Chapitre XXII « Le Grand Jaurès »

Les journaux du matin annoncent le 1er août l’assassinat de Jean Jaurès et décrivent la situation internationale au bord de l’explosion. L’instituteur d’Airoux note : « Les journaux du samedi n’apportent pas de bonnes nouvelles. Le tribun Jaurès a été assassiné. La tension européenne est plus vive que jamais. On dépique dans le village. À la récréation, j’y vais avec mon journal. Tous les hommes me demandent quelles sont les nouvelles. Je ne leur cache pas qu’elles sont mauvaises. » À Villegly : « À 4 heures, M. Crouzat, instituteur public, oubliant même de dire aux enfants que ce jour est le dernier de l’année scolaire, court vers le bureau de poste. À 4 heures et demie, appel au télégraphe. Le public écoute par les fenêtres ouvertes. La bande se déroule. – Ça y est ! s’écrie M. Boucard, facteur receveur, et il lit d’une voix émue l’ordre de mobilisation générale. » La nouvelle parvient à Limousis à 5 heures et demie : « Un gendarme arrive à toute allure apportant l’ordre de mobilisation générale ; les affiches sont remplies, affichées, cependant qu’à son de tambour on annonce la triste nouvelle ; les cloches sonnent longtemps lugubrement. » Loin de l’enthousiasme belliqueux signalé dans certaines villes, c’est la consternation qui règne dans les trois villages audois comme ailleurs à la campagne. Les femmes pleurent ; les hommes sont tristes et anxieux, résignés.
Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août. Le maire, l’instituteur ont le temps d’organiser des manifestations patriotiques, et le départ des premiers mobilisés se fait sous les acclamations, les fleurs et les chansons, tandis que circulent quelques litres de vin. Les partants bombent le torse et affichent une gaieté qui ne recouvre pas toujours leur angoisse. Ceux de Bouisse (également dans l’Aude) disent : « Oh ! avec l’armement qu’il y a aujourd’hui, dans huit jours on sera à Berlin. Avec l’armement qu’il y a, eh ben, aujourd’hui, c’est pas besoin de s’en faire. »
Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

1. La guerre que Jaurès voulait empêcher

C’est bien la question des Balkans qui a provoqué l’incendie européen : l’Autriche contre la Serbie ; la Russie avec la Serbie ; l’Allemagne avec l’Autriche ; la France liée à la Russie. L’invasion de la Belgique par les Allemands entraine l’entrée en guerre du Royaume-Uni.

Telle que Jaurès l’avait annoncée
Jaurès avait annoncé que la guerre s’étendrait de proche en proche à toutes les puissances d’Europe, et même au-delà car elles considéraient détenir des « intérêts » dans le monde entier, en particulier en Afrique et en Asie, et elles se les disputaient. C’est bien de la Première Guerre mondiale qu’il s’agit. En conformité avec la prévision de Jaurès, l’économie américaine a su en tirer d’importants profits.
Jaurès savait et avait dit que les Alsaciens ne voulaient pas la guerre qui les ferait combattre dans les deux camps. C’est bien ce qui se produit, la majorité mobilisée dans l’armée du Kaiser, une minorité ayant eu l’intention et la possibilité de passer en France. Les recherches historiques de Raphaël Georges montrent les difficultés d’insertion des combattants de l’armée allemande dans l’Alsace redevenue française. Le mouvement autonomiste laisse entendre que la solution préconisée par Jaurès aurait pu être la bonne ; elle aurait évité bien des malheurs.
L’illusion de la guerre courte disparait bientôt ; les combattants, même les moins instruits évoquent la guerre de Cent Ans dont on leur a parlé à l’école. Jaurès avait écrit : « Qu’on ne s’imagine pas que la guerre de demain serait une guerre courte, quelques coups devant suffire pour vaincre l’adversaire ; qu’on ne s’imagine pas que le vainqueur se contenterait des lauriers d’une rapide victoire et que le vaincu serait anéanti par l’effroi d’une subite défaite. Non, dans l’état où se trouvent les forces militaires européennes, il n’est pas un seul peuple qui puisse obtenir facilement la victoire. La guerre de demain serait une guerre de formidables masses humaines. » Le haut commandement français est obligé de faire largement appel non seulement à toutes les réserves, mais encore aux territoriaux, et de lever les jeunes classes par anticipation. Et là, pas question du long apprentissage militaire indispensable pour faire de bons soldats selon les affirmations des députés et des journalistes de droite pour s’opposer à Jaurès. Quelques semaines suffisent avant de jeter sur le front la jeune chair à canon. Né en 1898, le fils de Jean Jaurès, Louis, a 16 ans en 1914 ; il est tué dans l’Aisne le 3 juin 1918 et son corps n’est pas retrouvé. Une stèle commémorative, surmontée du buste de son père, à Chaudun, date du Front populaire.
