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Arrêt sur images : Café du 18 septembre 2018

« Droit du travail et politique »

 

par Michel Sabatté

avocat et universitaire

Cette communication a comporté 2 parties : la première consacrée aux liens pouvant être établis entre le droit du travail et la ou le politique , la seconde consacrée à l’analyse de la portée politique des réformes intervenues à partir du mois de septembre 2017 .

 

Le concept de politique est entendu comme suit :
  • Le politique tel que défini par André GORZ : un socle de valeurs     communément admises dans une société donnée ,
  • Mais aussi un ensemble de phénomènes qui ne se concentrent pas exclusivement sur l’Etat et qui englobent de nombreux thèmes traités par le droit du travail ( la liberté , le pouvoir , l’autorité , la représentation ).
Le Droit est considéré comme une émanation du politique qui l’auto-limite , mais qui ne l’expulse pas .
Le Droit , à la différence du politique , se caractérise par sa généralité , sa stabilité et sa prétention à la rationalité .
Le Droit du travail est-il par essence un droit politique ?
Le Droit du travail est-il exclusivement orienté vers la protection des salariés ?

 

Est-il , au contraire , ou en même temps , au service de la compétitivité des entreprises ?

 

Les exemples pourraient être multipliés .

 

Ce qu’il importe de relever c’est que les débats idéologiques ont souvent obscurci la compréhension de certaines réformes .

 

Le Droit du travail peut-il être considéré comme un droit politique ?

 

La réponse est affirmative lorsqu’on constate que ce droit ne présente pas les caractères de stabilité , de généralité et de précision qui renvoient à un droit susceptible de dépolitiser .

 

La réponse est positive lorsque l’on constate que certaines réformes ( le droit du licenciement économique ) présentent un caractère symbolique et représentent pour l’essentiel un message envoyé par le pouvoir politique qui s’installa à son électorat .

 

La réponse est affirmative enfin lorsque l’on constate que la plupart des normes du travail soit laissent place à des marges d’interprétation qui vont se dérouler de façon politique , soit sont issues d’une délégation à des instances privées , soit n’acquièrent pas de légitimation au point qu’il est impossible de les interpréter et de les appliquer ( le CPE par exemple ) .

 

Les réformes récentes du Droit du travail ont été adoptées au terme d’une procédure constitutionnelle .

 

Sur le fond elles s’inscrivent dans une continuité technique qui renvoie depuis le début des années 80 à une montée en puissance de la négociation collective d’entreprise , éventuellement dérogatoire .
Ces réformes s’inscrivent également dans une continuité idéologique amorcée au début des années 80 , lorsque le focus est centré désormais sur la compétitivité des entreprises , sur une représentation du salarié en terme de risque et sur un certain désengagement de l’état au regard du traitement de la question sociale largement soustraite au travail parlementaire .

 

Il s’agit d’une révolution du droit du travail à bien des égards .

 

        * Le droit du travail est assujetti aux impératifs de l’économie , voire à un discours sur l’économie .

 

         * Le droit du travail s’efface au profit d’un droit du marché du travail .

 

Il n’est plus centré sur l’entreprise mais sur l’accompagnement des transitions professionnelles .

 

          * Les réformes substituent au concept de démocratie sociale le concept de dialogue social .

 

           * L’ordre public est légalisé et , par là , dégradé .

 

           * La représentation du personnel est profondément transformée .

 

            *Enfin , la réforme de la représentation du personnel et l’assouplissement de la règlementation des CDI qui va se traduire par une augmentation de la précarisation de l’emploi annoncent un recul du fait syndical .
La conférence se termine après une séance de questions réponses entre l’intervenant et les personnes présentes dans la salle .

 

 

                                    * * * * * * * * * * * *

 

 

 

 

 

 


 

De : rene.lloret@free.fr <rene.lloret@free.fr>
Envoyé : mercredi 14 novembre 2018 15:39
À : Lloret René; Poumarède Jacques; Doucet Dominique; Petersen Marie-Claude; Pech Rémy
Objet : MODIFICATION de lieu pour notre Bureau AJJT du mercredi 21 novembre

 

Chers(e Amis(e),
Rémy ayant une impossibilité de dernière minute, je vous propose de tenir
notre bureau à la même date et même heure
mais nous changeons de lieu :
Espace Diversité – rue d’Aubuisson
Mercredi 21 novembre de 10 h à 12 heures
Merci de votre compréhension et je compte sur vous ….
Bien à vous et amitiés.
René

 

 

Regards du pays toulousain sur la Grande Guerre (suite & fin)

La photo ci-dessus représente un groupe d’élèves du collège de Nailloux (Haute-Garonne) en visite dans les restes de tranchées et de réseaux de barbelés à la Main de Massiges en 2017. Elle évoque le thème des animations, pédagogiques ou autres, extrêmement nombreuses, dont on ne pourra donner que quelques exemples, trop rapidement, mais en essayant de montrer leur complémentarité.

Le professeur Philippe Delvit a présenté les activités à l’Université de Toulouse-Capitole : l’exposition sur les juristes mobilisés ; le Livre d’or des étudiants en droit toulousains tués ; les deux cycles de conférences en 2017-2018 et 2018-2019. Il a rétabli en 2018 le rituel de dépôt de gerbes aux monuments aux morts de l’Université.

