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Regards du pays toulousain sur la Grande Guerre (4)

Des thèses marquantes en histoire ont été soutenues à Toulouse. On peut citer celles de Pierre Bouyoux sur l’opinion publique dans notre ville pendant la guerre, de Pierre Purseigle sur une histoire comparée Béziers/Northhampton, de Fabrice Pappola sur le bourrage de crâne et l’information des soldats. Voici deux thèses récentes publiées par de grands éditeurs.

La démarche de François Bouloc est originale. Il part des représentations de la catégorie des profiteurs (dans les témoignages des combattants, la presse, le théâtre…) puis il cherche la réalité en archives publiques. De nombreuses entreprises, petites et grandes, ayant fait des bénéfices extraordinaires en temps de guerre, ont fraudé le fisc. Tout en tenant un discours patriotique, leurs dirigeants privaient la patrie de ressources pour mener la guerre.
En utilisant de nombreux témoignages, Alexandre Lafon s’est penché sur le thème de la camaraderie au front. Ici, il est intéressant de remarquer le soutien du ministère de la Défense à un livre bien éloigné de « l’histoire-bataille » traditionnelle.

Les deux images ci-dessus sont des représentations fantasmées de la charge à la baïonnette que certains « penseurs » militaires français jugeaient irrésistible, sans se rendre compte que la guerre déclenchée en 1914 était une guerre industrielle. Le dessinateur (image à gauche) pouvait tout se permettre. Quant à la photo, considérée à tort par certains médias d’aujourd’hui comme authentique, c’est évidemment un faux joué quelque part à l’arrière (position aberrante du photographe si on était en plein combat, geste théâtral du chef tourné vers l’appareil photo, figurants jouant à être mort, sourire d’un assaillant qui regarde l’opérateur). Ces images ont intrigué Cédric Marty, auteur d’une thèse soutenue à Toulouse et dont il a tiré un livre qui vient de paraitre aux éditions Vendémiaire.

Après les thèses, les colloques universitaires. Les historiens toulousains ont participé à des colloques un peu partout en France et même à l’étranger. On peut citer celui de Dijon dont l’affiche rappelle la sympathique « galette républicaine » annuelle des Amis de Jean Jaurès à Toulouse. Il y a à Dijon un lycée hôtelier qui a suivi les recettes de l’époque pour fabriquer divers pains et gâteaux. Je le savais, mais j’en ai trouvé la confirmation concrète : le pain KK allemand est vraiment mauvais ! Et je me souviens du témoignage d’un poilu : lors d’une fraternisation, il a accepté du pain KK pour ne pas vexer l’Allemand qui le lui a donné.
Le colloque « Les batailles de 1916 » a été organisé directement par la Mission du Centenaire à Paris en 2016, sous la direction d’Antoine Prost. Le livre qui en rend compte vient juste d’être publié et présenté aux rendez-vous de l’histoire de Blois.

Organisatrice des colloques de Sorèze, Caroline Barrera a présenté celui d’octobre 2017, publié en octobre 2018, sur le thème « Enseigner la Grande Guerre ». Ces rencontres très originales sont prises en charge par Framespa (Université Jean-Jaurès) pour la partie scientifique, et, pour la partie logistique, par le syndicat mixte de l’abbaye-école de Sorèze qui fédère le département du Tarn, la région Occitanie et la ville de Sorèze. Depuis le colloque de 2009, publié en 2010, les Éditions midi-pyrénéennes assurent la fabrication richement illustrée. Le livre Enseigner la Grande Guerre est constitué de quatre parties. La première éclaire la question par des articles sur l’enseignement de 14-18 en Allemagne, dans l’Italie fasciste, dans les deux Irlande et en Alsace. La deuxième évoque les manuels français. La troisième décrit des expériences concrètes d’enseignement depuis l’école primaire jusqu’à l’université, en passant par le collège et le lycée. Enfin, la dernière partie fait un bilan du Centenaire en donnant la parole aux représentants de la Mission. Parmi les personnes présentes le 20 octobre, cinq ont participé au colloque et au livre : Caroline Barrera, Rémy Cazals, François Icher, Cédric Marty, Alexandre Lafon. On peut rappeler que le professeur Antoine Prost était venu à Sorèze en 2013 et avait rédigé la conclusion du colloque d’histoire de l’éducation publié sous le titre La Cour de récréation, dirigé par Caroline Barrera.