Comme Jaurès l’avait prévu, les désastres des guerres balkaniques ne représentaient que l’annonce de désastres infiniment plus considérables. Il avait annoncé que la guerre entrainerait l’écroulement d’empires réputés solides. Ainsi dans L’Humanité du 24 juillet 1914, commentant, lors de la visite de Poincaré, les grèves massives à Saint Pétersbourg, durement réprimées par le feu des Cosaques : « Bien imprudent serait le tsar s’il déchainait ou laissait déchainer une guerre européenne. Bien imprudente aussi serait la monarchie austro-hongroise si, cédant aux aveugles fureurs de son parti clérical et militaire, elle créait entre elle et la Serbie de l’irréparable ! Elle aussi, elle porte en son sein des forces de conflit auxquelles sans doute elle ne résisterait pas. Sous tous les régimes de compression et de privilèges, le sol est miné et si la commotion de guerre se produit, il y aura bien des effondrements et des écroulements. » Le tsar avait tort de prendre les risques d’une guerre : elle lui coûte le trône, puis la vie. L’Empire austro-hongrois est démembré en 1919.
En cas de guerre, la révolution sociale, au lieu de se produire pacifiquement dans une « évolution révolutionnaire », prendrait des formes extrêmement violentes. La Russie les connait : deux révolutions, une terrible guerre civile, et l’échec final des bolcheviks faute d’avoir convaincu l’opinion, restés « une bande campée sur le territoire et abusant des ressources du pays » selon la prévision de Jaurès qui avait également attiré l’attention des souscripteurs d’emprunts russes sur les risques qu’ils prenaient. L’Allemagne connait la révolution spartakiste, écrasée dans le sang par les éléments les plus réactionnaires de l’armée vaincue, alliés avec les dirigeants les plus embourgeoisés du SPD. Le biennio rosso en Italie fait tellement peur aux classes dirigeantes qu’elles appellent Mussolini. La guerre, a dit Jaurès, pourrait entrainer les réactions les plus féroces.
Jaurès avait prévu aussi que les vaincus voudraient prendre un jour leur revanche.

Les combattants de 14-18 évoquent Jaurès
Le retour à la paix devient rapidement le souhait principal de ceux des mobilisés qui vivent les horreurs de la guerre. Ils retrouvent spontanément les idées exprimées par Jaurès. Henri Fauconnier écrit dans une lettre : « Je peux dire que je hais la guerre. C’est une façon, et la vraie, d’aimer sa patrie. » Il critique « les professeurs de patriotisme », qui sont chez Victorin Bès « les patriotes déclamateurs », tandis que Jean-Élie Jury forge l’expression étonnante de « patriotisme paonnesque ». On retrouve bien le patriotisme de parade dénoncé par le député de Carmaux.
Certaines évolutions sont intéressantes. C’est le cas de Fauconnier déjà cité, et aussi de Jean de Pierrefeu, un jeune homme ayant répondu ceci à l’enquête d’Agathon : « C’est Barrès qui nous indique le vrai sens où se dirige la jeunesse d’aujourd’hui. » L’expérience de la guerre le conduit à autre chose : « Pour tout dire, nous n’étions que de jeunes intellectuels, passionnés du jeu cérébral. Nous prenions notre habileté à manier les concepts pour le sens des réalités, suivant en cela l’exemple de notre maître, Maurice Barrès, qui réalisait des abstractions comme un rosier produit des roses. J’ai juré de n’avoir désormais pour guide que l’expérience et de rejeter ce fatras d’idées toutes faites, de notions fausses et de sentiments artificiels dont le pompeux étalage constituait, disait-on, l’héritage des ancêtres. » Voici encore l’aspirant Laby, étudiant en médecine d’opinion nationaliste en 1914, mobilisé dans le service de santé mais souhaitant par-dessus tout ne pas revenir de la guerre sans avoir « tué un Prussien ». En 1917, à la veille de l’offensive du Chemin des Dames, il note sur son carnet : « Quelle boucherie encore on va voir ! C’est bien fait pour moi et je n’ai pas le droit de me plaindre : je suis l’un des nombreux imbéciles qui ont poussé le chauvinisme jusqu’à souhaiter la guerre. Eh bien je suis servi ! »
