Visioconférence d’Alain Ruscio : deux ouvrages publiés

Des racines coloniales du racisme « à la française »

Petit dictionnaire des insultes racistes (Français)

Quand il s’agit de blesser l’Autre, présumé faible et sans défense, l’imagination humaine est sans limites, le vocabulaire s’enrichit – mot contestable – en permanence. Quand, de plus, une communauté humaine est persuadée qu’elle est supérieure, quand elle est seule à posséder le Verbe, majuscule à l’appui, à traduire par mille canaux le regard méprisant ou condescendant, le flot se fait torrent. Durant quatre siècles, la dévalorisation des êtres à peaux noires, basanées, brunes, jaunâtres, croisés, puis soumis au joug, mena à des comparaisons insultantes  : ces êtres étaient des sous-hommes, des animaux sans doute légèrement perfectionnés  ; ou, version douce, des éléments intermédiaires entre l’humanité réelle (la blanche), accomplie et l’animalité.

QUAND LES CIVILISATEURS CROQUAIENT LES INDIGÈNES
DESSINS ET CARICATURES AU TEMPS DES COLONIES

Il fut un temps où la France exerçait son autorité sur des millions de femmes et d’hommes, désignés pour l’occasion indigènes et catalogués noirs, jaunes, bruns, basanés… Sûr de la supériorité de ses valeurs, l’homme blanc imposa sa domination à ceux qu’il considérait physiologiquement et intellectuellement inférieurs, êtres imparfaits qu’il lui revenait donc d’humaniser (la fameuse mission civilisatrice)… Pour emporter l’indispensable adhésion des Français moyens en imposant les certitudes raciales – en fait, racistes – le dessin et la caricature envahirent tous les supports imaginables : la presse, mais aussi les affiches, les vignettes publicitaires, les images de catéchisme ou distribuées aux enfants des écoles, les cartes postales, etc. Il s’agissait de dénoncer et/ou de ridiculiser les travers de nos sujets, en proie à l’imbécillité et à la violence. Quelques protestations évidemment s’élevèrent, venues des rangs de l’extrême gauche ou plus simplement de courants humanistes, mais elles restèrent strictement minoritaires. Tiraillé en permanence entre le sourire crispé et un sentiment de révolte face à cette imagerie coloniale précisément commentée, chacun pourra nourrir sa réflexion sur les racines d’un certain regard contemporain sur les autres.
Alain Ruscio est historien, spécialiste de longue date de l’étude des comportements et des mentalités au temps des colonies.

REVOIR la visioconférence du 30 mars

COLONIALISTES ET ANTICOLONIALISTES FACE A LA QUESTION ALGERIENNE de 1830 à 1962

Cliquez sur l’image ci-dessous

Ce thème est traité par Alain Ruscio, historien reconnu d’un sujet qui est en plein dans l’actualité avec le rapport Stora et les polémiques nées de la dénonciation d’un « islamo-gauchisme » qui serait présent dans les universités françaises. Une réflexion apaisée, ancrée sur la pensée de Jaurès que Ruscio a particulièrement étudiée permettra à chacune et à chacun de parfaire ses connaissances et d’alimenter un débat, conformément à notre raison d’être depuis 2011.

Visioconférence du 30 mars, les étudiants en Lettres de Toulouse contre la guerre d’Algérie (simple témoignage personnel à partir de notes prises en 1961-62)

À l’occasion du prochain café Jaurès du 30 mars 2021 sur les mouvements anticolonialistes, je voudrais donner au site des Amis de Jean Jaurès à Toulouse un bref témoignage sur quelques épisodes de 1961-1962, certains peut-être méconnus. Les phrases rapportées sont authentiques.