À l’université Jean Jaurès, le travail des germanistes touche également à l’histoire. Jacques Lajarrige a présenté le colloque international sur « Andreas Latzko (1876-1943), un classique de la littérature de guerre oublié ? », qui s’est tenu à Toulouse en avril 2017 et dont les Actes vont bientôt paraitre. De son côté, Hélène Leclerc a évoqué le camp d’internement de ressortissants des pays ennemis installé à Garaison, et le petit livre publié contenant les témoignages traduits en français de deux femmes qui y furent en captivité (Helene Schaarschmidt et Gertrud Köbner).

Les deux ouvrages de Laurent Ségalant méritent de figurer parmi les travaux universitaires. Le premier, en trois forts volumes en dit beaucoup sur les Gascons, soldats et civils, mais il dépasse le cadre régional par l’importance des explications concrètes, utiles à tous ceux qui travaillent sur la période. Je me souviens que Jean Le Pottier, lorsqu’il était directeur des Archives de la Haute-Garonne, avait ces trois volumes à portée de main comme des ouvrages de référence. Quant au livre sur la bataille de Bertrix (en Belgique, le 22 août 1914), il décrit à partir de sources nombreuses le véritable massacre des régiments du pays toulousain.

Livres cités dans la 3e partie :
– Bouloc (François), Les Profiteurs de guerre, 1914-1918, Bruxelles, Éditions Complexe, 2008.
– Lafon (Alexandre), La Camaraderie au front, 1914-1918, Paris, Armand Colin, 2014.
– Marty (Cédric), À l’assaut ! La baïonnette dans la Première Guerre mondiale, Paris, Vendémiaire, 2018.
– Poulain (Caroline) (dir.), Manger et boire entre 1914 et 1918, Dijon, Bibliothèque municipale, et Gand, Snoeck, 2016.
– Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale, Les Batailles de 1916, Paris, Sorbonne Université Presses, 2018.
– Cazals (Rémy) et Barrera (Caroline), Enseigner la Grande Guerre, Portet-sur-Garonne, Éditions midi-pyrénéennes, 2018.
– Köbner (Gertrud) et Schaarschmidt (Helene), Récits de captivité, Garaison, 1914, textes édités par Hilda Inderwildi et Hélène Leclerc, Toulouse, Le Pérégrinateur, 2016.
-Leclerc (Hélène) (dir.), Le Sud-Ouest de la France et les Pyrénées dans la mémoire des pays de langue allemande au XXe siècle, Toulouse, Le Pérégrinateur, 2018.
– Ségalant (Laurent), Des Gascons dans la Grande Guerre, Orthez, Éditions Gascogne, 2009, 3 volumes.
– Ségalant (Laurent), Mourir à Bertrix, Le sacrifice des régiments du Sud-Ouest, 22 août 1914, Toulouse, Privat, 2014.

(à suivre)

Regards du pays toulousain sur la Grande Guerre (3)

Deuxième partie :

Collecte, publication, analyse des témoignages

 

L’image ci-dessous reproduit la couverture d’un des livres de Jean Norton Cru ; l’autre sera cité plus loin.

Des collectes sporadiques de témoignages ont été effectuées bien avant le Centenaire, ainsi que des dépôts spontanés en archives publiques. C’est de cette façon, par exemple, que le fonds photographique Berthelé est entré dans les collections des Archives municipales de Toulouse (voir plus loin l’exploitation de ce fonds). Le Centenaire a accéléré le mouvement avec la Grande Collecte que nous a présentée Anne Goulet, directrice des Archives départementales de la Haute-Garonne.

Après la collecte ou la découverte de nouveaux témoignages, la publication intervient parfois. On peut souligner ici le rôle pionnier de la Fédération audoise des œuvres laïques (FAOL) qui avait déjà, en 1977, publié des extraits des carnets de Barthas. L’image ci-dessous évoque deux combattants audois édités par la FAOL : à gauche Léopold Noé, à droite Xavier Chaïla.