Les index de deux livres font découvrir le nom de combattants qui se sont référés nommément à Jaurès pour exprimer leur refus de la guerre. Il s’agit de 500 Témoins de la Grande Guerre et de Nous crions grâce (lettres de pacifistes au député socialiste Brizon qui a refusé de voter les crédits de guerre en 1916). On remarque d’abord que plusieurs disent : « le grand Jaurès ». Le soldat du génie A. Marsini écrit : « Nous regrettons tous la perte du Grand Jaurès qui aurait eu le courage de s’élever contre cette iniquité et qui aurait pesé de tout son talent pour arrêter ces hécatombes inutiles. » Il approuve l’attitude du socialiste allemand Liebknecht qui a osé crier en public à Berlin « À bas la guerre ! » et qui a été emprisonné. Le fantassin Eugène Cotte rappelle le souvenir de Jaurès « tant regretté aujourd’hui » et il poursuit : « Le 31 juillet au soir, Jaurès, le grand orateur socialiste, ce tribun droit et consciencieux auquel les gouvernements avaient souvent à rendre compte de leurs actes, était assassiné par un individu des milieux chauvins et nationalistes. » Le poilu carmausin Benjamin Bardou n’a pas besoin de citer le nom de Jaurès lorsqu’il écrit en février 1915, quelques semaines avant d’être tué : « Et pas une seule voix ne s’élève pour arrêter ce carnage. Il y en aurait un qui aurait fait plus que l’impossible pour arrêter ces crimes, mais il n’est plus. » Un anonyme félicite Brizon et ses deux camarades, Blanc et Raffin-Dugens, « vrais socialistes dignes d’être les héritiers moraux du grand et admirable Jaurès ». « Du fond de sa tombe, notre grand Jaurès vous applaudit », ajoute le fantassin Hippolyte Enselme. Même qualificatif employé par G. Dabez pour critiquer L’Humanité : « L’organe officiel du Parti fondé par notre grand Jaurès pour qui la vérité et la franchise étaient au-dessus de tout, continuera-t-il donc à ne donner que la prose majoritaire ? Il est vrai qu’il est difficile de montrer les choses sous leur vrai jour. » Il termine sa lettre à Brizon par : « Vive la paix ! À bas la guerre ! Vive le socialisme international ! » Le sergent Roumiguières écrit que Jaurès avait raison ; le lieutenant Théodore Verdun précise : « Le grand Jaurès avait raison dans ses théories sur la défense de la France. Si le haut commandement avait fait creuser des tranchées sur nos frontières dès que la guerre a été déclarée, la horde allemande aurait été arrêtée et fauchée, le sol français n’aurait pas été envahi et nous n’aurions pas fait tuer nos jeunes soldats par centaines de milliers. Maudite soit la guerre et ceux qui l’ont déchainée ou n’ont pas fait l’impossible pour l’éviter. »
Oui, Jaurès avait raison. L’artilleur Alfred Barrault évoque, parmi les causes de la guerre mondiale la conquête du Maroc en se référant à un discours de Jaurès. Louis Duchesne combat sous les ordres du commandant Gérard : « Nous l’aimions beaucoup dans le parti socialiste auquel il est affilié depuis longtemps. C’était pour les questions militaires le bras droit de Jaurès, et un peu dans le parti notre ministre de la Guerre. L’Armée nouvelle, le puissant livre de Jaurès, est bien un peu son œuvre. Pourquoi ne les a-t-on pas écoutés, lui et Jaurès lorsqu’ils expliquaient au pays que, pour barrer la route à l’invasion torrentielle de l’armée allemande, ce n’était pas augmenter le temps de caserne qu’il fallait, c’était organiser puissamment les réservistes et les territoriaux ? » Prisonnier à Pforzheim, Léon Bronchart explique au gardien chef que la guerre n’aurait pas eu lieu si les Allemands avaient suivi Liebknecht et si les Français avaient écouté Jaurès. Des tranchées, Charles Patard, dans le civil épicier à Sées (Orne), écrit à son jeune frère Joseph, en avril 1915 : « Tu as vu ma petite Jeanne, tu ne sais peut-être pas pourquoi je l’appelle Jeanne. J’avais dit à ma femme ma préférence, si cela avait été un petit garçon, je l’aurais appelé Jean en souvenir de Jean Jaurès, car si nous avions eu beaucoup d’hommes comme lui, je ne serais pas où je suis ; comme c’était une petite fille, elle s’appelle Jeanne. » Il critique les riches embusqués, les hommes politiques chauvins et, alors qu’il est lui-même solidement chrétien, le parti clérical qui escompte « que le malheur et les larmes » referont de la France « la grande nation catholique ». Charles Patard estime que les coupables sont Poincaré, Deschanel, Barrès, Lavedan, Richepin, Bazin, sans oublier « Monseigneur Amette et consorts ». Pour lui, la guerre « est le résultat de la politique revancharde, haineuse, qu’avait si bien dénoncée le grand Jaurès, qu’en voulant exterminer les autres, nous-mêmes nous nous exterminons, que la plus belle jeunesse ouvrière et laborieuse tombe chaque jour. » Devant les horreurs de la guerre, le sergent Collin, du 21e RI, écrit, retrouvant des accents jaurésiens : « Il y a de quoi se sentir dégoûté d’être homme. » De même lorsqu’il estime qu’à côté des marchands de canons, les exploités aussi sont responsables « parce qu’ils se laissent faire ».