En 2008, les Archives municipales de Toulouse avaient déjà monté une très grande exposition en utilisant notamment les photos du fonds Berthelé inventorié par une étudiante de l’Université de Toulouse 2, Julie Maisonhaute. Cette expo avait été montrée en dehors de Toulouse, en particulier dans le département de l’Aisne. Les éditions Privat avaient tiré du fonds un beau livre préfacé par Geneviève Dreyfus-Armand, directrice de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Paris (BDIC). On verra plus loin que les associations de médecins toulousains qui ont réalisé une expo sur le service de santé pendant la Grande Guerre ont largement utilisé le fonds Berthelé. Il s’agit là d’un bon exemple de coopération entre diverses structures.
Rémy Verdo, actuel directeur des Archives municipales de Toulouse, a présenté deux ouvrages réalisés récemment : un catalogue de cartes postales de propagande à prétention humoristique éditées à Toulouse pendant la guerre (ouvrage auquel ont participé Cédric Marty et Fabrice Pappola) ; un petit livre de Louise-Emmanuelle Friquart sur les monuments aux morts toulousains, diffusé par la région Occitanie.
Sur le thème des monuments aux morts, Jacques Poumarède a organisé une soirée de l’association du quartier Concorde-Chalets autour du monument de la place Roquelaine représentant la France protectrice de la civilisation. Dans diverses sources numérisées, il a retrouvé la trace de plusieurs combattants dont le nom est inscrit sur le monument.
Sur le même thème, mais au niveau national, Emmanuel Delandre a produit une remarquable exposition (actuellement en place dans les salles de Canopé, ex-CRDP, rue Roquelaine, jusqu’au 14 décembre) et un très beau livre de photos. L’expo avait été montée à Sorèze en accompagnement du colloque « Enseigner la Grande Guerre ». Elle sera au Centre Culturel de Fouesnant (Finistère) du 9 au 25 janvier. Autre exemple de complémentarité entre les activités et de rayonnement culturel du pays toulousain.
Les deux photos reproduites ci-dessous sont prises à Toulouse (école Chaubet à Guilheméry) et à Dôle (monument à Jean Jaurès).

Au nom des Amis de l’Hôtel-Dieu et du Musée d’Histoire de la Médecine, le professeur Jean-Paul Carrière a présenté l’exposition « Au cœur du service de santé de la Première Guerre mondiale » montée à l’Hôtel Dieu de Toulouse en novembre 2016 pour une année et prolongée jusqu’en novembre 2018. Cette exposition reposait sur les documents originaux ayant appartenu au chirurgien toulousain Prosper Viguier, sur les photos du fonds Berthelé déjà cité et sur des uniformes et objets divers prêtés par des collectionneurs. Une vitrine présentait aussi les publications de l’Université Jean Jaurès en rapport avec 14-18. Les notes de Prosper Viguier ont été réunies en livre pour les éditions Privat. Un cycle de huit conférences a accompagné l’exposition. Celle du 5 novembre, la dernière du cycle, a pour auteur François Icher.
Celui-ci, inspecteur d’académie et inspecteur pédagogique régional, a également pris la parole le 20 octobre pour rappeler le fort investissement de l’Éducation nationale dans le Centenaire. On lira avec profit le texte de son intervention au colloque de Sorèze, dans Enseigner la Grande Guerre, livre déjà cité.

L’image ci-dessus illustre l’investissement des établissements d’enseignement dans des activités pédagogiques, la plupart labellisées par la Mission du Centenaire. Elle représente la manifestation franco-allemande du 29 mai 2016 à la nécropole de Douaumont sur une scénographie de Volker Schlöndorff (photo communiquée par la Mission du Centenaire pour le livre Enseigner la Grande Guerre).

Il faut terminer en insistant sur un fait capital : la motivation des institutions (dépôts d’archives, médiathèques, musées, mairies…), des établissements d’enseignement de tous niveaux, et de quantité d’associations de quartier, de village. J’ai pu personnellement le constater en faisant, entre 2014 et 2018, des dizaines d’interventions à travers la France, et même à l’étranger jusqu’à Shanghai…
Les Journées de Larrazet, animées par Alain Daziron, ont commémoré 14-18. Jean-Claude François a fait connaître les habitants de Villemur-sur-Tarn dans la Grande Guerre. Blagnac a réédité un ouvrage paru en 2008, a monté une exposition et organisé plusieurs spectacles. Le musée Petiet et le ciné-club de Limoux ont proposé un large éventail d’activités. La Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron a organisé un colloque et en a publié les Actes… Encore une fois, il n’est pas possible de citer toutes les initiatives

Dans sa conclusion à la journée du 20 octobre, le professeur Antoine Prost a souligné qu’il s’est passé quelque chose d’important qu’on n’avait pas prévu en 2013. Il s’est agi d’un phénomène commémoratif massif. Cela est dû au fait que la société a changé : nos contemporains ont davantage d’instruction et de temps libre ; les collectivités locales sont dotées de services culturels ; il y a des milliers d’associations. Ainsi, le Centenaire est-il aussi un témoignage sur l’évolution de la société française.