La carte postale (à gauche sur l’image) a été envoyée par Léopold Noé à son fils. Elle représente deux poilus, un faux (regardez ses chaussures et le décor peint dans un studio photo parisien) et un vrai, Léopold lui-même, qui exprime son authentique souvenir en grattant le mot « Bon » pour le remplacer par « Mauvais ». Appartenant au même régiment que le caporal Barthas, le soldat Noé décrit des épisodes identiques, et cette confrontation est bienvenue pour confirmer la fiabilité des deux témoignages.
Le timbre (à droite sur l’image) a été imprimé à l’initiative du petit-fils de Xavier Chaïla dans le cadre de la formule « Mon timbre à moi » comme l’a fait de son côté, avec le portrait de Jean Jaurès, l’association de ses amis de Toulouse.
La publication des témoignages peut revêtir plusieurs formes, ce qui introduit un biais dans la connaissance de l’histoire de la guerre par les lecteurs. Un témoignage non publié restera inconnu ; un témoignage publié à tirage confidentiel par piété familiale ou à petit tirage par une association locale aura moins d’impact qu’un autre, produit par un véritable éditeur et largement diffusé. Si le grand public peut se contenter, à la rigueur, de quelques best-sellers, il n’en est pas de même pour les historiens professionnels qui doivent se tenir informés de la grande complexité des situations et des sentiments en guerre.
Ci-dessous, à gauche, un petit livre de l’association des Amis des Archives de la Haute Garonne ; à droite, le tirage par son fils à compte d’auteur des lettres d’un territorial du Gers qui a très peu combattu et a reçu de nombreux colis de nourriture de sa famille vivant dans un département fameux pour sa gastronomie. Maurice Faget était aussi un soldat de la Grande Guerre et ce cas doit être pris en compte.

Alexandre Lafon (docteur en histoire, conseiller pédagogique et historique à la Mission du Centenaire) a exposé alors le travail des éditions Privat à Toulouse avec la collection « Témoignages pour l’histoire ». Il a lui-même présenté dans cette collection les lettres d’Henri Despeyrières, combattant du Lot-et-Garonne. Fabrice Pappola, présent dans l’auditorium, docteur en histoire et animateur pédagogique pour les collèges et lycées de la Haute-Garonne, a fait de même pour les carnets du sergent Pomiro, un des rares récits des combats de Gallipoli en 1915. La collection comprend aussi le témoignage du médecin toulousain Prosper Viguier, que nous retrouverons plus loin.

Une autre collection de Privat « Destins de la Grande Guerre » dépasse le cadre régional en publiant, par exemple, les lettres d’un épicier normand, Charles Patard, grand admirateur de Jaurès, et le journal de guerre d’un soldat russe, Stéphane Ivanovitch Gavrilenko, envoyé combattre les Allemands sur le front français et qui resta en France après la guerre.
Un autre livre, tout juste publié par Privat, donne à lire plus de cent témoignages de militaires et de civils sur le thème du jour de l’armistice. Les textes sont rassemblés en chapitres selon la situation des témoins en novembre 1918. Le livre souligne l’importance de cette journée historique, et il montre aussi que certaines unités françaises ont combattu après cette date : c’est le cas des troupes envoyées en Russie contre les bolcheviks à Arkhangelsk, à Odessa et même en Sibérie.

Les témoignages collectés, publiés ou inédits, doivent être analysés par les historiens. Voici encore un éditeur du pays toulousain : les Éditions midi-pyrénéennes qui ont publié le gros livre collectif 500 témoins de la Grande Guerre. On en voit ci-dessous la couverture illustrée gracieusement, par amitié, par le célèbre dessinateur de BD, Tardi. Le livre collectif a rassemblé 33 auteurs dont 16 Toulousains. Quelques-uns d’entre eux ont participé à la journée du 20 octobre (Alexandre Lafon, Cédric Marty, Fabrice Pappola, Rémy Cazals), ainsi que l’éditeur (Bernard Seiden) qui a évoqué une vente de plus de 3 000 exemplaires de ce livre.

Cet ouvrage souhaite prendre la suite du fameux livre Témoins, Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, publié en 1929. L’auteur, Jean Norton Cru, ne prenait en compte que les textes de combattants édités. Donc pas de témoignages féminins et pas d’analyse d’inédits. Pourtant Jean Norton Cru avait annoncé que ces inédits existaient en grande quantité et qu’ils sortiraient un jour des tiroirs et des greniers. C’est bien ce qui s’est produit. Certains disent que la publication des carnets de Barthas a été déterminante pour déclencher la recherche, et nous ne les démentirons point.
Publié pour le Centenaire, le livre 500 témoins constate un net rééquilibrage social. Sur les 250 combattants étudiés par Cru, 78% appartenaient aux classes dirigeantes et intellectuelles, et 22% étaient des étudiants destinés à devenir des intellectuels ou des cadres. Sur les 500 notices du livre récent, 50% concernent les catégories populaires (cultivateurs, ouvriers, artisans, petits commerçants, employés de bureaux, instituteurs de villages).
Autour de l’an 2000, certains historiens ont critiqué ce qu’ils ont appelé « la dictature du témoignage ». C’était une erreur. Si les témoignages sont analysés avec méthode, confrontés, placés dans leur contexte, ils deviennent des documents fiables. Ce qu’il faut craindre, plutôt, c’est la dictature d’un historien ou d’une historienne sur les témoignages : surinterprétation, élimination de témoignages qui gênent des théories excessives. Il faut continuer à en chercher car ils apportent toujours du nouveau : ainsi en est-il du texte de Marius Reverdy, un Audois, (rare témoignage d’un sous-marinier français) et de la correspondance d’une valeur historique considérable de Marie-Louise et Jules Puech, tarnais d’origine. Jules a décrit avec précision la vie des poilus à Verdun et dans la Somme. Marie-Louise, à Paris, recevait beaucoup d’informations de personnalités politiques et militaires et participait aux mouvements pacifistes. Mari et femme ont eu à affronter la censure (sur le courrier et sur la publication de la revue La Paix par le Droit) et leur correspondance révèle plusieurs méthodes pour la contourner.