Sans exonérer Guillaume II et encore moins le Kronprinz, plusieurs combattants désignent les responsables français de la guerre et, pour ces derniers, de la mort de Jaurès. Pour un anonyme écrivant à Brizon, c’est « la canaille cléricale ». Pour Victorin Bès, ce sont « nos revanchards, nos Déroulède, nos Barrès, nos Poincaré, qui ne cessaient de claironner la charge, de déposer des gerbes au pied des statues de Strasbourg ou autres, qui lançaient des discours enflammés et provocants face à l’Est ». Certes, c’est l’Allemagne qui a déclaré la guerre, « l’épouvantable fléau contre lequel luttait avec tant d’énergie notre Jaurès » (Victorin, né à Castres, avait eu l’occasion de le voir et de l’entendre). « La structure capitaliste des nations, la paix armée, les conflits d’intérêts des magnats des mines et de l’industrie sont moralement responsables de l’état de choses actuel. » Victorin apostrophe le Kaiser, le Kronprinz, les chefs socialistes allemands, et Barrès et Poincaré : « Les effroyables hécatombes d’hommes ne les empêchent-elles pas de dormir ? » Oui, confirme une lettre à Brizon, ce sont les « requins de la finance » qui ont provoqué la guerre par l’intermédiaire des « charognards » que sont Poincaré, Briand, Millerand et Viviani. « Citoyen Brizon, ne vous taisez pas ! mais méfiez-vous ! du quatuor sinistre ci-dessus énoncé, capable de toutes les sales besognes et qui a déjà le meurtre de Jaurès à son actif. »
René Papin, à Brizon : « Je fréquente assez de soldats pour vous dire qu’ils approuvent de tout cœur vos discours, eux qu’on a muselés depuis deux ans et à qui on bourre le crâne avec les journaux à la solde du gouvernement qui, pour réduire à néant le socialisme, d’accord avec la calotte et les traîtres et vendus du parti socialiste comme Sembat, Thomas, Hervé, cherche tous les moyens pour envoyer le peuple à la boucherie. Vous avez osé attaquer en face l’assassin de Jaurès [Briand ? Poincaré ?], l’homme qui ne vaut pas mieux que le Kaiser et la classe dirigeante boche qui a lancé aussi son peuple pour l’empêcher de revendiquer ses droits ; il y a à croire que tous les gouvernements se sont entendus pour faire cette guerre. » « Méfiez-vous de Briand », conseille « un bon républicain » à Brizon et à ses deux camarades, « de vrais socialistes dignes d’être les héritiers moraux du grand et admirable Jaurès. Ce grand génie, assassiné par la réaction, par l’immonde Barrès et les agents provocateurs (allemands) de « l’action dite française », nous manque terriblement. »
« Où est Jaurès ? », demande un soldat, pour s’élever contre la destruction des peuples. Il ajoute : « Non, nous ne voulons pas nous faire tuer pour permettre à la Russie de s’annexer Constantinople ou l’Arménie ! pas plus que nous voulons nous faire tuer pour la cession de l’Alsace-Lorraine, qui ne nous attirera que des prétextes à conflits, et des rivalités ou des déboires ! Luttez donc sans crainte contre la prolongation de la guerre. Au front, nous vous appelons « les Liebknecht français. »
D’autres s’en prennent à Gustave Hervé, dont l’évolution vers le jusqu’auboutisme lui fait obtenir la couronne de roi de la tribu des bourreurs de crâne, à l’issue d’un referendum organisé en 1917 par Le Canard enchaîné, et la comparaison avec le caméléon dans les Carnets de guerre de Louis Barthas. Ce dernier ne se réfère pas au nom de Jaurès, mais ses pages en faveur de la paix sont parfaitement jaurésiennes ; il est aussi un des correspondants de Brizon qui ont osé signer leur lettre de leur vrai nom et de leur affectation.