Liste des livres cités dans la 4e partie :

– Devaux (Olivier) et Garnier (Florent), Mémoires de la Grande Guerre – Le Livre d’or de la Faculté de Droit de Toulouse, Presses de l’Université Toulouse 1 Capitole, 2018.
– 1914-1918, Images de l’arrière-front, Raoul Berthelé, lieutenant et photographe, ouvrage préparé par Rémy Cazals, préface de Geneviève Dreyfus-Armand, Toulouse, Privat, 2008.
– Drôle de guerre !? Catalogue des cartes postales dessinées éditées à Toulouse (1914-1918), Archives municipales de Toulouse, 2014.
– Friquart (Louise-Emmanuelle), L’art du souvenir, les monuments commémoratifs de la guerre 1914-1918 à Toulouse, Conseil régional Midi-Pyrénées, 2014.
– Delandre (Emmanuel), De Mémoire et de Paix, le pacifisme dans les monuments aux morts de 14-18, Toulouse, 2017.
– Viguier (Prosper), Un chirurgien de la Grande Guerre, Toulouse, Privat, 2007.
– François (Jean-Claude), Les Villemuriens dans la Grande Guerre, « Les Amis de Villemur historique », 2014.
– Les Blagnacais pendant la Grande Guerre, « Blagnac, questions d’histoire », 2008, réédité en 2018.
– Les Aveyronnais sur tous les fronts 1914-1918, Rodez, Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, 2018.

Éclairages :

– Prost (Antoine), « Les monuments aux morts », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, I La République, Paris, Gallimard, 1984.
– Cazals (Rémy), Les mots de 14-18, Toulouse, PUM, 2003.

Regards du pays toulousain sur la Grande Guerre (4)

Des thèses marquantes en histoire ont été soutenues à Toulouse. On peut citer celles de Pierre Bouyoux sur l’opinion publique dans notre ville pendant la guerre, de Pierre Purseigle sur une histoire comparée Béziers/Northhampton, de Fabrice Pappola sur le bourrage de crâne et l’information des soldats. Voici deux thèses récentes publiées par de grands éditeurs.

La démarche de François Bouloc est originale. Il part des représentations de la catégorie des profiteurs (dans les témoignages des combattants, la presse, le théâtre…) puis il cherche la réalité en archives publiques. De nombreuses entreprises, petites et grandes, ayant fait des bénéfices extraordinaires en temps de guerre, ont fraudé le fisc. Tout en tenant un discours patriotique, leurs dirigeants privaient la patrie de ressources pour mener la guerre.
En utilisant de nombreux témoignages, Alexandre Lafon s’est penché sur le thème de la camaraderie au front. Ici, il est intéressant de remarquer le soutien du ministère de la Défense à un livre bien éloigné de « l’histoire-bataille » traditionnelle.

Les deux images ci-dessus sont des représentations fantasmées de la charge à la baïonnette que certains « penseurs » militaires français jugeaient irrésistible, sans se rendre compte que la guerre déclenchée en 1914 était une guerre industrielle. Le dessinateur (image à gauche) pouvait tout se permettre. Quant à la photo, considérée à tort par certains médias d’aujourd’hui comme authentique, c’est évidemment un faux joué quelque part à l’arrière (position aberrante du photographe si on était en plein combat, geste théâtral du chef tourné vers l’appareil photo, figurants jouant à être mort, sourire d’un assaillant qui regarde l’opérateur). Ces images ont intrigué Cédric Marty, auteur d’une thèse soutenue à Toulouse et dont il a tiré un livre qui vient de paraitre aux éditions Vendémiaire.

Après les thèses, les colloques universitaires. Les historiens toulousains ont participé à des colloques un peu partout en France et même à l’étranger. On peut citer celui de Dijon dont l’affiche rappelle la sympathique « galette républicaine » annuelle des Amis de Jean Jaurès à Toulouse. Il y a à Dijon un lycée hôtelier qui a suivi les recettes de l’époque pour fabriquer divers pains et gâteaux. Je le savais, mais j’en ai trouvé la confirmation concrète : le pain KK allemand est vraiment mauvais ! Et je me souviens du témoignage d’un poilu : lors d’une fraternisation, il a accepté du pain KK pour ne pas vexer l’Allemand qui le lui a donné.
Le colloque « Les batailles de 1916 » a été organisé directement par la Mission du Centenaire à Paris en 2016, sous la direction d’Antoine Prost. Le livre qui en rend compte vient juste d’être publié et présenté aux rendez-vous de l’histoire de Blois.

Organisatrice des colloques de Sorèze, Caroline Barrera a présenté celui d’octobre 2017, publié en octobre 2018, sur le thème « Enseigner la Grande Guerre ». Ces rencontres très originales sont prises en charge par Framespa (Université Jean-Jaurès) pour la partie scientifique, et, pour la partie logistique, par le syndicat mixte de l’abbaye-école de Sorèze qui fédère le département du Tarn, la région Occitanie et la ville de Sorèze. Depuis le colloque de 2009, publié en 2010, les Éditions midi-pyrénéennes assurent la fabrication richement illustrée. Le livre Enseigner la Grande Guerre est constitué de quatre parties. La première éclaire la question par des articles sur l’enseignement de 14-18 en Allemagne, dans l’Italie fasciste, dans les deux Irlande et en Alsace. La deuxième évoque les manuels français. La troisième décrit des expériences concrètes d’enseignement depuis l’école primaire jusqu’à l’université, en passant par le collège et le lycée. Enfin, la dernière partie fait un bilan du Centenaire en donnant la parole aux représentants de la Mission. Parmi les personnes présentes le 20 octobre, cinq ont participé au colloque et au livre : Caroline Barrera, Rémy Cazals, François Icher, Cédric Marty, Alexandre Lafon. On peut rappeler que le professeur Antoine Prost était venu à Sorèze en 2013 et avait rédigé la conclusion du colloque d’histoire de l’éducation publié sous le titre La Cour de récréation, dirigé par Caroline Barrera.