Liste des livres cités dans la 2e partie :
– Cru (Jean Norton), Témoins, Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, avec un supplément critique de Frédéric Rousseau, Presses universitaires de Nancy, 2006 [1ère édition, 1929].
– Cru (Jean Norton), Du témoignage, Paris, Gallimard, 1930. Certaines éditions récentes incomplètes ne sauraient être retenues.
– Noé (Léopold), Nous étions ennemis sans savoir pourquoi ni comment, Carcassonne, FAOL, 1980.
– Chaïla (Xavier), C’est à Craonne, sur le plateau… Journal de route 1914, 15, 16, 17, 18, 19,
Carcassonne, FAOL, 1997. À partir du mémoire de maîtrise de Sandrine Laspalles.
– Chansou (Joseph), Un prêtre frontonnais dans la Grande Guerre, Journal 1914-1918, Toulouse, Association des Amis des Archives de la Haute-Garonne, 2014.
– Faget (Henri), Lettres de mon père 1914-1918, à compte d’auteur, 2009.
– « C’est si triste de mourir à vingt ans », Lettres du soldat Henri Despeyrières, 1914-1915, présentées par Alexandre Lafon, préface d’André Bach, Toulouse, Privat, 2007.
– Lafon (Alexandre), « Autour de la pratique photographique au front, étude de la collection d’Henri Despeyrières », dans Annales du Midi, n° 275, juillet-septembre 2011, p. 391-408.
– Les Carnets de guerre d’Arnaud Pomiro, Des Dardanelles au Chemin des Dames, présentés par Fabrice Pappola, Toulouse, Privat, 2006.
– Jeger (Isabelle), « Si on avait écouté Jaurès », Lettres d’un pacifiste dans les tranchées, Charles Patard, Toulouse, Privat, 2014.
– Adam (Rémi), Le journal de Stéphane Ivanovitch Gavrilenko, Un soldat russe en France 1916-1917, Toulouse, Privat, 2014.
– Cazals (Rémy), La fin du cauchemar, 11 novembre 1918, Toulouse, Privat, 2018.
– Cazals (Rémy) (dir.), 500 témoins de la Grande Guerre, Portet-sur-Garonne, Éditions midi-pyrénéennes, 2013.
– Reverdy (Marius), Mon journal de guerre 1914-15-16-17-18, Carcassonne, Archives de l’Aude, 2016.
– Puech (Marie-Louise et Jules), Saleté de guerre ! Correspondance 1915-1916, Maisons-Laffitte, Ampelos, 2015.

(à suivre)

Regards du pays toulousain sur l’histoire de la Grande Guerre

Toulouse, Espace Diversités & Laïcité, rue d’Aubuisson,

Samedi 20 octobre, de 15 à 19 heures

Cette manifestation est animée par Rémy Cazals, professeur émérite à l’université de Toulouse Jean Jaurès. Elle est le résultat d’une initiative commune de deux associations : les Amis de Jean Jaurès à Toulouse et les Amis des Archives départementales de la Haute-Garonne. Elle a reçu le label de la Mission nationale du Centenaire, représentée sur place par Antoine Prost, président de son conseil scientifique, par Rémy Cazals, membre de ce conseil et par Alexandre Lafon (ancien étudiant de l’université Jean Jaurès), conseiller pédagogique et historique auprès du directeur général, Joseph Zimet (lui-même attaché à la région puisque né à Arfons dans la Montagne Noire).
Le pays toulousain est considéré comme englobant Toulouse et la Haute-Garonne avec quelques extensions vers les départements limitrophes. S’il n’est pas possible de signaler toutes les initiatives prises sur ce territoire pendant la période du Centenaire, celles qui vont être présentées ici sont nombreuses et variées.