« Qu’il est dur de maintenir au créneau sa carcasse épouvantée, quand on n’est ni Poincaré, ni Barrès, ni Cherfils de L’Écho de Paris, ni Hervé de La Victoire, ni Bailby de L’Intransigeant ! » Cette phrase ironique est de Camille Rouvière. Étienne Tanty en veut à mort à L’Écho de Paris et aux hommes politiques de l’arrière : il préfèrerait tirer sur eux que sur les Allemands. On a là un thème récurrent dans les réflexions des combattants : que les hommes politiques et les journalistes viennent passer quelque temps dans les tranchées, cela pourrait modifier leur comportement. C’est dans la correspondance de Marie-Louise et Jules Puech que l’on trouve mention de lettres d’injures envoyées du front à « l’engagé volontaire » Barrès, resté à Paris, l’une contenant en cadeau quelques gros poux.

Deux concitoyens de Jaurès
Cette correspondance récemment éditée, unit Jules Puech, fantassin sur le front de Verdun et de la Somme, et sa femme Marie-Louise qui s’occupe à Paris de la revue La Paix par le Droit et se trouve en contact avec des personnalités politiques, médiatiques, universitaires et militaires. Elle contient 40 références au nom de Jaurès. Par exemple, Marie-Louise apprend qu’un des étudiants d’Andler, revenu en permission, lui a dit : « Il n’y a qu’un homme qui ait vu juste, c’est Jaurès dans L’Armée nouvelle. » Dans les milieux militaires aussi, on est obligé d’admettre le rôle fondamental des réserves.
« Jaurès manque de plus en plus », écrit Marie-Louise, le 24 novembre 1915. Plus tard, au moment des rencontres socialistes internationales, Jules estime nécessaire de secouer les membres du SPD. Pour cela, « il faudrait une force irrésistible, une science assurée, une conviction républicaine absolue et un culte avéré pour tout ce qui fait la France. Jaurès et Pressensé auraient été épatants pour ce rôle, mais qui peut les remplacer ? »
Lors d’une « séance en l’honneur de l’Arménie », en avril 1916, Marie-Louise décrit les interventions des personnalités, dont celle d’Anatole France qui a nommé Jaurès parmi les premiers à protester contre les massacres. Elle envoie à son mari le numéro du Temps qui donne le texte du discours et Jules remarque : « Après la soupe, je suis sorti lire sur la route le discours de France ; naturellement, ces salauds du Temps ont coupé l’évocation de Jaurès. »
Tous deux originaires de Castres et s’intéressant à l’histoire du socialisme, Jules et Marie-Louise ont des raisons particulières de noter toute référence à Jaurès. Jules a étudié au même collège, vingt ans après son illustre prédécesseur, et il a vu son nom gravé sur un vieux tableau. Il possède ses livres ; il s’est rendu à ses obsèques. Lors du deuxième anniversaire de sa mort, Marie-Louise achète plusieurs exemplaires de la brochure de Lévy-Bruhl et en envoie une à son mari qui lui demande si elle peut se procurer au siège de L’Humanité une belle photo de leur concitoyen. Le couple est enthousiaste pour adhérer à l’association des Amis de Jaurès qui se fonde en juin 1916. Ils pourraient être parrainés par leur ami Ferdinand Buisson. Le 8 juin, Marie-Louise écrit : « Il faut prendre les petites joies quand elles se présentent. En l’espèce, il s’agit des pages de Lévy-Bruhl sur Jaurès et du Jardin de Marrès par Bérénice qui ont fini par arriver hier. J’ai lu la première partie de Lévy-Bruhl, partie de biographie qui m’intéressait le plus à cause du pays et des gens. Je t’envoie le livre dès aujourd’hui, je finirai de le lire dans un autre exemplaire car j’en ai commandé plusieurs pour les destinataires habituels. J’ai pris ensuite le livre de Snell et je me suis fait une pinte de bon sang. C’est joliment envoyé, et je ne vois pas comment Barrès peut prendre cela. » Victor Snell, secrétaire de rédaction à L’Humanité de 1907 à 1912, est rédacteur en chef du Canard enchaîné. Il est l’auteur du pastiche du roman de Barrès, Le jardin de Bérénice.
Marie-Louise informe aussi son mari d’une affirmation d’Anatole France à propos du prix Nobel de la Paix : « Il n’y a qu’un homme qui le mérite, c’est Jaurès. » Faute de prix Nobel, il reçoit la distinction posthume du transfert au Panthéon, épisode précédé par l’acquittement de son assassin et la scission de son parti.