  1. Des manifestations
    Avant même la grande manif du 24 avril 1961 contre le putsch des généraux à Alger, mais sans pouvoir préciser la date exacte, une grève étudiante unitaire s’était produite contre l’augmentation du prix des repas aux restaus U et l’insuffisance du logement pour étudiants. Même la corpo de Droit s’y était associée ! Un meeting nous réunissait dans la grande salle du Sénéchal. Meeting perturbé par un groupe venu crier : « Les cocos à Moscou ». Réponse : « À Madrid les fafas ». Ils ont balancé des pétards dans la salle. Nous les avons expulsés et je me souviens de mon copain mazamétain Michel C. s’imposant devant eux en brandissant une chaise qu’il n’aurait pas hésité à fracasser sur quelque crâne. Précisons que la salle était contiguë à un poste de police dont nous n’avons aperçu aucun représentant pendant toute la bagarre.
    Le 24 avril 1961, j’ai participé à la grande manif contre le putsch des généraux. Pour le soixantième anniversaire, le 24 avril 2021, je ferai reproduire ici, sur ce site, quelques documents que j’ai conservés. La manif s’est heurtée d’abord à un groupe Algérie française, puis aux CRS. Nous avons crié « OAS assassins », « Le fascisme ne passera pas », « Paix en Algérie », « Né-gociations ». Nous avons distribué des tracts aux passants, les invitant à se joindre à nous. Réponse d’une femme : « Vous feriez mieux d’être à l’école. » L’objectif des manifestants était la paix en Algérie, pas de casser des vitrines ou du mobilier urbain. Nous savions que nous nous exposions à prendre des coups et nous les avons pris sans nous plaindre. Lors d’une de ces manifs, les CRS ont chargé à vélo, mais plusieurs ont fait la culbute et j’ai constaté que l’expérience n’a pas été renouvelée.
    Le Front syndical et les Comités antifascistes ont organisé une grande manif pour le 1er mai 1961. J’ai encore conservé des tracts pour appeler à une manif le 22 novembre au « square du Capitole, sur les lieux du dernier attentat fasciste ». Des attentats au plastic avaient en effet été perpétrés à Toulouse comme à Paris.
    Le 17 janvier 1962, à la suite du plasticage du siège de l’UNEF à Toulouse (AGET, Association générale des étudiants de Toulouse, rue des Lois), grève générale des étudiants et des professeurs de la fac des Lettres. Nous essayons d’entrainer les étudiants d’un cours de Droit et nous sommes accueillis par la formule habituelle : « Les cocos à Moscou », mais aussi par « ti-ti-ti ta-ta » (= Al-gé-rie fran-çaise), sous les applaudissements du professeur. En Lettres, devant l’amphi Marsan, une étudiante me réprimande : « Vous me privez du cours délicieux de Monsieur D… Vous croyez avoir compris la politique, mais mon père lui-même qui a 50 ans n’a pas encore compris. »
  2. Une bagarre devant le siège de l’AGET
    J’ai noté la date : le 3 avril 1962. Sortant de la fac des Lettres vers midi et me dirigeant vers le restau U de la rue des Lois, je vois un attroupement insolite et une bagarre. Je confie ma montre à ma compagne et je m’avance. Une dizaine de gros types sont en train de tabasser un garçon membre des Jeunesses communistes que je connais. J’essaie de le protéger ; trois fois je suis roulé par terre et frappé, pendant qu’une centaine de spectateurs crient « OAS assassins » pour m’encourager. Depuis les bureaux de l’AGET, on a téléphoné à la Bourse du Travail (qui n’est pas très éloignée) et au poste de police. Quand on entend le cri « Les prolos arrivent », le commando tabasseur s’enfuit. Je ne suis pas sérieusement touché : un genou enflé, quelques égratignures, une oreille en sang. Un autre étudiant, L…, a saigné davantage. Il y a une petite tache sur le trottoir, et un militant convaincu a écrit, juste à côté : « Voilà ce que les fascistes ont fait. » Vingt minutes après la fin de la bagarre, des policiers arrivent par la rue des Lois. L’un d’eux court devant en brandissant son revolver. Voyant que les autres suivent au pas nonchalant à trente mètres en arrière, il s’arrête et les attend. Les étudiants applaudissent leur arrivée. Les policiers disent : « Pas de manifestation, laissez-nous faire. » Les agresseurs sont déjà loin. Conclusion d’un policier à propos des étudiants : « Ils ne sont bons qu’à ça, tous les mêmes, à causer des emmerdements. » Un naïf ou un plaisantin dit à haute voix devant le sang de L… : « On a tué un poulet ici ? » Il se fait vertement réprimander par les pou…, par les policiers.
  3. Monter la garde
    Fin 1961 et début 1962, Philippe Wolff (professeur d’histoire) et Georges Viers (professeur de géographie) ont pris à la faculté des Lettres de Toulouse des positions courageuses contre l’OAS. Dans le contexte d’attentats de l’époque, la peur de représailles a conduit des étudiants de la faculté à envisager une surveillance des habitations personnelles des deux professeurs. Elle a pu être effective pour celle Georges Viers qui habitait une maison individuelle, mais pas pour Philippe Wolff qui résidait dans un immeuble. Étudiant en histoire, j’ai été chargé de l’organisation et du « recrutement », parfois difficile, ce qui impliquait de ma part une large participation aux nuits de garde. Pendant deux mois environ, au printemps 1962, les étudiants, par groupes de quatre, se relayaient et « montaient la garde » dans la maison de M. Viers. Je ne me souviens pas des noms de tous, sauf de Michel C. et de Michelle B. Il n’y a eu aucun attentat, mais une des équipes a pu signaler aux pompiers un début d’incendie dans le quartier. Pendant ce temps, à Paris, diverses opérations de même type étaient montées, en particulier dans la librairie de François Maspero.

Si certains amis de Jaurès ont des compléments à apporter, ils seront les bienvenus.
Rémy Cazals

Revoir le Café Jaurès du mardi 16 février 2021 « L’élection présidentielle américaine 2020 : bilan et perspectives »

L’élection présidentielle américaine, 2020 : bilan et perspectives

                   Le 20 janvier 2021, les Etats-Unis d’Amérique ont vécu l’investiture de leur nouveau président Joseph Biden. Cette « inauguration » a couronné une longue période électorale avec un record historique de votes par correspondance, une longue journée électorale le 4 novembre et un processus de décompte des voix à la fois très long et émaillé de contestations, notamment de la part du président sortant Donald Trump. Deux semaines à peine avant l’investiture, ce processus s’est achevé au Capitole par une émeute quasi séditieuse encouragée par le président Trump alors que le Congrès était réuni pour certifier le résultat définitif des élections. Ce vote, une formalité en temps normal, fut d’abord retardé par l’invasion de la chambre par la foule. Quand les délibérations ont repris, de nombreux députés et sénateurs républicains ont continué à contester les résultats mais, au final, au milieu de la nuit, les deux chambres ont voté la certification de la victoire de Joe Biden.

Cette élection s’est déroulée dans un contexte très différent de celui imaginé encore il y a quelques mois : le Covid19 est passé par là avec plus de 400 000 morts aux USA (un chiffre qui ne cesse de grimper) et une économie qui a subi un choc très fort. La mort de George Floyd et les manifestations qui ont suivi ont fait resurgir le spectre du racisme et de ses conséquences dans une Amérique profondément divisée.

Quels événements ont façonné l’élection et ses résultats ? Que s’est-il passé dans les élections au Sénat et à la chambre des représentants ? Avec une petite majorité d’élus dans la Chambre des représentants et l’égalité (50-50) au Sénat, comment le nouveau président peut-il gouverner ?  Ce sera aussi l’occasion de parler des perspectives – qui sont les grandes figures de son « cabinet », quelles sont ses premières décisions ? Est-ce que l’Europe redeviendra une alliée ? Le multilatéralisme est-il définitivement mort aux Etats-Unis ? Est-ce que le « trumpisme » peut survivre à l’ex président ?