La une de La Dépêche du 1er août 1914 annonce deux nouvelles : l’assassinat de Jean Jaurès, qui écrivait dans le quotidien toulousain depuis 1887, et la mobilisation. Le premier jour de la mobilisation générale est le dimanche 2 août. L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août.
Dans notre présentation, la place du témoignage des contemporains est tellement importante qu’elle occupe deux parties :
1. Le livre du tonnelier Barthas
2. Collecte, publication, analyse des témoignages
Viennent ensuite :
3. La recherche universitaire
4. Pédagogie, animations

1ère partie : Le livre du tonnelier Barthas

Louis Barthas était tonnelier à Peyriac-Minervois (Aude) et ses camarades de régiment vivaient, comme il l’écrit lui-même, sur les bords de l’Aude et de la Garonne. La photo suivante représente la section du sous-lieutenant Coll du 280e régiment d’infanterie devant les ruines de la brasserie de Vermelles en Artois. On distingue Barthas vers le fond, et des soldats décrits dans son livre, comme Maisonnave, au premier rang, veste déboutonnée. Cette photo appartient au fonds Hudelle découvert par une étudiante toulousaine et déposé aux Archives de l’Aude.

Le texte de Barthas décrit tous les aspects de la vie dans les tranchées. Il constitue un bon répertoire des diverses formes de trêves tacites et de fraternisations. Il montre aussi toute l’horreur de la guerre. Les titres donnés à ses cahiers sont clairs : « le charnier de Lorette », « l’enfer de Verdun », « dans la boue sanglante de la Somme », etc. Décrire les moments de « laisser vivre » entre ennemis ne signifie pas qu’on nie la violence des combats.

Rappelons que Louis Barthas était un simple caporal, un artisan de village, seulement titulaire du certificat d’études primaires, militant socialiste. Son texte a été publié en 1978 par François Maspero et a eu immédiatement un extraordinaire succès. Son talent naturel, sans artifices, a été reconnu, par exemple, par François Mitterrand à qui les socialistes audois avaient offert l’ouvrage : « Ah, les Carnets de Louis Barthas ! Ce livre a une haute valeur historique, et aussi c’est une véritable œuvre littéraire. »
En 2018, le livre de Barthas a atteint un tirage total de 150 mille exemplaires, incluant l’édition en format de poche et les traductions en anglais, en espagnol et en néerlandais ; il a reçu un excellent accueil du New York Times, et de journaux espagnols de premier plan comme El Païs.

Le texte de Barthas a été exploité à la télévision (série Arte en 2014), dans la chanson (Marcel Amont), au théâtre (Philippe Orgebin), dans la BD (ci-dessous Louis Barthas vu par Kris et Maël).

Il a été largement utilisé dans les manuels scolaires de collège et de lycée. Par exemple, ci-dessous, dans un manuel de troisième des années 1980.

(à suivre)…

31 juillet 2018 : Commémoration de l’assassinat de Jean Jaurès.

 

A l’invitation de la municipalité de la ville de Toulouse, l’Association « Les Amis de Jean Jaurès à Toulouse » était bien présente à ce moment de mémoire.

Les mots de Monsieur le Maire et de Rémy PECH.

Le dépôt de gerbe avec Jonathan BARBIER et les amis présents.

UNE CEREMONIE DANS LE PLUS PUR ESPRIT JAURESIEN OU

FRATERNITE ET LIBERTE ETAIENT PORTEUSES D’UN ESPOIR DE PAIX.

Arrêt sur images : Café du 19 juin 2018

                

Les compagnons du Tour de France

                                           par François ICHER,
  inspecteur d’académie, chercheur associé au CNRS.

 

 

 

 

 

 

Notre intervenant présenté

par Dominique DOUCET

Trésorier adjoint de notre association.

 

 

Le compagnonnage , apparu à la fin du Moyen-Age , sujet méconnu du grand public , est le plus souvent associé , à tort, au 19° siècle .

Il s’agit d’un protocole basé sur le voyage . C’est par le voyage que le futur compagnon apprend le métier .

Souvent , le compagnonnage est lié à la franc maçonnerie; il s’agit d’une erreur provoquée par les symboles de l’équerre , du compas et des 3 points .

L’imagerie populaire représente le compagnon toujours âgé , officiant dans un atelier poussiéreux . L’un des premiers compagnons à avoir écrit sur ce sujet est Agricol Perdiguier , menuisier , ami de George Sand et de Victor Hugo .