2. Mémoires divergentes

Jaurès avait réussi, malgré les oppositions entre socialistes, à réaliser et à maintenir l’unité du parti. Avec la guerre et après, les leaders ne sont plus les mêmes : Lafargue, Pressensé, Vaillant sont morts ; Guesde ne compte plus ; Gustave Hervé a pris un autre chemin qui le conduit à publier, en 1936, la brochure C’est Pétain qu’il nous faut. Mais deux grandes tendances continuent à s’affronter.

La scission du parti de Jaurès
La guerre déclarée après son assassinat, certains se posent la question de savoir ce qu’il aurait fait s’il avait vécu. L’historien n’a pas à répondre à cela, mais il doit considérer un fait historique : les contemporains ont donné des réponses, chacun tirant Jaurès vers ses propres positions.
Parmi les lettres de combattants citées plus haut, certaines accusent les dirigeants d’avoir trahi le socialisme et le prolétariat. De fait, lors des moments critiques de la fin de juillet et des premiers jours d’août, des manifestations ouvrières contre la guerre ont eu lieu dans de nombreuses villes d’Allemagne et un peu moins en France. Elles n’ont pas été soutenues par les leaders socialistes et syndicalistes. En France, les plus en vue étaient inscrits sur « le carnet B » des personnes considérées comme dangereuses et qu’il fallait emprisonner en cas de guerre. Malgré les conseils de sévérité de quelques collègues et de Clemenceau, le ministre de l’Intérieur Malvy a passé avec ces « subversifs » un accord sur ces termes : pas d’arrestations ; pas d’opposition à la mobilisation. Ces hommes, comme le syndicaliste Jouhaux, le socialiste antimilitariste Hervé, ont-ils agi par patriotisme, par résignation, par peur de subir un mauvais sort comme Jaurès ? Toujours est-il qu’ils ont pu passer pour des traitres à leur engagement de s’opposer à la guerre par tous les moyens. Certains de ces leaders, Guesde et Sembat d’abord, deviennent ministres (Guesde ? oui, Guesde).
Les horreurs de la guerre et sa durée conduisent une partie des socialistes à contester la politique d’Union sacrée. La première fédération à se manifester est celle de la Haute-Vienne. Une minorité hostile à la prolongation de la guerre s’oppose aux majoritaires. Ces derniers s’affaiblissent avec le temps et l’allongement des listes de victimes. À partir de la fin de 1917, les socialistes ont à tenir compte de la révolution bolchevique en Russie. En Allemagne, contre les leaders embourgeoisés du SPD, le mouvement spartakiste donne naissance au parti communiste. En France, le congrès de Tours du parti de Jaurès, ouvert le 25 décembre 1920, aboutit à la scission entre « la vieille maison » qui reste le parti socialiste SFIO, et le parti communiste SFIC (Section française de l’Internationale communiste, fondée à Moscou). L’Humanité devient le journal communiste.
Les législatives de 1919 donnent la majorité à la droite face à une gauche désunie. Candar et Duclert signalent « quelques mesures mesquines » : refus de donner le nom de Jaurès au lycée de Castres ; refus d’une plaque commémorative au café du Croissant. À Mazamet, une liste d’alliance radicale et socialiste avait réussi à prendre la mairie en 1908 et en 1912, profitant du sectionnement de la commune. Cette équipe municipale avait donné le nom de Francisco Ferrer à une petite rue du centre ville, et le nom de Jaurès à un boulevard. Victorieuse aux élections de 1919, la droite désigne une commission chargée d’examiner les noms de rues. Celle-ci considère qu’il ne faut pas abuser des changements et, en application de cette règle, n’en propose que deux. On comprend tout de suite desquelles il s’agit : la rue Ferrer devient la rue de Verdun ; le boulevard Jaurès reprend son ancien nom de boulevard de la Sagne.
Il ne faut pas oublier l’acquittement de l’assassin de Jaurès, verdict scandaleux qui provoque une énorme manifestation de colère à Paris en avril 1919.