Pour explorer ce nouveau monde politique, notre table ronde réunira deux spécialistes des Etats-Unis et, plus largement, de l’Amérique du Nord :

Françoise Coste, professeure de civilisation américaine à l’Université de Toulouse-Jean- Jaurès, est spécialiste de la vie politique américaine, notamment du parti républicain. Elle est l’auteure d’une biographie remarquée de Ronald Reagan en 2016 chez Perrin.

Jack Thomas, professeur d’histoire émérite, ayant enseigné l’histoire des Etats-Unis pendant presque quatre décennies, sera l’animateur de cette table ronde. 

Rémy Cazals, membre éminent de notre association, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse-Jean-Jaurès, auteur de nombreuses recherches sur Jean Jaurès, la mémoire populaire, l’histoire ouvrière et les guerres, auteur récent d’un texte « Trumpistes et antidreyfusards », analysera la situation actuelle à la lumière des événements survenus au temps de Jaurès.

L’élection présidentielle américaine, 2020 : bilan et perspectives

                   Le 20 janvier 2021, les Etats-Unis d’Amérique ont vécu l’investiture de leur nouveau président Joseph Biden. Cette « inauguration » a couronné une longue période électorale avec un record historique de votes par correspondance, une longue journée électorale le 4 novembre et un processus de décompte des voix à la fois très long et émaillé de contestations, notamment de la part du président sortant Donald Trump. Deux semaines à peine avant l’investiture, ce processus s’est achevé au Capitole par une émeute quasi séditieuse encouragée par le président Trump alors que le Congrès était réuni pour certifier le résultat définitif des élections. Ce vote, une formalité en temps normal, fut d’abord retardé par l’invasion de la chambre par la foule. Quand les délibérations ont repris, de nombreux députés et sénateurs républicains ont continué à contester les résultats mais, au final, au milieu de la nuit, les deux chambres ont voté la certification de la victoire de Joe Biden.

Cette élection s’est déroulée dans un contexte très différent de celui imaginé encore il y a quelques mois : le Covid19 est passé par là avec plus de 400 000 morts aux USA (un chiffre qui ne cesse de grimper) et une économie qui a subi un choc très fort. La mort de George Floyd et les manifestations qui ont suivi ont fait resurgir le spectre du racisme et de ses conséquences dans une Amérique profondément divisée.

Quels événements ont façonné l’élection et ses résultats ? Que s’est-il passé dans les élections au Sénat et à la chambre des représentants ? Avec une petite majorité d’élus dans la Chambre des représentants et l’égalité (50-50) au Sénat, comment le nouveau président peut-il gouverner ?  Ce sera aussi l’occasion de parler des perspectives – qui sont les grandes figures de son « cabinet », quelles sont ses premières décisions ? Est-ce que l’Europe redeviendra une alliée ? Le multilatéralisme est-il définitivement mort aux Etats-Unis ? Est-ce que le « trumpisme » peut survivre à l’ex président ?

Pour explorer ce nouveau monde politique, notre table ronde réunira deux spécialistes des Etats-Unis et, plus largement, de l’Amérique du Nord :

Françoise Coste, professeure de civilisation américaine à l’Université de Toulouse-Jean- Jaurès, est spécialiste de la vie politique américaine, notamment du parti républicain. Elle est l’auteure d’une biographie remarquée de Ronald Reagan en 2016 chez Perrin.

Jack Thomas, professeur d’histoire émérite, ayant enseigné l’histoire des Etats-Unis pendant presque quatre décennies, sera l’animateur de cette table ronde. 

Rémy Cazals, membre éminent de notre association, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse-Jean-Jaurès, auteur de nombreuses recherches sur Jean Jaurès, la mémoire populaire, l’histoire ouvrière et les guerres, auteur récent d’un texte « Trumpistes et antidreyfusards », analysera la situation actuelle à la lumière des événements survenus au temps de Jaurès.

Trumpistes et antidreyfusards.

Par Rémy Cazals

Lorsque l’on cherche à faire des comparaisons entre épisodes historiques, on se heurte souvent à des différences évidentes qui tiennent au décalage dans le temps et aux diverses constructions politiques des pays concernés. Ainsi, une ressemblance existe entre Trump, 45e président des USA, élu en 2016, et Louis Napoléon Bonaparte, premier président de la République française, élu en 1848, dans leur volonté commune de rester au pouvoir alors que, légalement, ils ne le pouvaient pas.

Mais « le 18 brumaire de Louis Bonaparte » est un coup d’État préparé très sérieusement et réalisé dans une violence délibérée. On voit mal le futur Napoléon III parler d’une « attaque odieuse » à propos de l’action de ses séides. Par contre, il me semble intéressant de souligner quelques points communs entre l’Amérique de Trump et la France de l’affaire Dreyfus.

1. Trump a vécu dans le mensonge permanent, puis dans les affirmations sans preuves à propos d’une élection parfaitement régulière mais qu’il considérait comme truquée. En France, les antidreyfusards ont accumulé de fausses preuves de la culpabilité de Dreyfus qui s’effondraient l’une après l’autre, il fallait alors en inventer de nouvelles et multiplier les faux documents. Au contraire, dans ses articles argumentés réunis en volume sous le titre Les Preuves, Jean Jaurès a démontré l’innocence du capitaine. Les enquêtes exhaustives de la Cour de cassation ont débouché sur un résultat identique, balayant tous les faux.

