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Rapport moral de notre AG du 18 novembre 2014

RAPPORT MORAL

– Cafés Jaurès : à la fin de l’année civile, nous aurons tenu nos engagements avec 9 Cafés Jaurès. La formule ne semble pas être épuisée, bien que, faisant venir désormais des invités extérieurs à Toulouse ou sa région, nous ayons été obligés d’abandonner le rythme régulier des rendez-vous fixés au premier mardi du mois. Pour l’année à venir le calendrier est quasiment rempli jusqu’à l’été 2015.

9 décembre avec Charles Silvestre sur « le Centenaire et après? Jaurès toujours présent ». Et les Grandes Bouches
27 janvier avec Aude Larmet pour « Jaurès et l’art  »
24 février avec Jean Faury pour « Jaurès et le Monde arabo musulman »
17 mars avec Rémy cazals pour « Jaurès et les ouvriers de Mazamet »
30 avril avec Alain Boscus pour « Jaurès, Marx et les marxistes de son temps / le marxisme de Jaurès »
En juin nous aurons un café « Jaurès et La Jeunesse » avec Pierre Juston et son équipe.

– L’année Jaurès aura été marquée par notre colloque Jaurès-Clemenceau qui a connu un véritable succès. Il nous faut une fois de plus remercier tous ceux qui ont mis la main à la pâte, nos sponsors et amis dont Bruno Sire le président de la fac qui nous a réservé un excellent accueil à l’Université UT1-Capitole. Et par-dessus tout, nos intervenants de très haute qualité ainsi que les Grandes Bouches dont les intermèdes musicaux ont agréablement rythmé les sessions.

– L’ensemble des travaux ont été filmés par notre ami Louis Nougadère qui, à partir de ces enregistrements a ensuite réalisé des DVD de très bonne qualité. Merci à lui pour ce travail. Il nous appartient maintenant d’en assurer la vente pour à la fois diffuser le riche contenu de ce colloque et en couvrir les frais.

– Nous devons au même Louis Nougadère la mise en place d’un blog « amisdejaures » qui va nous permettre une interaction plus facile et plus efficace avec le public. Je vous invite à y déposer vos suggestions, informations et remarques.

– L’exposition Jaurès, mise à notre disposition par notre ami François Bordes, directeur des archives municipales, a également connu un grand succès, tournant tout au long de l’année dans une quinzaine d’établissements scolaires.

– En juin, nous avons accompagné le lancement du timbre Premier Jour consacré à Jean Jaurès par la Poste. Cette opération, qui nous a été justement suggérée par notre ami Jean-Pierre Audigé, s’est déroulée dans les locaux de La Dépêche, aux Pradettes, où de nombreux philatélistes ont pu, en plus de la satisfaction de leur passion, prendre contact avec notre association.

– Le concours lancé auprès des élèves du primaire, des collégiens et des lycéens sur la mémoire de Jaurès a, par contre, remporté un succès très relatif malgré l’aide active que nous ont apporté le rectorat et l’Inspection académique. En effet, à peine une dizaine d’établissements ont répondu à notre appel. Malgré cette regrettable et décevante faiblesse de participation, due, peut être à la concurrence des concours lancés sur le Centenaire de la Grande Guerre, il faut noter la qualité des oeuvres qui nous ont été présentées. Par bonheur, nous nous étions appuyés sur l’opération internationale lancée par notre ami Jean-Paul Petiot en direction des jeunes, ce qui nous a permis de bénéficier d’une éclatante remise des prix à la Halle aux Grains devant 800 personnes.

ISEG. Nous avons été étroitement associés et avons participé à la Semaine de la Finance organisée par l’ISEG. Cette opération que nous devons à notre ami Farès Haider a consisté à inviter les étudiants de gestion et de finance à s’interroger et à travailler sur le nécessaire humanisme à introduire dans la pratique de l’économie et de la finance. Opération pleinement réussie, riche d’enseignements et de réflexions.