Mai 1924. La gauche obtient la majorité à la Chambre. Le président du Conseil, le radical Édouard Herriot, propose le transfert des cendres de Jaurès au Panthéon. La droite la plus sectaire vote contre, même si un de ses sénateurs estime que Jaurès « est moins dangereux au Panthéon qu’à la tribune » (cité par Max Gallo). Les députés communistes s’abstiennent. L’un d’eux, Renaud Jean, s’explique devant la Chambre : « Dépouillé de l’atmosphère de sentiment qui l’environne, le transfert au Panthéon des cendres de Jaurès n’est-il pas, en effet, destiné à dissimuler derrière son grand nom la carence d’une majorité qui déçoit tous les jours les espoirs que les travailleurs avaient placés en elle ? »
Plus proches de l’homme Jaurès que de propagande à court terme, certains pensent qu’il faut le laisser reposer dans son département natal. C’est le cas du colonel Gérard dans La Dépêche du 26 septembre 1924. Louis Fieu, secrétaire de la fédération socialiste du Tarn, lui répond le lendemain dans ce quotidien où Jaurès avait écrit de 1887 à 1914 : « Nous savons que le Panthéon n’ajoutera rien à sa gloire. Mais, vous ne le savez que trop, Jaurès fut l’homme le plus méconnu, le plus calomnié, le plus diffamé, le plus outragé de France. Il est bon, il est juste, il est indispensable que la Nation entière reconnaisse et répare l’ingratitude des ignorants et des fanatiques, et que la réparation soit éclatante et à la mesure des outrages subis. Pour cela, il faut que Jaurès, porté par toute la Démocratie, aille reposer au temple de gloire élevé à ses grands hommes par la Patrie reconnaissante. Il y a enfin cette raison qui les résume toutes : le transfert des cendres de Jaurès est le geste sympathique qui montrera au monde que la France a retrouvé son vrai visage. »
Dans le cortège officiel, le 23 novembre, une délégation de mineurs de Carmaux traine le char funèbre de Jaurès. Le parti communiste organise un cortège séparé.

Monuments, rues, références
La plupart des villes de France ont une rue ou un boulevard Jean Jaurès. Beaucoup d’établissements scolaires, écoles, collèges, lycées, portent son nom. Le collège de Castres a fini par prendre le nom de son plus illustre élève (d’abord lycée – où j’ai enseigné – puis à nouveau collège lorsque le lycée a été déplacé hors du centre ville).
Les travaux de Jacqueline Lalouette montrent que, loin derrière Jeanne d’Arc, Jaurès est un des personnages de l’histoire de France à qui on a élevé le plus de monuments, des bustes et quelques statues en pied. Ces monuments ont été particulièrement attaqués, victimes de trois sortes de vandalisme : les actes infantiles touchent tous les monuments ; les actes politiques s’en prennent à l’ennemi des réactionnaires ; s’y ajoute le vandalisme institutionnel de l’époque de Vichy.
Auparavant, le Front populaire de 1936 a rapproché socialistes et communistes ; la poste a émis deux timbres à l’effigie de Jaurès. Autre timbre en 1959 pour le centenaire de sa naissance. En 1981, François Mitterrand célèbre sa victoire par une visite au Panthéon afin de déposer une rose sur les tombeaux de Jaurès, de Jean Moulin (pour honorer la Résistance) et de Victor Schœlcher (pour rappeler l’abolition de l’esclavage). Élu pour un deuxième mandat, Mitterrand vient à Castres en novembre 1988 pour inaugurer le Centre national et Musée Jean Jaurès, une création nouvelle qui remplace l’ancienne annexe du musée Goya.
La période 2009-2014 s’ouvre sur le cent-cinquantenaire de la naissance de Jaurès et se termine sur le centenaire de son assassinat. Innombrables sont les manifestations, expositions, conférences, spectacles. L’université de Toulouse-Le Mirail prend enfin le nom de Jean Jaurès qui enseigna la philosophie à la faculté des Lettres.
Quoi que l’on pense des leaders des diverses forces de gauche, leurs références à Jaurès ne surprennent pas. On savait Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle de 2007, capable de chercher toutes les cautions, y compris par des citations choisies du socialiste assassiné. L’affiche du Front national voulant récupérer Jaurès en 2009 dépassait les bornes de la décence, et quelques historiens ont rappelé l’utilité d’une information sérieuse.

3. L’histoire

Il ne faut pas tracer une frontière infranchissable entre la mémoire qui serait subjective et diverse, et l’histoire qui imposerait l’objectivité absolue, la neutralité. Les deux auteurs de la biographie de Jaurès la plus complète, Vincent Duclert et Gilles Candar, se présentent honnêtement au début de leur livre, le premier comme « plus tourné vers l’idéal républicain et le ciel étoilé », le second comme « attaché à la réalité concrète des combats quotidiens, aux patientes entreprises ». En fait, il s’agit là des deux facettes de la personnalité de Jean Jaurès. Et, pour revenir sur le mot « neutralité », employé ci-dessus, Jaurès disait que seul le néant était neutre. Ce qui distingue l’histoire, c’est le sérieux de l’information obtenue par de patientes recherches menées en suivant les règles professionnelles, la confrontation des sources, l’honnêteté dans la diffusion du matériau ainsi obtenu.