2. Dans le déroulement des deux épisodes, les médias n’étaient pas les mêmes. Tweeter et les chaines de télé d’un côté, la presse papier de l’autre. Mais les quotidiens antidreyfusards comme La Libre Parole, La Croix et quantité d’autres ont pratiqué les mêmes formes de désinformation. En plus des lecteurs des feuilles extrémistes, on trouve chez les contemporains de l’affaire Dreyfus une forte crédulité. Lorsque le ministre Cavaignac a présenté des faux évidents comme des preuves décisives de la culpabilité de Dreyfus, les députés de la Chambre élue en 1898  ont gobé son discours et ont voté son affichage dans toutes les communes. Battu dans la circonscription de Carmaux, Jaurès ne siégeait donc pas mais il s’est rapidement rendu compte qu’il pouvait utiliser la bêtise de Cavaignac pour relancer l’Affaire.

3. Trumpistes et antidreyfusards ont un autre point commun, c’est la volonté de dénigrer « l’establishment » et les « intellectuels ». Les partisans de Trump se retrouvent majoritairement parmi les moins diplômés, c’est l’arrivée de diplômés dans des États autrefois républicains qui y a fait gagner Biden. Les savants se sont très largement mobilisés en faveur de Dreyfus en argumentant leur position comme le montre précisément le livre de Vincent Duclert, L’affaire Dreyfus, publié à Toulouse par Privat en 2010.

4. On a beaucoup parlé des thèses complotistes aux États-Unis. Rappelons comment les Juifs étaient perçus dans une bonne partie de l’opinion française vers 1900. Rappelons la légende d’un empereur d’Allemagne attendant avec impatience les documents secrets que Dreyfus devait lui fournir, et annotant de sa propre main la pièce relative au système de freinage du canon de 120. Rappelons l’affirmation imparable: si les autorités allemandes prétendent qu’elles n’ont eu aucune relation avec le capitaine Dreyfus, c’est bien la preuve qu’elles veulent le protéger et donc qu’il est coupable.

5. L’envahissement du Capitole à Washington par les partisans de Trump fait penser à la tentative de Déroulède de faire marcher un général et ses troupes sur l’Élysée. L’épisode est complété par le coup de canne d’un aristocrate antidreyfusard sur le président de la République parce que celui-ci était favorable à la révision du procès Dreyfus.

6. En souhaitant réaliser la formule « Make America Great Again », Trump a fait exactement le contraire: il a affaibli son pays et l’a ridiculisé dans le monde entier. Les ennemis des USA en ont bien profité, on l’a vu. Les antidreyfusards refusaient d’admettre l’innocence de Dreyfus en prétendant défendre ainsi l’honneur de l’Armée. Jaurès leur disait: l’Armée serait grandie si elle savait reconnaitre son erreur en ne le faisant pas, les grands chefs militaires s’enfoncent dans l’abjection.

7. Malgré ses mensonges et ses erreurs, Trump a obtenu un nombre de voix extraordinairement élevé à la présidentielle de 2020, et il faudra voir dans quelle mesure le noyau de ses fidèles inconditionnels a résisté aux derniers rebondissements. Le général Mercier, principal responsable de la condamnation frauduleuse de Dreyfus en 1894, de la nouvelle condamnation en 1899, et refusant obstinément d’évoluer, a été élu en 1900 sénateur du département de Loire-Inférieure.

8. Pour conclure, je constate que les héritiers politiques de l’extrême-droite en action dans l’affaire Dreyfus en France manifestent leur proximité des trumpistes américains. Le quotidien Le Monde a publié, le 9 janvier 2021, p. 11, les tweets de certains responsables du Rassemblement national opposant la violence de la répression exercée contre les partisans de Trump entrés dans le Capitole au laxisme de la police quand il s’agit d’émeutiers noirs. On a déjà rencontré plus haut les mots «abjection» et «bêtise».

REVOIR la visio-conférence de Rémy Pech sur le premier Bouclier de Brennus du Stade Toulousain

 Notre Président Rémy PECH traite dans cette visio : « 1912 – Premier d’une longue liste, LE BRENNUS AU STADE ».
Rémy est professeur émérite d’histoire à l’université Toulouse – Jean Jaurès qu’il a présidée de 2001 à 2006.Il a réalisé, seul ou en collaboration, plusieurs études sur le rugby, dont il s’est attaché à démontrer le rôle social, culturel et émotionnel. Rémy est l’auteur, dans la collection « Cette année-là » de 1871. La Commune, de la révolte au compromis républicain. »31 mars 1912 : 15 000 Toulousains acclament aux Ponts-Jumeaux leur 15 champions. Au terme d’une saison sans défaite, ils ont battu le prestigieux Racing Club de France. C’est pour le Stade Toulousain le premier bouclier de Brennus : 19 autres suivront, faisant des « Rouge et noir » l’équipe la mieux titrée de France et d’Europe. Un début ? Non, car depuis vingt ans le rugby s’est implanté dans la Ville rose comme un jeu d’étudiants, puis comme un spectacle populaire, enfin comme un sport participant de l’identité des quartiers et de la cité. Plus qu’une équipe et qu’une institution, le Stade appartient au patrimoine toulousain en étant pour l’ensemble de l’Ovalie une académie du beau rugby ».

Piece d’Albert Vidal par Rémy CAZALS

Je vous transmets ce texte d’Albert Vidal que certains d’entre vous connaissent peut-être déjà. Vous pouvez le diffuser aussi largement que vous le souhaitez et, si une troupe était intéressée, je serais heureux que la pièce soit jouée à nouveau. Personnellement je la trouve très bonne, et de bons amateurs peuvent bien la mettre en valeur”.

Rémy Cazals.