À l’université Jean Jaurès, le travail des germanistes touche également à l’histoire. Jacques Lajarrige a présenté le colloque international sur « Andreas Latzko (1876-1943), un classique de la littérature de guerre oublié ? », qui s’est tenu à Toulouse en avril 2017 et dont les Actes vont bientôt paraitre. De son côté, Hélène Leclerc a évoqué le camp d’internement de ressortissants des pays ennemis installé à Garaison, et le petit livre publié contenant les témoignages traduits en français de deux femmes qui y furent en captivité (Helene Schaarschmidt et Gertrud Köbner).

Les deux ouvrages de Laurent Ségalant méritent de figurer parmi les travaux universitaires. Le premier, en trois forts volumes en dit beaucoup sur les Gascons, soldats et civils, mais il dépasse le cadre régional par l’importance des explications concrètes, utiles à tous ceux qui travaillent sur la période. Je me souviens que Jean Le Pottier, lorsqu’il était directeur des Archives de la Haute-Garonne, avait ces trois volumes à portée de main comme des ouvrages de référence. Quant au livre sur la bataille de Bertrix (en Belgique, le 22 août 1914), il décrit à partir de sources nombreuses le véritable massacre des régiments du pays toulousain.

Livres cités dans la 3e partie :
– Bouloc (François), Les Profiteurs de guerre, 1914-1918, Bruxelles, Éditions Complexe, 2008.
– Lafon (Alexandre), La Camaraderie au front, 1914-1918, Paris, Armand Colin, 2014.
– Marty (Cédric), À l’assaut ! La baïonnette dans la Première Guerre mondiale, Paris, Vendémiaire, 2018.
– Poulain (Caroline) (dir.), Manger et boire entre 1914 et 1918, Dijon, Bibliothèque municipale, et Gand, Snoeck, 2016.
– Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale, Les Batailles de 1916, Paris, Sorbonne Université Presses, 2018.
– Cazals (Rémy) et Barrera (Caroline), Enseigner la Grande Guerre, Portet-sur-Garonne, Éditions midi-pyrénéennes, 2018.
– Köbner (Gertrud) et Schaarschmidt (Helene), Récits de captivité, Garaison, 1914, textes édités par Hilda Inderwildi et Hélène Leclerc, Toulouse, Le Pérégrinateur, 2016.
-Leclerc (Hélène) (dir.), Le Sud-Ouest de la France et les Pyrénées dans la mémoire des pays de langue allemande au XXe siècle, Toulouse, Le Pérégrinateur, 2018.
– Ségalant (Laurent), Des Gascons dans la Grande Guerre, Orthez, Éditions Gascogne, 2009, 3 volumes.
– Ségalant (Laurent), Mourir à Bertrix, Le sacrifice des régiments du Sud-Ouest, 22 août 1914, Toulouse, Privat, 2014.

(à suivre)

Regards du pays toulousain sur la Grande Guerre (3)

Deuxième partie :

Collecte, publication, analyse des témoignages

 

L’image ci-dessous reproduit la couverture d’un des livres de Jean Norton Cru ; l’autre sera cité plus loin.

Des collectes sporadiques de témoignages ont été effectuées bien avant le Centenaire, ainsi que des dépôts spontanés en archives publiques. C’est de cette façon, par exemple, que le fonds photographique Berthelé est entré dans les collections des Archives municipales de Toulouse (voir plus loin l’exploitation de ce fonds). Le Centenaire a accéléré le mouvement avec la Grande Collecte que nous a présentée Anne Goulet, directrice des Archives départementales de la Haute-Garonne.

Après la collecte ou la découverte de nouveaux témoignages, la publication intervient parfois. On peut souligner ici le rôle pionnier de la Fédération audoise des œuvres laïques (FAOL) qui avait déjà, en 1977, publié des extraits des carnets de Barthas. L’image ci-dessous évoque deux combattants audois édités par la FAOL : à gauche Léopold Noé, à droite Xavier Chaïla.

La carte postale (à gauche sur l’image) a été envoyée par Léopold Noé à son fils. Elle représente deux poilus, un faux (regardez ses chaussures et le décor peint dans un studio photo parisien) et un vrai, Léopold lui-même, qui exprime son authentique souvenir en grattant le mot « Bon » pour le remplacer par « Mauvais ». Appartenant au même régiment que le caporal Barthas, le soldat Noé décrit des épisodes identiques, et cette confrontation est bienvenue pour confirmer la fiabilité des deux témoignages.
Le timbre (à droite sur l’image) a été imprimé à l’initiative du petit-fils de Xavier Chaïla dans le cadre de la formule « Mon timbre à moi » comme l’a fait de son côté, avec le portrait de Jean Jaurès, l’association de ses amis de Toulouse.
La publication des témoignages peut revêtir plusieurs formes, ce qui introduit un biais dans la connaissance de l’histoire de la guerre par les lecteurs. Un témoignage non publié restera inconnu ; un témoignage publié à tirage confidentiel par piété familiale ou à petit tirage par une association locale aura moins d’impact qu’un autre, produit par un véritable éditeur et largement diffusé. Si le grand public peut se contenter, à la rigueur, de quelques best-sellers, il n’en est pas de même pour les historiens professionnels qui doivent se tenir informés de la grande complexité des situations et des sentiments en guerre.
Ci-dessous, à gauche, un petit livre de l’association des Amis des Archives de la Haute Garonne ; à droite, le tirage par son fils à compte d’auteur des lettres d’un territorial du Gers qui a très peu combattu et a reçu de nombreux colis de nourriture de sa famille vivant dans un département fameux pour sa gastronomie. Maurice Faget était aussi un soldat de la Grande Guerre et ce cas doit être pris en compte.

