Arrêt sur images : café du 30 avril 2019

Jean Jaurès et la Franc Maçonnerie :              un frère sans tablier ?

Par Bruno ANTONINI

Professeur de philosophie

Le conférencier a posé d’emblée l’affirmation que Jean Jaurès n’avait pas de vécu de maçon . Ce qui amène à considérer seulement ses rapports avec des maçons . Déjà , à Castres , son professeur monsieur Delpech était maçon . Dans le contexte de la III° République , l’homme politique qu’il est devenu a côtoyé , eu de nombreux contacts avec les maçons au pouvoir : Emile Combes , Jules Ferry . . . Pour autant le nom de Jean Jaurès n’apparait dans aucun débat , aucun article de la Franc Maçonnerie du début du XX° siècle . Cependant il existe des liens sous-jacents , souterrains , philosophiques entre Jean Jaurès et la Franc Maçonnerie .

C’est donc à travers la pensée philosophique de Jaurès que la réflexion sera menée .  » Rassembler ce qui est épars  » est une phrase du Maçonnisme et se rapproche de la philosophie de Jaurès qui découle de celle de son maître Aristote .

Les maçons ont soutenu Jean Jaurès pour la publication de l’ Histoire socialiste de la révolution française et la fondation de l’Humanité . Ils l’ont invité à la conférence du Trocadéro ( 16 décembre 1906 ) où Jaurès a prononcé un discours sur  » la question religieuse et la question sociale  » devant 6000 personnes . On trouve des affinités entre la pensée libre et le socialisme .

Jaurès affirme une liberté complète de critique pour le socialisme et la religion sans toutefois être franc maçon . En réponse à Jules Ferry , Jaurès précise 2 combats : contre le dogmatisme mystique et contre la frivolité intellectuelle .

Rémy Pech « preuve en main « !

En effet , Ferry est un positiviste mais Jaurès ne peut s’en contenter ; lui est un métaphysicien au moment où la métaphysique réapparait en philosophie . Jaurès n’évoque la Franc-Maçonnerie ni au congrès de Lyon ni au congrès de Limoges mais ne s’abaissera jamais à entrer dans des polémiques touchant le Grand Orient de France ( qui compte 1/3 de socialistes en 1906 ) . Il repousse toute avance des Frères . La pensée philosophique de Jaurès est porteuse d’un idéalisme moral , mais elle est aussi réaliste comme l’exprime le titre de sa thèse :  » De la réalité du monde sensible  » ( 1892 ) . A la suite d’Aristote Jaurès défend l’unité de l’ Être , identifié au Dieu des philosophes . Être soit en acte , soit en puissance . Même éclaté l’ Être est posé comme promesse : tout part d’une dispersion pour aller à un rassemblement .

L’union de la pensée et du corps en unité avec Dieu est présente dans la philosophie de Jaurès Ce Dieu est symbole d’ absolu , d’infini , de perfection et d’éternité . L’Être est l’Humanité en puissance et l’Humanité réalisée est l’Être en acte .

Le bureau autour de notre invité

En politique , République et socialisme s’interpénètrent . Le but est de mener la République jusqu’au bout car la République est socialisme en puissance . Il faut transposer la souveraineté du peuple en économie , ce qui débouchera sur la République sociale par l’appropriation collective des moyens de production et des échanges : c’est la  » Républication  » de l’économie . Pour Jean Jaurès , le mouvement c’est l’état qui assure le passage de la puissance à l’acte , de la République au socialisme . C’est un rapport de force métapolitique et il est indépassable .

La méthode socialiste de Jean Jaurès est la fusion des classes , leur collaboration . Toute transformation doit se faire en douceur . Jaurès rejette le coup de force et préconise la méthode de transition .

D’où sa qualification de  » réformiste révolutionnaire  » ? Il y a  » transmutation  » de la République en socialisme .

Après des échanges entre conférencier et public la séance est close .

Arrêt sur images : café du 15 avril 2019

Jaurès de trains en gares

Par Catherine MOULIN

Professeur agrégée d’histoire

L’objectif de cette conférence était essentiellement d’étudier l’importance du train dans l’activité de Jaurès et de montrer que le chemin de fer était un élément incontournable de la vie politique sous la III° République . En 1879 , le plan Freycinet est voté ; de quoi s’agit il ? Il prévoit la construction de 181 lignes de voies ferrées à intérêt local (VFIL) , achevée en 1914 .

 » Le principe de l’égalité d’accès devant les chemins de fer  » va de pair avec l’accès à l’école et le service militaire . Le train devient donc indissociable de la vie démocratique en facilitant le déplacement des hommes et la diffusion des idées politiques .

Jaurès se rend dans des villes desservies par le train . En province , il fait des tournées organisées pour rentabiliser son déplacement . Un exemple : en 1899 , il se déplace dans le Midi . Le 25 juin il est à Toulon , le 29 , à Marseille ; le lendemain il part à Sète et se rend à Montpellier le 1° juillet . Comment Jaurès occupe t il le temps passé en train ? Son compartiment ( en voiture de 2° classe ) devient un véritable bureau ambulant .

Il est souvent accompagné par ses camarades socialistes ( Marcel Sembat , Pierre Renaudel , Gustave Rouanet , Emile Vandervelde pour les déplacements liés à l’Internationale socialiste ) . En province , il est souvent accompagné par des députés locaux . Le train autorise une réactivité des hommes politiques aux évènements inenvisageable auparavant . Le train peut même constituer un véritable interface entre l’action politique de Jaurès à Paris et son action locale en province .

C’est en gare qu’a lieu la rencontre entre Jaurès et les organisateurs locaux des départements . Et l’arrivée de Jaurès est un évènement qui attire la foule . Parfois , à cette occasion , des cartes postales sont éditées ( en 1903 , arrivée de Jaurès en gare d’Armentières , à Millau en 1904 , à Vienne en 1909 . . . ) Seules les arrivées qui ont lieu en période de grèves sont tendues , souvent très discrètes . Si le train constitue le mode de transport indispensable à l’action politique de Jaurès , il est instrumentalisé par ses adversaires dans des caricatures et des articles de presse : Le 26 juin 1904 , » Le Droit du Peuple » , journal guesdiste isérois raille le train spécial mis à la disposition de Jaurès et surtout un soi-disant wagon salon ; le 3 novembre 1895 , dans  » Le Grelot  » , 2 caricatures représentent Jaurès en gare , se faisant porter ses bagages .

Jaurès est intervenu politiquement lors de la nationalisation des compagnies de chemin de fer et pour la défense du droit de grève des cheminots . Lors de la grève des cheminots en octobre 1910 , il préconise aux cheminots de ne pas déclencher le mouvement social avant la rentrée parlementaire et appelle aux négociations et à l’arbitrage . En dépit du déclanchement de la grève avant la rentrée parlementaire Jaurès apporte aux grévistes un soutien sans condition .

Enfin , à l’occasion de l’affaire Durand ( l’affaire Dreyfus ouvrière ) qui met en cause un responsable syndical des dockers lors d’une grève dans le port du Havre en 1911 , Jaurès mène campagne dans l’Humanité et dans la Dépêche . Pour être complet , il faut également signaler la conférence Toulousaine que Jaurès consacra à Tolstoï le 9 février 1911 , donnée au profit des cheminots révoqués . En conclusion , le train est indiscutablement un trait d’union entre différents lieux et différentes activités du leader socialiste ; et la gare , lieu de rencontre et de mouvement est un lieu du politique .

La conférence se termine après la séance de questions-réponses habituelle .