Au cours du premier semestre 1939, la préfecture du Tarn a réparti dans les communes du département des contingents de blessés de l’armée républicaine espagnole réfugiés en France. Le maire de Mazamet (dans la pièce, Mme Subreville est son épouse) voulait les parquer dans une usine abandonnée, malsaine. Albert Vidal s’en est indigné. Le maire lui a dit : « Si vous n’êtes pas content, vous n’avez qu’à les prendre chez vous ! » Albert Vidal a répondu : « C’est ce que je vais faire. » Et il a transformé ses magasins à laine en hôpital auxiliaire sous la direction du docteur Bonneville assisté d’infirmières de la Croix Rouge. Homme d’action et aussi écrivain, Albert Vidal en a tiré une courte pièce dont j’ai retrouvé le texte dans les archives de sa famille. Les personnages sont réels, mais leurs noms sont fictifs. L’article de journal évoqué est bien réel aussi et j’en donne la copie après le texte de la pièce. Dans le manuscrit, la pièce n’a pas de titre. C’est moi qui ai proposé L’Infection. Le texte jusque là inédit et le dossier explicatif complet, avec des récits de témoins, ont été publiés dans mon livre Le Jeune Homme qui voulait devenir écrivain (Toulouse, Privat, 1985). La pièce a été jouée à l’Espace Apollo à Mazamet et au Tortillard à Saint-Amans-Soult en 2009. Elle est à la disposition de qui veut la rejouer et je répondrai à toute demande de précisions sur le contexte.

L’Infection, un acte en prose, par Albert Vidal

La salle de pansements de l’hôpital auxiliaire n° 7. Au lever du rideau, l’infirmière-major, entourée de jeunes infirmières affairées, fait un pansement.

L’infirmière -major. — Coton ! (Mlle Sage lui présente une boîte.) Non ! Pas une noisette ! Quand je demande du coton, donnez m’en assez pour que je puisse prendre ce qu’il me faut. Pas d’économies, Mademoiselle Sage. Ce n’est pas nous qui payons, sage demoiselle. D’ailleurs il ne faut pas toujours faire des économies.
Mlle Sage (les larmes aux yeux). — Mais je ne pensais pas à faire des économies. Hier, je vous ai passé la boîte des nappes, vous m’avez dit : que voulez-vous que je fasse de ça ? Une noisette ! Et aujourd’hui…
L’infirmière-major. — Hier, c’était hier, et aujourd’hui…
Mlle Hemery. — C’est aujourd’hui (rires).
L’infirmière-major. — Mesdemoiselles, je n’aime pas cela. Ce ton de plaisanterie n’est pas de mise devant la souffrance. Je crois vous l’avoir déjà dit.
Mlle Verrier (à mi-voix). — Oh oui !
L’infirmière-major. — Et celui-ci a justement l’air de souffrir un peu plus qu’il n’est raisonnable… Ah ! tiens-toi tranquille, je finirai par te piquer. Tranquille, oui tranquille toi tenir. Il ne comprend pas. Eh ! là-bas, l’interprète juré, comment dit-on tranquille ?
Mlle Hemery. — Quieto.

