Arrêt sur images : café du 15 avril 2019

Jaurès de trains en gares

Par Catherine MOULIN

Professeur agrégée d’histoire

L’objectif de cette conférence était essentiellement d’étudier l’importance du train dans l’activité de Jaurès et de montrer que le chemin de fer était un élément incontournable de la vie politique sous la III° République . En 1879 , le plan Freycinet est voté ; de quoi s’agit il ? Il prévoit la construction de 181 lignes de voies ferrées à intérêt local (VFIL) , achevée en 1914 .

 » Le principe de l’égalité d’accès devant les chemins de fer  » va de pair avec l’accès à l’école et le service militaire . Le train devient donc indissociable de la vie démocratique en facilitant le déplacement des hommes et la diffusion des idées politiques .

Jaurès se rend dans des villes desservies par le train . En province , il fait des tournées organisées pour rentabiliser son déplacement . Un exemple : en 1899 , il se déplace dans le Midi . Le 25 juin il est à Toulon , le 29 , à Marseille ; le lendemain il part à Sète et se rend à Montpellier le 1° juillet . Comment Jaurès occupe t il le temps passé en train ? Son compartiment ( en voiture de 2° classe ) devient un véritable bureau ambulant .

Il est souvent accompagné par ses camarades socialistes ( Marcel Sembat , Pierre Renaudel , Gustave Rouanet , Emile Vandervelde pour les déplacements liés à l’Internationale socialiste ) . En province , il est souvent accompagné par des députés locaux . Le train autorise une réactivité des hommes politiques aux évènements inenvisageable auparavant . Le train peut même constituer un véritable interface entre l’action politique de Jaurès à Paris et son action locale en province .

C’est en gare qu’a lieu la rencontre entre Jaurès et les organisateurs locaux des départements . Et l’arrivée de Jaurès est un évènement qui attire la foule . Parfois , à cette occasion , des cartes postales sont éditées ( en 1903 , arrivée de Jaurès en gare d’Armentières , à Millau en 1904 , à Vienne en 1909 . . . ) Seules les arrivées qui ont lieu en période de grèves sont tendues , souvent très discrètes . Si le train constitue le mode de transport indispensable à l’action politique de Jaurès , il est instrumentalisé par ses adversaires dans des caricatures et des articles de presse : Le 26 juin 1904 , » Le Droit du Peuple » , journal guesdiste isérois raille le train spécial mis à la disposition de Jaurès et surtout un soi-disant wagon salon ; le 3 novembre 1895 , dans  » Le Grelot  » , 2 caricatures représentent Jaurès en gare , se faisant porter ses bagages .

Jaurès est intervenu politiquement lors de la nationalisation des compagnies de chemin de fer et pour la défense du droit de grève des cheminots . Lors de la grève des cheminots en octobre 1910 , il préconise aux cheminots de ne pas déclencher le mouvement social avant la rentrée parlementaire et appelle aux négociations et à l’arbitrage . En dépit du déclanchement de la grève avant la rentrée parlementaire Jaurès apporte aux grévistes un soutien sans condition .

Enfin , à l’occasion de l’affaire Durand ( l’affaire Dreyfus ouvrière ) qui met en cause un responsable syndical des dockers lors d’une grève dans le port du Havre en 1911 , Jaurès mène campagne dans l’Humanité et dans la Dépêche . Pour être complet , il faut également signaler la conférence Toulousaine que Jaurès consacra à Tolstoï le 9 février 1911 , donnée au profit des cheminots révoqués . En conclusion , le train est indiscutablement un trait d’union entre différents lieux et différentes activités du leader socialiste ; et la gare , lieu de rencontre et de mouvement est un lieu du politique .

La conférence se termine après la séance de questions-réponses habituelle .