertise des compagnons .

Le compagnonnage est un laboratoire d’économie sociale . Les premières mutuelles naissent chez les compagnons . Pour un  » gros mot  » , pour un retard  les compagnons mettent une pièce dans le sabot et utilisent cet argent pour venir en aide à certains d’entre eux dans le besoin .

Pendant la 1° guerre mondiale de nombreux compagnons sont tués . Les SPA ( sociétés protectrices des apprentis ) vont relancer le compagnonnage après le conflit . Sous le régime de Vichy , Pétain tentera de l’instrumentaliser .

Aujourd’hui , les compagnons du tour de France , les compagnons du Devoir et la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment sont présents en France et en Europe .

Depuis novembre 2010 le compagnonnage est inscrit par l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’ humanité .

A l’aube du 21° siècle le compagnonnage va devoir relever 2 défis majeurs , la mondialisation et l’acceptation ou non des femmes en son sein .

 

 

 

 

 

Un grand merci à notre invité de cette soirée.


Après un échange fourni entre la salle et l’intervenant la conférence prend fin .