L’infirmière-major. — Vous parlez espagnol ?
Mlle Hemery. — Non. Mais je sais dire tranquille. C’est un mot dont on a souvent besoin quand vous faites les pansements (rires étouffés).
L’infirmière-major. — Quel mot faudra-t-il quand c’est vous qui les ferez ? Je me le demande… Ah ! ne bouge plus, toi. Ou je t’enfonce une épingle dans la cervelle. Non ! mais voyez-moi ce numéro. Il a le cerveau dehors et il remue sur sa chaise comme un possédé. Tu es plus que chauve, mon vieux ! Quieto ! Ou gare à ta matière grise.
Mlle Sage. — Il doit souffrir.
L’infirmière -major . — Je pense bien. C’est la moindre des choses.
Mlle Verrier. — Oh !
L’Infirmière-major. — Il ne l’a certainement pas volé ! Voyez-moi cette tête de bandit. Et nous sommes obligées de les soigner ! Et nous sommes obligées de prendre toutes les précautions possibles pour qu’ils guérissent, pour qu’ils souffrent le moins, eux qui… Et nous les prenons, oui Mesdemoiselles… Tiens, c’est fini. Tu peux t’en aller, jeune assassin de curés. A un autre.
Mlle Sage. — Vous croyez vraiment qu’il a assassiné des curés ?
L’infirmière-major. — A un autre. Amenez-moi le mal amputé.
Mlle Hemery. — Le mal amputé ? Comment s’appelle-t-il ?
L’infirmière-major . — Les noms, j’y ai renoncé. Ils sont impossibles à retenir et à prononcer. Sauf pour ceux qui ont des noms chrétiens.
Mlle Sage. — Jésus, par exemple.
L’INFIRMIÈRE-major. — Oui, Jésus !… Jésus ! Ils ont le toupet de s’appeler Jésus.
(Un temps.)
L’infirmière-major. — Eh bien, ce mal amputé, il arrive ?
Mlle Sage. — Je n’ai pas pu le trouver.
L’infirmière-major. — Il ne s’est pas envolé avec ses béquilles. Ah ! ils commencent à m’embêter ! Ils n’ont pas autre chose à faire que manger, dormir, jouer aux cartes et se laisser soigner. Nous n’avons pas le temps de les chercher chacun comme épingle menue.
Mlle Verrier. — En attendant, on pourrait soigner Domingo. Vous avez dit hier qu’il fallait refaire son pansement tous les jours.
L’infirmière-major. — Elle y tient à son Domingo. Allez le chercher. Vous, Mademoiselle Hemery, qui parlez espagnol…
Mlle Hemery. — Je ne parle pas espagnol.
L’infirmière-major. — On vous comprend et vous comprenez. Cherchez-moi ce mal amputé. Et vous, sage demoiselle…
Mlle Sage. — Je n’aime pas que vous m’appeliez comme ça.
L’INFIRMIERE-major. — C’est pourtant votre nom. Et vous le méritez bien.
Mlle Sage. — Non, non, non !
Mlle Hemery. — Elle ne veut pas être sage. (Elle rit et va vers la porte, où elle rencontre Mme Subreville qui entre.) Oh ! pardon, Madame. Comment allez-vous ?
Mme Subreville. — Bien, merci. Vous partez ?
Mlle Hemery. — Je vais chercher le mal amputé. Vous avez besoin de moi ?
Mme Subreville. — Non, merci. Au contraire.
Mlle Hemery. — Au contraire ?
Mme Subreville. — Non, pardon… Excusez-moi. (Importante) J’ai à parler à Mme l’infirmière-major et…
Mlle Hemery. — J’aurais été de trop.
Mme Subreville. — Mais non, voyons. Mais…
Mlle Hemery. — Mais alors, Mlle Sage est de trop, elle aussi. Je vais l’emmener.
Mme Subreville. — On ne peut rien vous cacher. Allez faire un tour de parc toutes les deux. (Les deux jeunes filles sortent).
Mme Subreville (importante). — J’ai à vous parler. (Elle désigne la porte par où sont sorties Mlle Hemery et Mlle Sage.) Vous avez pensé à ces jeunes filles ?
L’infirmière-major. — Oui. Eh bien ?
Mme Subreville. — Nous ne pouvons pas leur laisser continuer leur service. Mon mari est dans une colère ! Hier, il a téléphoné cinq fois à la préfecture. Il leur a dit leur fait, à tous : Est-ce que vous prenez ma commune pour un dépotoir ? Des blessés, oui. Mais des blessés de Mars. Je ne veux pas des blessés de Vénus. Je n’accepte pas que les pures jeunes filles qui se dévouent pour soigner des soldats soient exposées à être contaminées moralement et peut-être physiquement par les tristes héros de la débauche. Ah ! je vous prie de croire qu’avec lui nous sommes défendus.
L’INFIRMIÈRE-major. — Et qu’a répondu la préfecture ?
Mme Subreville. — C’est scandaleux. Elle a répondu qu’un hôpital n’était pas fait seulement pour les blessés, qu’on devait y soigner tous ceux qui ont besoin de soins, que les syphilitiques étaient moins dangereux que les typhiques et les tuberculeux.
L’infirmière-major. — C’est vrai.
Mme Subreville. — Enfin ils n’ont rien voulu entendre. Alors je viens voir avec vous comment nous pourrions arranger les choses en nous passant des jeunes filles. Parce que là-dessus mon mari ne transigera pas. Mais il y a moyen de s’organiser. Les infirmières ne manquent pas.
L’infirmière-major. — Oui, quand il s’agit de se faire photographier dans un groupe de glorieux mutilés, elles sont toutes là. Surtout celles que le costume flatte.
Mme Subreville. — Voyons. Nous avons Mme Vène.
L’infirmière-major. — Vous savez bien qu’elle ne veut rien faire pour les rouges.
Mme Subreville. — Mme Maze. Elle ne peut pas refuser, elle est vice-présidente.
L’infirmière-major. — Elle refuse pourtant.
Mme Subreville. — Mme Durand…
L’infirmière-major. — Idem.
Mme Subreville. — Il faut pourtant s’organiser. Tout est là. Mon mari me le dit toujours : or-ga-ni-sa-tion.
L’infirmière-major. — Votre mari a peut-être raison. Mais il ne nous aide pas.
Mme Subreville. — Il ne vous aide pas ! Par exemple ! Je viens de sa part m’entendre avec vous, organiser suivant ses conseils…
L’infirmière-major. — Mais il n’y a rien à organiser si nous ne désorganisons pas d’abord. Le service marche.
Mme Subreville. — Non. Là-dessus il est catégorique. Il ne veut pas exposer les jeunes filles au contact et à la contagion des syphilitiques.
L’INFIRMIÈRE-major. — Pour toutes les blessures, pour toutes les maladies, il y a des précautions à prendre. Toutes les infirmières savent cela. Mais cette précaution n’a pas sa raison d’être. Venez demain matin à neuf heures. Le médecin-chef passera la visite des derniers arrivés. Vous verrez…
Mme Subreville. — Ne comptez pas sur moi.
L’infirmière-major. — Vous n’êtes pas libre demain ?
Mme Subreville. — Ce n’est pas cela. Mon mari m’interdit de me charger de tout service dans cet hôpital tant qu’il y aura des syphilitiques.
L’infirmière-major. — Mais enfin, comment voulez-vous que je fasse ?
Mme Subreville. — Je viens justement…
L’infirmière-major. — Vous venez me dire qu’il faut or-ga-ni-ser. Et vous commencez par flanquer par terre tout ce qui est organisé en me faisant savoir qu’il n’y a plus à compter sur vous.
Mme Subreville. — J’ai des enfants. Je ne dois pas m’exposer à attraper ce que je n’ai pas.
L’INFIRMIÈRE-major. — Et moi ? Et nous ? Celle qui vous remplacera doit s’exposer, elle. Je vous dis que vous n’avez pas réfléchi.
Mme Subreville. — Non seulement nous avons réfléchi. Mais pour plus de sûreté mon mari a consulté son directeur de conscience…
(Entrent, très excitées, les trois jeunes filles.)
Mlle Sage (tenant un journal). — Oh ! Madame. Vous avez vu ?
Mlle Hemery. — C’est vrai que nous risquons d’être pourries ?
Mlle Verrier. — Moi, je n’ai pas peur.