ELECTIONS

Au titre du renouvellement de nos instance, et compte tenu des membres fondateurs et des candidatures qui nous sont parvenues, voici la liste qui a été soumise à l’approbation et acceptée par l’AG:

Président: Jean-Jacques Rouch

Secrétaire Général: René Lloret

Trésorier: Jacques Poumarède

Membres du conseil d’aministration (par ordre alphabétique)

François Bordes
Rémy Cazals
Françoise Cohen
Jean-Michel Ducomte
Hervé Hirigoyen
Pierre Juston
Georges Mailhos
Jean-François Mignard
Rémy Pech
Marie-Claude Petersen
Alain Raynal
Christine Ruiz-Bauzat

« Jaurès entre pacifisme et Défense Nationale », CAFE JAURES – 28/10/2014

Bruno ANTONINI mardi au Café Jaurès.« Jaurès entre pacifisme et Défense Nationale », c’est sur ce thème qu’interviendra le philosophe Bruno ANTONINI dans le cadre de nos Cafés Jaurès mardi 28 octobre, à 18 h au Florida, place du Capitole.Ancien instituteur dans le Tarn, Bruno ANTONINI est maintenant professeur de philosophie au lycée Raspail et à l’Ecole Estienne à Paris. Il a soutenu sa thèse en 2002 à l’Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne, dont il a tiré l’ouvrage « Etat et socialisme chez Jaurès ».

Quel est le rôle de l’Etat dans la conversion de la République en socialisme, dans la pensée et l’action de Jean Jaurès ? Telle est la question à laquelle cet ouvrage essaie de répondre, à partir de la métaphysique de l’unité de l’être de sa thèse de doctorat de philosophie. Son travail doctoral lui a valu d’être le lauréat 2003 du Prix Georges-Bastide décerné par l’Académie des Sciences, inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse;

 

Capture

Bruno ANTONINI

 

 

le jaurésisme

Les idées socialistes de Jaurès : 

Le socialisme de Jean Jaurès mêle le marxisme aux traditions révolutionnaires et républicaines françaises. Le socialisme de Jaurès est souvent qualifié d’« humaniste », avec ses références constantes à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et à la Révolution française, dont il fut l’historien.

Jaurès retient du marxisme l’idée du danger de la concentration capitaliste, la théorie de la valeur et la nécessité de l’unité du prolétariat. Jaurès est évidemment favorable à des lois de protection sociale. Il souhaite aussi unecollectivisation volontaire et partielle. Il veut la démocratisation de la propriété privée, et non sa destruction, et il est attentif aux mouvements coopératifs (verrerie ouvrière d’Albi).

Socialiste, Jaurès dénonce le contraste entre l’énorme misère du prolétariat industriel et l’insensibilité sociale de la bourgeoisie. Pendant une longue époque du dix-neuvième siècle, la défense égoïste de ses privilèges a poussé la bourgeoisie à vouloir imposer le silence au prolétariat en lui interdisant le droit de grève et le droit syndical (qui ne sera reconnu qu’en 1884). Dans son livre intitulé Jean Jaurès, un combat pour L’Humanité, Pascal Melka montre en quels termes Jaurès dénonce cette situation dans sa plaidoirie au procès qui a opposé en 1894 le journaliste Gérault-Richard au président de la République Jean Casimir-Périer :

« Et vous vous étonnez de la véhémence de nos paroles, de la force de nos accusations ! Mais songez donc que nous parlons au nom d’un siècle de silence ! Songez donc qu’il y a cent ans il y avait dans ces ateliers et dans ces mines des hommes qui souffraient, qui mouraient sans avoir le droit d’ouvrir la bouche et de laisser passer, en guise de protestation, même leur souffle de misère : ils se taisaient. Puis un commencement de liberté républicaine est venu. Alors nous parlons pour eux, et tous leurs gémissements étouffés, et toutes les révoltes muettes qui ont crié tout bas dans leur poitrine comprimée vibrent en nous, et éclatent par nous en un cri de colère qui a trop attendu et que vous ne comprimerez pas toujours. »

Jaurès conçoit, par ailleurs, le passage au socialisme dans le cadre de la République parlementaire. Attaché aux traditions républicaines françaises, il n’est cependant pas centralisateur (comme le montrent ses idées sur l’enseignement des langues régionales).

L’historien Michel Winock rappelle : « Ce qui est remarquable, c’est qu’il rend hommage à tous les camps. Ce n’est pas un sectaire. Par exemple, à propos des droits de l’homme et du citoyen, les marxistes disent que ce sont des droits formels, un masque qui rejette dans l’ombre les vraies motivations, c’est-à-dire la défense des intérêts de la bourgeoisie. Ce n’est pas du tout l’avis de Jaurès ». Lors de l’affaire Dreyfus, alors que le socialiste et marxisteJules Guesde juge que le prolétariat n’a pas à défendre un bourgeois, Jean Jaurès s’engage en sa faveur, écrivant : « Nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfermer hors de l’humanité ».