Alexandre Lafon (docteur en histoire, conseiller pédagogique et historique à la Mission du Centenaire) a exposé alors le travail des éditions Privat à Toulouse avec la collection « Témoignages pour l’histoire ». Il a lui-même présenté dans cette collection les lettres d’Henri Despeyrières, combattant du Lot-et-Garonne. Fabrice Pappola, présent dans l’auditorium, docteur en histoire et animateur pédagogique pour les collèges et lycées de la Haute-Garonne, a fait de même pour les carnets du sergent Pomiro, un des rares récits des combats de Gallipoli en 1915. La collection comprend aussi le témoignage du médecin toulousain Prosper Viguier, que nous retrouverons plus loin.

Une autre collection de Privat « Destins de la Grande Guerre » dépasse le cadre régional en publiant, par exemple, les lettres d’un épicier normand, Charles Patard, grand admirateur de Jaurès, et le journal de guerre d’un soldat russe, Stéphane Ivanovitch Gavrilenko, envoyé combattre les Allemands sur le front français et qui resta en France après la guerre.
Un autre livre, tout juste publié par Privat, donne à lire plus de cent témoignages de militaires et de civils sur le thème du jour de l’armistice. Les textes sont rassemblés en chapitres selon la situation des témoins en novembre 1918. Le livre souligne l’importance de cette journée historique, et il montre aussi que certaines unités françaises ont combattu après cette date : c’est le cas des troupes envoyées en Russie contre les bolcheviks à Arkhangelsk, à Odessa et même en Sibérie.

Les témoignages collectés, publiés ou inédits, doivent être analysés par les historiens. Voici encore un éditeur du pays toulousain : les Éditions midi-pyrénéennes qui ont publié le gros livre collectif 500 témoins de la Grande Guerre. On en voit ci-dessous la couverture illustrée gracieusement, par amitié, par le célèbre dessinateur de BD, Tardi. Le livre collectif a rassemblé 33 auteurs dont 16 Toulousains. Quelques-uns d’entre eux ont participé à la journée du 20 octobre (Alexandre Lafon, Cédric Marty, Fabrice Pappola, Rémy Cazals), ainsi que l’éditeur (Bernard Seiden) qui a évoqué une vente de plus de 3 000 exemplaires de ce livre.

Cet ouvrage souhaite prendre la suite du fameux livre Témoins, Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, publié en 1929. L’auteur, Jean Norton Cru, ne prenait en compte que les textes de combattants édités. Donc pas de témoignages féminins et pas d’analyse d’inédits. Pourtant Jean Norton Cru avait annoncé que ces inédits existaient en grande quantité et qu’ils sortiraient un jour des tiroirs et des greniers. C’est bien ce qui s’est produit. Certains disent que la publication des carnets de Barthas a été déterminante pour déclencher la recherche, et nous ne les démentirons point.
Publié pour le Centenaire, le livre 500 témoins constate un net rééquilibrage social. Sur les 250 combattants étudiés par Cru, 78% appartenaient aux classes dirigeantes et intellectuelles, et 22% étaient des étudiants destinés à devenir des intellectuels ou des cadres. Sur les 500 notices du livre récent, 50% concernent les catégories populaires (cultivateurs, ouvriers, artisans, petits commerçants, employés de bureaux, instituteurs de villages).
Autour de l’an 2000, certains historiens ont critiqué ce qu’ils ont appelé « la dictature du témoignage ». C’était une erreur. Si les témoignages sont analysés avec méthode, confrontés, placés dans leur contexte, ils deviennent des documents fiables. Ce qu’il faut craindre, plutôt, c’est la dictature d’un historien ou d’une historienne sur les témoignages : surinterprétation, élimination de témoignages qui gênent des théories excessives. Il faut continuer à en chercher car ils apportent toujours du nouveau : ainsi en est-il du texte de Marius Reverdy, un Audois, (rare témoignage d’un sous-marinier français) et de la correspondance d’une valeur historique considérable de Marie-Louise et Jules Puech, tarnais d’origine. Jules a décrit avec précision la vie des poilus à Verdun et dans la Somme. Marie-Louise, à Paris, recevait beaucoup d’informations de personnalités politiques et militaires et participait aux mouvements pacifistes. Mari et femme ont eu à affronter la censure (sur le courrier et sur la publication de la revue La Paix par le Droit) et leur correspondance révèle plusieurs méthodes pour la contourner.