Mlle Hemery (toujours moqueuse). — Je ne peux pas croire que Domingo, qui a de si jolis yeux, a couru les bouges de Barcelone.
L’infirmière-major. — Qu’est-ce que vous racontez ?
Mlle Sage (convaincue). — C’est dans le journal !
Mlle Verrier. — Ce qui est dans le journal n’est pas toujours vrai.
Mlle Hemery. — Elle défend son Domingo.
Mlle Verrier (furieuse). — Je n’ai pas de Domingo. Ce n’est pas mon Domingo plus que le vôtre. Mais je sais que les journaux mentent souvent.
L’infirmière-major. — Que dit celui-ci ? (On lui donne le journal).
Mlle Sage. — C’est ici.
L’infirmière-major (lisant). — Gare aux réfugiés espagnols… Il est arrivé un nouveau contingent… Certains étaient dans un état lamentable… tous atteints de maladies vénériennes… Il eût été logique en pareil cas d’évacuer sur un port espagnol ces Espagnols qui traînent avec eux le peu reluisant bagage de maladies provenant des nuits d’orgie… On aurait ainsi rendu à César ce qui appartient à César… (parlant) Je me demande si c’est une pointe pour Franco.
Mme Subreville. — Oh non ! Pas dans ce journal. Il est tout ce qu’il y a de bien.
L’infirmière-major (lisant). — Par contagion, ils peuvent pourrir les gens qu’ils approchent…
Mlle Verrier. — Oh !
Mme Subreville (importante). — Soyez sans crainte, Mesdemoiselles. Mon mari va faire le nécessaire.
L’infirmière-major (lisant). — Nous nous inclinerons toujours devant le soldat blessé, quel qu’il soit, qui tombe frappé sur le champ de bataille… Blessé, cet homme a droit à la pitié et au respect. Il n’en va pas de même de ces êtres qui se sont livrés aux pires excès dans les bas-fonds de Barcelone…
Mlle Hemery. — Il est de Barcelone, Domingo ?
Mlle Verrier. — Mais non, il n’est pas de Barcelone. Il est de Tarragone.
Mlle Hemery. — Il y a des bas-fonds à Tarragone aussi .
L’infirmière-major. — Ah ! Je vous en prie ! (Elle lit)… arrivés pleins d’abcès, d’une saleté repoussante, indignes de s’appeler des hommes… Horrible besogne que celle de ces infirmières…
Le docteur (qui est entré depuis un moment). — Vous auriez dû mettre vos gants de caoutchouc, Madame. La désinfection est plus facile et plus sûre.
Mme SubrevIlle. — Ah ! voici le docteur. Je suis chargée de vous demander votre concours et de vous offrir l’appui de la municipalité pour que nous soyons au plus tôt délivrés de cette infection, comme vous dites.
Le docteur. — Je crois qu’il y a malentendu, Madame.

Mme Subreville. — Nous ne pouvons pas laisser ces jeunes filles exposées à la contagion.
Le docteur. — Ceci me regarde. S’il y a des mesures à prendre, je les prendrai.
Mme Subreville. — Mais voyons, les gants de caoutchouc, l’infection…
Le docteur. — C’est du journal que je voulais parler.
Mme Subreville (indignée). — Oh ! l’article est de mon mari… Ou plutôt… du moins, c’est lui qui l’a fait écrire.
Le docteur. — Votre mari ou son interprète, l’auteur de l’article enfin, est bien mal renseigné. Nous avons en tout quatre vénériens. Leur proportion est donc beaucoup moins élevée dans cet hôpital que dans la plupart des villes françaises… Il n’y a d’ailleurs parmi eux aucun cas qui présente des risques de contagion dangereux. Mais là n’est pas la question. Nous sommes ici pour tout soigner. Et, jusqu’à maintenant, nous avons les moyens de tout soigner sans vous faire courir, Mesdames et Mesdemoiselles, aucun risque particulier. Le seul que vous aviez à courir, il est trop tard pour vous en préserver et cela n’a pas dépendu de moi.
Mlle Hemery. — Oh ! Nous avons couru un danger, docteur. Oh ! que c’est amusant ! Lequel ?
Le docteur. — La lecture de cette… Soyons poli !… De cette stupidité. Oubliez-la. (Il désigne le journal).
Mme Subrevtlle. — Bonjour. Je me retire. (Elle sort).
L’infirmière-major. — Docteur ! docteur ! Il faut la retenir. Elle vient de me déclarer qu’elle ne reprendrait pas son service tant que nous aurions des… de ces malades à l’hôpital.
Le docteur. — Abandon de poste en présence du tréponème pâle. Laissez-la partir. Elle reviendra bien assez tôt. Laquelle de vous, Mesdemoiselles…
Les jeunes filles. — Moi, moi, moi.
Le docteur. — Nous tirerons au sort. Et maintenant, assez bavardé. Au travail.
L’infirmière -major . — Allez me chercher ce mal amputé.
Mlle Sage. — Oui, Madame. (Elle va pour sortir).
Rideau

Compléments : deux articles de la presse locale ou régionale.

La Voix libérale du Tarn (extrait du numéro du 3 juin 1939, peu de temps après l’arrivée d’un nouveau contingent de blessés républicains espagnols). C’est le journal de la droite à Mazamet :
Vendredi 19 mai, lendemain du jour de l’Ascension, un train sanitaire a laissé pour notre ville quarante malades espagnols ; nous disons malades et non pas blessés et pour dire le mot cru : malades vénériens au dernier degré exclusivement, de véritables loques ; à ce point qu’un est mort en le descendant du wagon, qu’un autre était dans un tel état de décomposition qu’on dut le transporter sur une civière, et on a baptisé ces créatures… des blessés ! Nous ne comprenons pas qu’on ne mette pas toute cette phalange de tristes individus dans des hôpitaux spécialisés, loin de toute habitation que ces gens-là risquent de souiller et de contaminer.
Nous nous inclinerons toujours devant le soldat blessé, quel qu’il soit, qui tombe frappé sur le champ de bataille, en combattant ; blessé, cet homme a droit à la pitié et au respect ; il n’en va pas de même de ces êtres qui dans les bas-fonds de Barcelone se sont livrés aux pires excès ; ils sont arrivés pleins d’abcès, d’une saleté repoussante, indignes de s’appeler des hommes.
Horrible besogne que celle de ces infirmières qui soignent ces maladies cherchées et voulues ; pendant la Grande Guerre, il est incontestable que quelques rares Français ont été eux aussi oublieux de leurs devoirs, mais envers les soldats espagnols qui sont légion à être contaminés, le soldat français était un petit saint.
Nous nous demandons si on prend notre ville pour un dépotoir ; des blessés, oui ! des malades, non ! (article non signé)