Jean Jaurès

Jean Jaurès

Fonctions

Député du Tarn

10 novembre 1885 – 11 novembre 1889

8 janvier 1893 – 1er juin 1898

Prédécesseur  :  Jérôme de Solages

Successeur   :   Jérôme de Solages

1er juin 1902 – 31 juillet 1914

1er directeur de L’Humanité

18 avril 1904 – 31 juillet 1914

Successeur  :    Pierre Renaudel

1er président du Parti socialiste français

1902 – 1905

Biographie

 

Date de naissance  :   3 septembre 1859

Lieu de naissance   :   Castres, Tarn

Date de décès    :        31 juillet 1914 (à 54 ans)

Lieu de décès :   Paris

Nationalité   :   Française

Parti politique : Parti opportuniste

Socialistes indépendants

Parti socialiste français

Section française de l’Internationale ouvrière

Conjoint  :        Louise Bois

Enfant(s)      :   Madeleine Jaurès, Louis Paul Jaurès

Diplômé de :    ENS Paris

Profession  :     Professeur agrégé

Maître de conférences

Journaliste

Jaurès, le leader socialiste français

1898-1914 : Jaurès, le leader socialiste français

L’affaire Dreyfus

Au début de l’affaire Dreyfus, Jaurès est convaincu de la culpabilité du capitaine Dreyfus. Il utilise même la sentence de déportation, qu’il juge clémente, pour dénoncer l’incohérence de la justice militaire dans un discours à l’assemblée, le 24 décembre 1894 où il déclare que « le capitaine Dreyfus, convaincu de trahison par un jugement unanime, n’a pas été condamné à mort, et le pays voit qu’on fusille sans pitié de simples soldats coupables d’une minute d’égarement, de violences ». Selon les termes de l’historien Michel Dreyfus, « Jaurès estime [au début de l’Affaire] que si Dreyfus n’est pas condamné à mort, c’est parce que l' »immense effort juif » fait en sa faveur n’a pas été tout à fait « stérile » et qu’il a bénéficié du « prodigieux déploiement de la puissance juive » »

Face à la campagne de révision, Jaurès reste donc au départ en retrait. Par la suite, il s’engage véritablement comme défenseur de Dreyfus. « En définitive, la haine de l’antisémitisme ne semble pas avoir joué un rôle « déterminant » dans son engagement en faveur de Dreyfus : c’est bien davantage sa vision de la démocratie, ainsi que sa volonté de rallier la jeunesse qui l’auraient poussé en ce sens. Dès lors, le combat de Jaurès en faveur de Dreyfus devient décisif3 ». Le J’accuse de Zola ne paraît pas avoir été l’élément déclencheur : il refuse encore de s’engager, le 20 janvier 1898, « entre les « cléricaux » qui voudraient utiliser l’Affaire contre les Juifs, les protestants ainsi que les libres penseurs, et les « capitalistes juifs » qui, discrédités par de nombreux « scandales », cherchent à se réhabiliter » puis évoque encore en juin la « race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la fièvre du prophétisme [, qui] manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corruption et d’extorsion »

L’évènement décisif est la révélation, fin août 1898, du faux commis par le commandant Henry : Jaurès s’engage alors avec passion dans la défense de Dreyfus. Pour lui, l’affaire est non seulement un problème de justice individuelle, mais surtout de respect de l’humanité elle-même. En effet, elle pose le problème du mensonge et de l’arbitraire des grandes institutions, notamment de l’armée qui entend avoir une « justice » séparée. En outre, elle est utilisée par les droites catholique et nationaliste pour renverser la République. Il s’oppose alors à certains autres socialistes, dont Jules Guesde pour qui Dreyfus est un officier bourgeois dont la défense ne serait pas prioritaire (le souvenir de la répression sanglante de la Commune de Paris, et d’autres révoltes ouvrières, est pour beaucoup dans la défiance de militants ouvriers envers la cause d’un officier). Jaurès, dans un ouvrage dreyfusard, « Les Preuves », écrit : « Si Dreyfus a été illégalement condamné et si, en effet, comme je le démontrerai bientôt, il est innocent, il n’est plus ni un officier ni un bourgeois : il est dépouillé, par l’excès même du malheur, de tout caractère de classe; il n’est plus que l’humanité elle-même, au plus haut degré de misère et de désespoir qu’on puisse imaginer. […] Nous pouvons, sans contredire nos principes et sans manquer à la lutte des classes, écouter le cri de notre pitié; nous pouvons dans le combat révolutionnaire garder des entrailles humaines; nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfuir hors de l’humanité. »

Mais pour Jaurès, l’accablement de malheurs et d’injustices dont Dreyfus est victime font de lui un homme qui souffre des persécutions de la caste militaire, qui est le « gardien armé du Capital », et donc l’ennemi du prolétariat.

Avec l’affaire Dreyfus, Jaurès devient un homme politique à l’influence nationale.