Les pères fondateurs du compagnonnage sont le roi Salomon , représentant des puissants , le père Soubise , représentant des oratores et maître Jacques , tailleur de pierre , symbolisant les laboratores . C’est au Moyen-Age que se structurent des confréries axées sur une vie de voyages et organisées en 3 rangs : apprentis , compagnons et maîtres . Le  » livre des métiers  » de 1268 est une source de renseignements importante car il répertorie tous les métiers exercés à Paris à cette époque . On apprend aussi les règles essentielles du compagnonnage : l’apprentissage est payant ( la famille de l’apprenti paie le maître ) ; l’apprenti ne peut quitter le maître sans autorisation ; après son tour de France l’apprenti devient compagnon et perçoit des gages ; il doit présenter son chef d’œuvre .

Le principe du tour de France est : voyager pour apprendre .

Un coup de tonnerre retentit le 14 mars 1655 : l’église catholique condamne le compagnonnage . Procès verbaux , arrêts , ordonnances visent les compagnons . Toutefois si on surveille les compagnons, on les tolère .

La révolution de 1789 va susciter de grands espoirs chez les compagnons . Espoirs vite déçus car désormais il sera possible de s’installer à son compte en payant simplement une patente . La loi Le Chapelier va les combattre , le livret ouvrier va les ficher .La révolution industrielle va mettre à mal le compagnonnage: le train remplace la marche , l’usine remplace l’atelier , les outils changent , les métiers nouveaux ne sont pas des métiers du compagnonnage . . . Et apparaissent les premiers syndicats qui tendent à le ridiculiser . Mais survient un évènement qui va le remettre sut le devant de la scène : la construction de la Tour Eiffel qui nécessite l’expertise des compagnons .

Le compagnonnage est un laboratoire d’économie sociale . Les premières mutuelles naissent chez les compagnons . Pour un  » gros mot  » , pour un retard  les compagnons mettent une pièce dans le sabot et utilisent cet argent pour venir en aide à certains d’entre eux dans le besoin .

Pendant la 1° guerre mondiale de nombreux compagnons sont tués . Les SPA ( sociétés protectrices des apprentis ) vont relancer le compagnonnage après le conflit . Sous le régime de Vichy , Pétain tentera de l’instrumentaliser .

Aujourd’hui , les compagnons du tour de France , les compagnons du Devoir et la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment sont présents en France et en Europe .

Depuis novembre 2010 le compagnonnage est inscrit par l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’ humanité .

A l’aube du 21° siècle le compagnonnage va devoir relever 2 défis majeurs , la mondialisation et l’acceptation ou non des femmes en son sein .

 

 

 

 

 

Un grand merci à notre invité de cette soirée.


Après un échange fourni entre la salle et l’intervenant la conférence prend fin .

 

Les Amis de Jean Jaurès de Toulouse dans le Ségala !

Samedi 5 mai :

notre voyage de fin d’année aux limites du Tarn et de l’Aveyron !

Un véritable groupe d’amis(es)

Notre guide et ami, Max Assié avec ses judicieuses et pertinentes informations et anecdotes !

Un auditoire attentif et studieux !

Le viaduc du Viaur

La chapelle de Las Planques et ses secrets …

Une balade d’étude et bucolique à la fois …

Une journée bien remplie avec un « déjeuner républicain »

et ses spécialités du terroir …

Un petit clin d’œil de « votre secrétaire » qui remercie

les participants  à cette sortie réussie grâce à eux.

Arrêt sur images : Café du 9 avril 2018

François-Vincent RASPAIL

un combattant républicain

                              par Jonathan BARBIER

Docteur en Histoire  et ATER à Sciences Politiques Toulouse

                                     

Jonathan présenté et assisté par Rémy Pech (président des AJJT)

             Lors de son évocation de François-Vincent Raspail , Jonathan Barbier a tenu à mettre en évidence l’action politique mais aussi scientifique de ce personnage qui fut à la fois l’incarnation et un héros de la République dans les années 1870 .

Dans l’apprentissage politique , il faut distinguer les années Carpentrassiennes .

Alors que François-Vincent n’a que 2 ans son père décède . Il laisse derrière lui une femme et ses 3 enfants dans le plus grand dénuement .

François-Vincent est envoyé dans des écoles destinées aux enfants des couches sociales les plus défavorisées . Son premier maître d’école , le père Dutrain , le traumatise .Sa mère ( Marie Laty ) décide alors de le confier à un abbé janséniste , Joseph-Siffrein-François Eysseric . Il semble que celui ci lui ait inculqué le premier des idées républicaines ; mais il lui enseigne surtout la botanique et l’agronomie . Il lui transmet des valeurs essentielles : la charité , une certaine forme d’ascétisme , une haine viscérale à l’encontre des jésuites .

Sa mère souhaiterait pour lui une carrière sacerdotale .

Raspail se cherche professionnellement et politiquement .