Sous le titre « Une mise au point », La Dépêche publie le 6 juin 1939 le texte suivant :

L’arrivée récente d’un contingent de miliciens espagnols malades et blessés à l’hôpital-annexe situé dans l’immeuble de M. Albert Vidal, rue de la République, a suscité dans les organes réactionnaires et cléricaux locaux et régionaux (La Garonne et La Voix libérale) des polémiques outrancières de nature à émouvoir la population de notre laborieuse cité. M. le médecin-chef des formations sanitaires de la Croix-Rouge à Mazamet, directeur de l’hôpital-annexe en question, nous a adressé, en nous priant de l’insérer, la mise au point ci-dessous qui donnera à nos compatriotes tous les apaisements nécessaires :
… parmi les quarante demeurés ici, trois seulement provenaient du fameux bateau-hôpital de vénériens, les trente-sept autres provenaient de deux hôpitaux de Perpignan où ils étaient en traitement pour des maladies contractées au cours des opérations militaires, sans la moindre collaboration de Vénus. Le dieu Mars est en effet bien suffisant pour faire des « malades » dans une armée en campagne battant en retraite.
… aucun des malades actuellement soignés à l’hôpital-annexe n’est un « contagieux ». Les renseignements fournis aux rédacteurs des journaux cités ci-dessus sont donc inexacts, ainsi d’ailleurs que le contenu des fiches médicales reproduites par eux, dont les miliciens malades auraient été porteurs ; leur publication est, au surplus, contraire à l’article 378 du code pénal.
… nous n’entendons pas ici prendre parti pour ou contre les miliciens espagnols. Ce n’est pas à nous de les juger ; pour nos infirmières comme pour nous, il y a des soins à donner à des êtres humains, à des malades qui souffrent, à des hommes dont la situation et l’avenir sont des plus précaires et qui, à ces divers titres, sont infiniment à plaindre. (Signé : docteur Bonneville père, médecin-chef des formations sanitaires de la Croix-Rouge.)

Le dossier complet conservé dans les archives de la famille Vidal contient aussi des lettres de ces Espagnols, ainsi celle de José Canela : « Cuando Sali de su santa Casa… Je garderai gravé dans mon esprit votre noble nom. Puissiez-vous vivre bien des années pour le bonheur de l’humanité et puissiez-vous en jouir auprès de vos enfants. »

Quelques lectures pour votre confinement

  • Brèves chroniques sur Jean Jaurès et sur François Maspéro

          Sur le lien suivant : www.crid1418.org « rubrique actualités ».

  • Camille Grousselas, Jean Jaurès. Oser l’idéal, Nancy, L’arbre bleu, 2020, 225 p.

          Le philosophe, jaurésien de longue date, fait une mise au point très documentée sur le Jaurès philosophe, ici confronté à ses                                    prédécesseurs, ses contemporains et ses successeurs. La question des rapports avec la pensée chrétienne est notamment abordée.

  • Rémy Cazals, Mazamet l’industrielle, un demi-siècle d’exploration urbaine, Albi, Ampélos, 2020 , 319 p.

          Dans un livre très richement illustré notre ami livre ici une observation attentive de sa ville natale, dont il a retracé l’histoire industrielle et          ouvrière dans plusieurs ouvrages. Un livre rare, car il associe l’érudition de l’historien et l’observation minutieuse des lieux de mémoire.

  • Rémy Pech 1912 , Premier d’une longue liste, le Brennus au Stade, Toulouse, Editions Midi-Pyrénéennes, 2020, 46 p.

          Jaurès ne s’est guère intéressé au rugby, mais le rugby s’est développé dans notre Occitanie au temps de Jaurès. Ce petit livre vous                      racontera les débuts de la longue épopée du Stade toulousain.

Timbres « verts » à l’effigie de Jaurès

Nous voici de nouveau contraints de respecter les consignes sanitaires et par conséquent de reporter les activités prévues, le débat sur les élections aux Etats-Unis notamment.

Dès que nous pourrons à nouveau nous réunir, le cycle des « cafés » pourra redémarrer sans problème avec les conférences reportées et d’autres, listées par le bureau , qui a par ailleurs étudié la reconstitution de notre site piraté cet été .

En attendant, le confinement se révèle propice à la lecture et à l’écriture. Grâce à Jean-Pierre Audigé nous avons obtenu une livraison rapide de timbres « verts » à l’effigie de Jaurès. Ils se présentent sous forme de planches de 30 timbres, dont le prix au présent tarif postal est de 33 euros.

Nous en ferons l’expédition sans frais supplémentaires à chaque adhérent qui en fera la demande, assortie d’un chèque, auprès de René LLORET, 38 avenue de Courrège, 31400 Toulouse.

En passant commande n’oubliez pas de payer votre cotisation pour 2021, au tarif inchangé de 10 euros.

L’actualité dramatique que nous vivons ne fait que renforcer notre attachement aux valeurs de laïcité, de paix, de tolérance et de générosité que Jaurès incarne à jamais.

La lecture de la fameuse lettre « au instituteurs et institutrices » parue dans la Dépêche du 15 janvier 1888 lue dans toutes les institutions scolaires du pays le 2 novembre, et n’oublions pas le fameux discours « Pour la laïque de 1910 » dont Jean Le Pottier et moi vous avions présenté l’élaboration lors d’un récent café. Je vous transmets en PDF l’article paru dans la revue du Tarn en 2017. Le texte du discours se trouve facilement sur Internet.

Nous joignons également un lien sur le site du CRID où notre ami Rémy Cazals signale quelques chroniques sur Jaurès et François Maspéro. Nous vous enverrons bientôt d’autres documents. Ainsi nous resterons ensemble.