Liste des livres cités dans la 2e partie :
– Cru (Jean Norton), Témoins, Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, avec un supplément critique de Frédéric Rousseau, Presses universitaires de Nancy, 2006 [1ère édition, 1929].
– Cru (Jean Norton), Du témoignage, Paris, Gallimard, 1930. Certaines éditions récentes incomplètes ne sauraient être retenues.
– Noé (Léopold), Nous étions ennemis sans savoir pourquoi ni comment, Carcassonne, FAOL, 1980.
– Chaïla (Xavier), C’est à Craonne, sur le plateau… Journal de route 1914, 15, 16, 17, 18, 19,
Carcassonne, FAOL, 1997. À partir du mémoire de maîtrise de Sandrine Laspalles.
– Chansou (Joseph), Un prêtre frontonnais dans la Grande Guerre, Journal 1914-1918, Toulouse, Association des Amis des Archives de la Haute-Garonne, 2014.
– Faget (Henri), Lettres de mon père 1914-1918, à compte d’auteur, 2009.
– « C’est si triste de mourir à vingt ans », Lettres du soldat Henri Despeyrières, 1914-1915, présentées par Alexandre Lafon, préface d’André Bach, Toulouse, Privat, 2007.
– Lafon (Alexandre), « Autour de la pratique photographique au front, étude de la collection d’Henri Despeyrières », dans Annales du Midi, n° 275, juillet-septembre 2011, p. 391-408.
– Les Carnets de guerre d’Arnaud Pomiro, Des Dardanelles au Chemin des Dames, présentés par Fabrice Pappola, Toulouse, Privat, 2006.
– Jeger (Isabelle), « Si on avait écouté Jaurès », Lettres d’un pacifiste dans les tranchées, Charles Patard, Toulouse, Privat, 2014.
– Adam (Rémi), Le journal de Stéphane Ivanovitch Gavrilenko, Un soldat russe en France 1916-1917, Toulouse, Privat, 2014.
– Cazals (Rémy), La fin du cauchemar, 11 novembre 1918, Toulouse, Privat, 2018.
– Cazals (Rémy) (dir.), 500 témoins de la Grande Guerre, Portet-sur-Garonne, Éditions midi-pyrénéennes, 2013.
– Reverdy (Marius), Mon journal de guerre 1914-15-16-17-18, Carcassonne, Archives de l’Aude, 2016.
– Puech (Marie-Louise et Jules), Saleté de guerre ! Correspondance 1915-1916, Maisons-Laffitte, Ampelos, 2015.

(à suivre)

Regards du pays toulousain sur l’histoire de la Grande Guerre (2)

 

 

Le caporal Barthas a écrit des pages remarquables sur les fraternisations entre soldats français et allemands près de Neuville-Saint-Vaast en Artois, en décembre 1915, deux semaines avant Noël. Remarquables parce que nuancées : des deux côtés, on sort des tranchées inondées ; on se regarde d’abord avec méfiance, puis on voit que l’ennemi vit dans les mêmes conditions, le danger, la boue, et alors on échange poignées de mains, tabac et alcool. L’épisode raconté par Barthas est confirmé par de nombreux autres témoignages (voir le livre collectif 500 témoins de la Grande Guerre, qui sera présenté plus loin).
Les pages de Barthas sur cette fraternisation se terminent par cet appel :

 

En référence à l’appel de notre caporal, des tentatives d’édifier un monument aux fraternisations ont eu lieu en 1992 lorsque Marie-Christine Blandin du parti des Verts était présidente de la région Nord-Pas-de-Calais (mais elle s’est heurtée à une vigoureuse opposition des conservateurs), puis en 2005 à l’initiative de Christian Carion, réalisateur du film Joyeux Noël. C’est finalement le 17 décembre 2015, cent ans après l’épisode, que le monument a été inauguré par le président de la République François Hollande (ci-dessous photo communiquée par la Mission du Centenaire).

Le caporal Barthas s’est retrouvé au front dans la compagnie commandée par le capitaine Léon Hudelle, lui aussi natif de Peyriac-Minervois et son ami d’enfance. On a peut-être là le seul exemple d’un caporal tutoyant son capitaine. Hudelle n’était pas photographe, mais faisait collection de photographies prises dans son régiment. Le cliché ci-dessous et sa légende illustrent parfaitement un passage de Barthas décrivant des joueurs de football (rugby) au lieu-dit La Cuvette, en Artois, à une centaine de mètres des premières lignes. Toulousain dans la vie civile (rédacteur en chef du Midi socialiste), Hudelle avait la passion du rugby ; d’autres photos du même fonds montrent des scènes de jeu, et le journaliste évoque encore ce sport dans certains de ses articles envoyés depuis le front. Marie-Pierre Dubois, étudiante en maîtrise à l’université Jean Jaurès a retrouvé la collection de photos et a retranscrit tous les articles de Léon Hudelle de 1914 à 1918. Les photos ont été publiées par les Archives départementales de l’Aude.

Deux autres clichés du même fonds peuvent être reproduits ici. Sur l’un, on retrouve le soldat Maisonnave, déjà repéré plus haut. Il est le premier à partir de la gauche de ce groupe de cinq soldats chargés de la popote des officiers du bataillon (ravitailleurs, cuisinier, préposés à la vaisselle). On remarquera les « uniformes », mélanges divers d’effets militaires et civils. L’autre photo montre l’activité du coiffeur et rappelle cette définition : un poilu est un soldat solide et courageux ; un combattant imberbe dans les tranchées est un poilu ; un militaire barbu qui a fait toute la guerre dans un bureau à Toulouse n’est pas un poilu.

La maison d’édition strasbourgeoise La Nuée bleue a publié la traduction en français du témoignage de Dominique Richert, soldat alsacien dans l’armée allemande, et elle en fait la promotion en le qualifiant de « Louis Barthas allemand ». Le Toulousain Daniel Lautié, qui a épousé la petite-fille de Dominique Richert, a récupéré les cahiers originaux manuscrits et les a déposés dans un mémorial à Dannemarie en Alsace. Il a valorisé le fonds Richert en créant un site internet. Le 20 octobre, Daniel Lautié a présenté au nombreux public de l’auditorium Jean-Jacques Rouch l’histoire du manuscrit. Comme celui de Barthas, le livre de Richert est aussi traduit en anglais.