A 16 ans , en 1810 , il intègre le séminaire d’Avignon où il réussit brillamment . En 1812 il est nommé professeur de philosophie . Mais progressivement Raspail se politise et choisit pour ses cours des thèmes polémiques . En 1813 il quitte le séminaire , revient dans sa ville natale et est nommé professeur au collège de Carpentras . Raspail voue une profonde admiration à Napoléon pour son parcours , ses exploits militaires mais pas forcément pour ses idées politiques . A partir de 1813 il est un soutien de l’empereur plus qu’un bonapartiste . Mais après Waterloo c’est l’heure de la vengeance : des carpentrassiens royalistes assiègent la maison de Raspail . Condamné à mort par contumace il part pour Paris . Là , tout en travaillant comme précepteur dans des institutions prestigieuses mais légitimistes , il collabore pour un journal aux opinions libérales , » La Minerve Française  » de Benjamin Constant .

Raspail est initié à 2 loges maçonniques . De 1818 à 1820 il se lance dans des études de droit , puis s’inscrit à la faculté des sciences de Paris .

A partir de 1825 il dépose ses premiers mémoires de chimie et de biologie à l’Académie des sciences . Il faudra attendre la Monarchie de Juillet pour que le travail de Raspail soit reconnu .

En juillet 1830 il participe à l’agitation révolutionnaire . Mais combat-il pour l’avènement de la République ? Difficile à dire . Mais en 1831 il entre en opposition avec le pouvoir orléaniste en prenant une part active dans la direction de 2 sociétés ,  » la société des amis du peuple  » et  » la société des droits de l’homme  » . Il y rencontre Auguste Blanqui et le capitaine de Kersausie. Dans les années 1830 il crèe le journal républicain  » le réformateur « . Politiquement , c’est dans ce journal que la pensée républicaine de Raspail apparaît de façon explicite et cohérente . La vie du journal , jugé subversif par le pouvoir orléaniste , sera de courte durée .

Entre 1836 et 1848 l’activité politique de Raspail ralentit . Il se consacre à l’étude des sciences . Dans les années 1840 un mythe naît autour de lui; il est surnommé le médecin du peuple .Février 1848 , la révolution est de retour . A la demande des citoyens parisiens il aurait proclamé la seconde république depuis l’hôtel de ville . Il publie un nouveau journal ,  » l’ami du peuple  » en 1848 . Elu à l’Assemblée nationale en 1848 , il ne pourra pas siéger et sera même incarcéré pour avoir participé à une manifestation . En prison il continue à faire de la politique . Napoléon iii commue la peine de prison en exil . Raspail part pour la Belgique ; il ne reviendra en France qu’en 1862 .

Il effectue un retour en politique à la fin du second empire en se présentant aux élections législatives de 1869 . Battu dans la Seine , il est vainqueur à Lyon . Malgré son âge il rédige des projets de loi . Accusé d’avoir fait l’apologie du communard Charles Delescluzes , Raspail est condamné à 1 an de détention . L’opinion publique est révoltée , Raspail est un vieillard de 80 ans ! Il est perçu comme un martyr , comme un lutteur infatigable de la cause républicaine .

Sorti de prison en 1875 il se présente aux élections législatives à Marseille et est élu ; il le sera à nouveau en 1877 .

Très fatigué , il est emporté par une pneumonie le 7 janvier 1878 .

Aucun lien ne semble relier Raspail à Jaurès . L’apôtre de la paix n’évoque à aucun moment dans ses textes le médecin social.

Mais bien que la figure de Jaurès ait pris le dessus sur celle de Raspail ce dernier n’est pas totalement oublié .

La soirée se termine avec les questions posées par les personnes présentes, une soirée bien appréciée par tous et toutes...

François-Vincent Raspail : un combattant républicain. par Jonathan Barbier

Café Jaurès Lundi 9 avril 2018 à 18h00

Espace des Diversités – 38, rue d’Aubuisson – Toulouse

                                                                                                   Entrée libre et gratuite

 

« François-Vincent Raspail :

un combattant républicain »

 

                                                                                                                                                                                                           par Jonathan BARBIER

Docteur en histoire – ATER en histoire à Sciences-Po Toulouse

Membre du Conseil d’Administration de notre association


Raspail, un nom qui évoque la toponymie des boulevards et des stations de métro en France. Mais qui se cache derrière la plaque de rue ? François-Vincent Raspail (1794-1878) est à la fois un chimiste et un homme politique. Il se passionne pour la théorie cellulaire, donne des consultations médicales gratuites à ses patients les plus démunis, joue le rôle d’expert judiciaire lors de procès retentissants comme l’affaire Lafarge et surtout combat physiquement et intellectuellement les monarchistes de la Restauration jusqu’à la Troisième République. Véritable touche-à-tout, Raspail s’est toujours efforcé à conjuguer ses deux facettes de savant et de républicain. À tel point que ses travaux sur la théorie cellulaire ont eu une influence notable dans l’élaboration de ses doctrines politiques. Prisonnier politique pendant dix ans, révolutionnaire en juillet 1830 et en février 1848, premier candidat socialiste à une élection présidentielle en décembre 1848, exilé républicain sous le Second Empire, doyen de l’Assemblée nationale en 1876, Raspail est devenu, pour ses contemporains, l’incarnation d’une République combattante et scientifique.