Livres cités dans la première partie :
– Les Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, Paris, La Découverte, 2013 [1ère édition Maspero, 1978].
– De oorlogsdagboeken van Louis Barthas 1914-1918, Amsterdam, Uitgeverij Bas Lubberhuizen, 2014 [1ère édition 1998].
– Poilu. The World War I Notebooks of Corporal Louis Barthas, Barrelmaker, 1914-1918, New Haven & London, Yale University Press, 2015 [1ère édition 2014].
– Barthas (Louis), Cuadernos de Guerra 1914-1918, Madrid, Páginas de espuma, 2014.
– La Grande Guerre 1914-1918. Photographies du capitaine Hudelle, Carcassonne, Archives de l’Aude, s. d.
– Richert (Dominique), Cahiers d’un survivant. Un soldat dans l’Europe en guerre 1914-1918, Strasbourg, La Nuée Bleue, 2016 [1ère édition en allemand 1989, en français 1994].

Éclairages :
– Barral (Pierre), « Les cahiers de Louis Barthas », dans Traces de 14-18, Carcassonne, Les Audois, 1997, p. 21-30.
– Cazals (Rémy), « Deux fantassins de la Grande Guerre : Louis Barthas et Dominique Richert », dans La Grande Guerre 1914-1918, 80 ans d’historiographie et de représentations, Montpellier, Université Paul Valéry, 2002, p. 339-364.
– Ferro (Marc) et al., Frères de tranchées, Paris, Perrin, 2006 [1ère édition 2005 ; édition en anglais : Meetings in No Man’s Land, 2007]. Le livre développe la question des fraternisations sur tous les fronts.
– Lafon (Alexandre), « La camaraderie dans les carnets de Louis Barthas, tonnelier », dans Annales du Midi, n° 262, avril-juin 2008, p. 219-236. Ce numéro a pour thème général « Regards du Midi sur la Grande Guerre ». Le n° 232, octobre-décembre 2000, a également pour thème « 1914-1918 ».

(à suivre)

Regards du pays toulousain sur l’histoire de la Grande Guerre

Toulouse, Espace Diversités & Laïcité, rue d’Aubuisson,

Samedi 20 octobre, de 15 à 19 heures

Cette manifestation est animée par Rémy Cazals, professeur émérite à l’université de Toulouse Jean Jaurès. Elle est le résultat d’une initiative commune de deux associations : les Amis de Jean Jaurès à Toulouse et les Amis des Archives départementales de la Haute-Garonne. Elle a reçu le label de la Mission nationale du Centenaire, représentée sur place par Antoine Prost, président de son conseil scientifique, par Rémy Cazals, membre de ce conseil et par Alexandre Lafon (ancien étudiant de l’université Jean Jaurès), conseiller pédagogique et historique auprès du directeur général, Joseph Zimet (lui-même attaché à la région puisque né à Arfons dans la Montagne Noire).
Le pays toulousain est considéré comme englobant Toulouse et la Haute-Garonne avec quelques extensions vers les départements limitrophes. S’il n’est pas possible de signaler toutes les initiatives prises sur ce territoire pendant la période du Centenaire, celles qui vont être présentées ici sont nombreuses et variées.

La une de La Dépêche du 1er août 1914 annonce deux nouvelles : l’assassinat de Jean Jaurès, qui écrivait dans le quotidien toulousain depuis 1887, et la mobilisation. Le premier jour de la mobilisation générale est le dimanche 2 août. L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août.
Dans notre présentation, la place du témoignage des contemporains est tellement importante qu’elle occupe deux parties :
1. Le livre du tonnelier Barthas
2. Collecte, publication, analyse des témoignages
Viennent ensuite :
3. La recherche universitaire
4. Pédagogie, animations

1ère partie : Le livre du tonnelier Barthas

Louis Barthas était tonnelier à Peyriac-Minervois (Aude) et ses camarades de régiment vivaient, comme il l’écrit lui-même, sur les bords de l’Aude et de la Garonne. La photo suivante représente la section du sous-lieutenant Coll du 280e régiment d’infanterie devant les ruines de la brasserie de Vermelles en Artois. On distingue Barthas vers le fond, et des soldats décrits dans son livre, comme Maisonnave, au premier rang, veste déboutonnée. Cette photo appartient au fonds Hudelle découvert par une étudiante toulousaine et déposé aux Archives de l’Aude.

Le texte de Barthas décrit tous les aspects de la vie dans les tranchées. Il constitue un bon répertoire des diverses formes de trêves tacites et de fraternisations. Il montre aussi toute l’horreur de la guerre. Les titres donnés à ses cahiers sont clairs : « le charnier de Lorette », « l’enfer de Verdun », « dans la boue sanglante de la Somme », etc. Décrire les moments de « laisser vivre » entre ennemis ne signifie pas qu’on nie la violence des combats.

Rappelons que Louis Barthas était un simple caporal, un artisan de village, seulement titulaire du certificat d’études primaires, militant socialiste. Son texte a été publié en 1978 par François Maspero et a eu immédiatement un extraordinaire succès. Son talent naturel, sans artifices, a été reconnu, par exemple, par François Mitterrand à qui les socialistes audois avaient offert l’ouvrage : « Ah, les Carnets de Louis Barthas ! Ce livre a une haute valeur historique, et aussi c’est une véritable œuvre littéraire. »
En 2018, le livre de Barthas a atteint un tirage total de 150 mille exemplaires, incluant l’édition en format de poche et les traductions en anglais, en espagnol et en néerlandais ; il a reçu un excellent accueil du New York Times, et de journaux espagnols de premier plan comme El Païs.