Contact : « Les Amis de Jean Jaurès à Toulouse »

38 bis, avenue de Courrège – 31400 – Toulouse

 06.42.62.65.73. – Courriel : rene.lloret@free.fr 

 

Arrêt sur images : Café Jaurès du 7 mars 2018

 

                JAURES et GUESDE

« convergences et confrontations, d’une rencontre à Toulouse aux congrès internationaux« .

                                       par Jean – Numa  DUCANGE
                   Maître de conférences en Histoire contemporaine

                                                    à l’Université de Rouen

                                         Directeur de la revue Actuel Marx

 

Après la présentation de Jean-Numa Ducange par le Président de l’association Rémy Pech, le conférencier aborde les idées de Jules Guesde et Jean Jaurès, revenant sur quelques uns des enjeux de leurs échanges.

Ils ont été adversaires dans le camp socialiste sur des questions clefs. Mais malgré leurs divergences, de nombreux militants et électeurs socialistes leur accordaient leur confiance.

Jules Guesde et Jean Jaurès ont fondé ensemble, en 1905, l’ancêtre du PS, la SFIO.

            Il faut se souvenir que Jules Guesde est né en 1845. Lors de la guerre de 1870 et de la Commune, c’est déjà un agitateur politique.

Lors des évènements de la Commune, il vit à Montpellier. Il doit s’exiler, d’abord en Suisse. Il revient ensuite en France , puis part en Italie .

Il est à l’origine du premier parti ouvrier Français .En 1880 , ce parti doit se doter d’un programme ; Guesde discute du contenu de ce programme directement avec Marx .

Jean Jaurès est plus jeune ( né en 1859 ) . Fin 1880 il devient socialiste  . Dans le Tarn , il est au contact direct des ouvriers grévistes ; la réalité sociale s’impose à lui .

En mars 1892 , à Toulouse , Guesde et Jaurès se rencontrent . L’année suivante , pour la première fois , une cinquantaine de candidats socialistes sont vainqueurs aux élections législatives . Jules Guesde reste qualifié de  » Prussien  » en raison de ses amitiés avec des Allemands . Il se défend en rappelant sa trajectoire nationaliste et patriotique .

C’est en 1900 qu’a lieu la confrontation à l’hippodrome de Lille . Chacun expose sa pensée : l’affaire Dreyfus est une ligne de clivage , la question de l’alliance avec les autres partis politiques en est une autre .

En ce qui concerne l’affaire Dreyfus , Guesde est d’abord d’accord avec la position d’Emile Zola . Puis il recule et considère qu’il ne faut pas soutenir Dreyfus car c’est un militaire ; et les militaires ont tiré sur les communards !

Jaurès , lui , pense qu’il faut soutenir Dreyfus parce que sa condamnation est une injustice , qu’elle est motivée par l’antisémitisme .

Dans le même temps ,le gouvernement Waldeck-Rousseau est constitué ; il s’agit d’un gouvernement d’union large . Un socialiste modéré , Alexandre Millerand , devient ministre de l’économie et du commerce . Jaurès est favorable à l’alliance et à l’action de Millerand .Guesde , lui , considère cela comme une trahison .

Les divergences , voire les divisions sont nombreuses entre les 2 hommes : sur la religion , la laïcité , la franc maçonnerie , le syndicalisme , les coopératives . . .

Pourtant , en mai 1905 , Jaurès et Guesde se retrouvent à Paris pour créer le parti socialiste . L’aspiration à l’unité est donc la plus forte, d’autant plus que les 2 hommes y gagnent : dans les formules , Guesde semble avoir gagné ; mais entre 1905 et1914 c’est Jaurès qui devient la grande figure du socialisme Français .

Après l’assassinat de Jaurès le 31 juillet 1914 , le 4 août , Guesde vote l’union sacrée et les crédits de guerre . Fin août il accepte même de devenir ministre .

Guesde ne sera pas un martyr, Jaurès oui !