Le texte de Barthas a été exploité à la télévision (série Arte en 2014), dans la chanson (Marcel Amont), au théâtre (Philippe Orgebin), dans la BD (ci-dessous Louis Barthas vu par Kris et Maël).

Il a été largement utilisé dans les manuels scolaires de collège et de lycée. Par exemple, ci-dessous, dans un manuel de troisième des années 1980.

(à suivre)…

31 juillet 2018 : Commémoration de l’assassinat de Jean Jaurès.

 

A l’invitation de la municipalité de la ville de Toulouse, l’Association « Les Amis de Jean Jaurès à Toulouse » était bien présente à ce moment de mémoire.

Les mots de Monsieur le Maire et de Rémy PECH.

Le dépôt de gerbe avec Jonathan BARBIER et les amis présents.

UNE CEREMONIE DANS LE PLUS PUR ESPRIT JAURESIEN OU

FRATERNITE ET LIBERTE ETAIENT PORTEUSES D’UN ESPOIR DE PAIX.

Arrêt sur images : Café du 19 juin 2018

                

Les compagnons du Tour de France

                                           par François ICHER,
  inspecteur d’académie, chercheur associé au CNRS.

 

 

 

 

 

 

Notre intervenant présenté

par Dominique DOUCET

Trésorier adjoint de notre association.

 

 

Le compagnonnage , apparu à la fin du Moyen-Age , sujet méconnu du grand public , est le plus souvent associé , à tort, au 19° siècle .

Il s’agit d’un protocole basé sur le voyage . C’est par le voyage que le futur compagnon apprend le métier .

Souvent , le compagnonnage est lié à la franc maçonnerie; il s’agit d’une erreur provoquée par les symboles de l’équerre , du compas et des 3 points .

L’imagerie populaire représente le compagnon toujours âgé , officiant dans un atelier poussiéreux . L’un des premiers compagnons à avoir écrit sur ce sujet est Agricol Perdiguier , menuisier , ami de George Sand et de Victor Hugo .

Les pères fondateurs du compagnonnage sont le roi Salomon , représentant des puissants , le père Soubise , représentant des oratores et maître Jacques , tailleur de pierre , symbolisant les laboratores . C’est au Moyen-Age que se structurent des confréries axées sur une vie de voyages et organisées en 3 rangs : apprentis , compagnons et maîtres . Le  » livre des métiers  » de 1268 est une source de renseignements importante car il répertorie tous les métiers exercés à Paris à cette époque . On apprend aussi les règles essentielles du compagnonnage : l’apprentissage est payant ( la famille de l’apprenti paie le maître ) ; l’apprenti ne peut quitter le maître sans autorisation ; après son tour de France l’apprenti devient compagnon et perçoit des gages ; il doit présenter son chef d’œuvre .

Le principe du tour de France est : voyager pour apprendre .

Un coup de tonnerre retentit le 14 mars 1655 : l’église catholique condamne le compagnonnage . Procès verbaux , arrêts , ordonnances visent les compagnons . Toutefois si on surveille les compagnons, on les tolère .

La révolution de 1789 va susciter de grands espoirs chez les compagnons . Espoirs vite déçus car désormais il sera possible de s’installer à son compte en payant simplement une patente . La loi Le Chapelier va les combattre , le livret ouvrier va les ficher .La révolution industrielle va mettre à mal le compagnonnage: le train remplace la marche , l’usine remplace l’atelier , les outils changent , les métiers nouveaux ne sont pas des métiers du compagnonnage . . . Et apparaissent les premiers syndicats qui tendent à le ridiculiser . Mais survient un évènement qui va le remettre sut le devant de la scène : la construction de la Tour Eiffel qui nécessite l’expertise des compagnons .

Le compagnonnage est un laboratoire d’économie sociale . Les premières mutuelles naissent chez les compagnons . Pour un  » gros mot  » , pour un retard  les compagnons mettent une pièce dans le sabot et utilisent cet argent pour venir en aide à certains d’entre eux dans le besoin .

Pendant la 1° guerre mondiale de nombreux compagnons sont tués . Les SPA ( sociétés protectrices des apprentis ) vont relancer le compagnonnage après le conflit . Sous le régime de Vichy , Pétain tentera de l’instrumentaliser .

Aujourd’hui , les compagnons du tour de France , les compagnons du Devoir et la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment sont présents en France et en Europe .

Depuis novembre 2010 le compagnonnage est inscrit par l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’ humanité .

A l’aube du 21° siècle le compagnonnage va devoir relever 2 défis majeurs , la mondialisation et l’acceptation ou non des femmes en son sein .

 

 

 

 

 

Un grand merci à notre invité de cette soirée.


Après un échange fourni entre la salle et l’intervenant la conférence prend fin .

 

Les Amis de Jean Jaurès de Toulouse dans le Ségala !

Samedi 5 mai :

notre voyage de fin d’année aux limites du Tarn et de l’Aveyron !

Un véritable groupe d’amis(es)

Notre guide et ami, Max Assié avec ses judicieuses et pertinentes informations et anecdotes !

Un auditoire attentif et studieux !

Le viaduc du Viaur

La chapelle de Las Planques et ses secrets …

Une balade d’étude et bucolique à la fois …

Une journée bien remplie avec un « déjeuner républicain »

et ses spécialités du terroir …

Un petit clin d’œil de « votre secrétaire » qui remercie

les participants  à cette sortie réussie grâce à eux.