Les premiers textes biographiques, pendant la guerre de 14-18 ou peu après, émanent de contemporains et sont donc de précieux témoignages. Citons Lucien Lévy-Bruhl, Jules Renard, Léon Blum. Le cas de Marcelle Auclair (1954) est particulier. On n’attendait pas de la fondatrice de Marie-Claire un livre de 673 pages sur La Vie de Jaurès ou la France d’avant 1914, un vrai livre d’histoire très documenté. L’auteure avait pu converser longuement avec la nièce de Jean Jaurès, elle-même élevée par sa grand-mère, « Mérotte » (cela induisait une certaine dévalorisation de l’épouse de Jean, ce que des documents trouvés récemment ont permis de nuancer). Marcelle Auclair tenait compte de témoignages tarnais, complétés depuis par les mémoires de Calvignac et diverses publications locales d’où émerge le livre de Max Assié (Il était une fois Jaurès, 2014). Citons encore Jean Jaurès, la biographie du fondateur du Parti socialiste, par Harvey Goldberg (1970) ; Le Grand Jaurès de Max Gallo (1984) au titre si juste. La dernière biographie en date est celle de Gilles Candar et Vincent Duclert (2014), citée à plusieurs reprises dans le présent livre.
Il faut faire une place à part à Madeleine Rebérioux, l’historienne qui a joué un rôle décisif dans la connaissance de Jaurès. Longtemps présidente de la Société d’études jaurésiennes créée en 1960, elle a animé son Bulletin, devenu la revue trimestrielle Cahiers Jaurès. Elle a organisé de nombreux colloques universitaires, certains à Castres, au Centre national et Musée Jean Jaurès qu’elle a contribué à créer à la tête d’une équipe d’historiens, eux-mêmes auteurs de recherches sur l’époque. On doit à Madeleine la longue notice « Jaurès » dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, le petit livre sur Jaurès dans la collection très illustrée « Découverte » de Gallimard, et nombre d’articles et de livres sur les aspects les plus divers de l’histoire du grand homme et de son temps.
Madeleine est également à l’origine de la publication des œuvres de Jaurès, qui ne seront jamais « complètes », mais prévues en 17 gros volumes aux éditions Fayard. L’intégrale des articles de Jaurès (et du Liseur) dans La Dépêche de Toulouse a été publiée par Privat. La collection complète de L’Humanité est disponible sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France. De nombreuses anthologies ont vu le jour. Des ouvrages sur des aspects particuliers de la vie et de la pensée de Jaurès paraissent chaque année ; plusieurs ont été utilisés et cités dans les chapitres de ce livre.
La Fondation Jean Jaurès, la Société d’études jaurésiennes poursuivent leur tâche. Des associations des amis de Jaurès sont nées en divers points de France. C’est sur le site de l’association des Amis de Jean Jaurès à Toulouse que ce livre a paru en feuilleton en 2016-2017 ; une bibliographie régulièrement enrichie figure sur www.amisdejaures-toulouse.org.
L’objectif ultime de Jean Jaurès fut de faire progresser l’humanité par des combats acharnés décrits dans ce livre, en faveur de la paix entre les nations, en faveur de la classe ouvrière ; de bâtir, par « l’évolution révolutionnaire », une autre société, meilleure, dans laquelle la propriété et le travail ne seraient plus séparés. Il ne faut pas hésiter à accumuler des louanges méritées : Jaurès se caractérisait par son honnêteté et son désintéressement, son intelligence et son extraordinaire érudition, son éloquence, sa puissance de travail. S’il avait la capacité de traiter à fond de tous les sujets, c’est qu’il les avait étudiés de près. Cela lui permit d’annoncer ce que serait la guerre européenne, la chute des empires, la révolte des colonies, le droit de vote des femmes. Le Grand Jaurès défendait l’intérêt général sans se laisser détourner par des considérations particulières. En face de lui, autour de lui, on a l’impression de n’avoir à faire qu’à de petits hommes. « Mais quel mérite aurions-nous à faire notre devoir si nous étions toujours assurés d’être compris ? » (La Dépêche, 6 février 1908).
Ce livre a essayé de donner des informations exactes, surtout pas des directives pour l’action au XXIe siècle. Raisonnable, le lecteur profitera à son gré des enseignements de Jaurès. Je voudrais cependant ajouter l’interview d’une ouvrière qui l’avait vu et entendu, paroles brèves venant compléter le célèbre texte de Trotsky (de 1917, repris dans Les Cahiers communistes, 1924) dont je cite des extraits :
« Trois années ont passé depuis la mort du plus grand homme de la Troisième République. Il y a maintenant dans la vie politique de la France un grand vide. J’ai entendu Jaurès aux assemblées populaires de Paris, aux congrès internationaux, aux commissions des congrès. Et toujours je croyais l’entendre pour la première fois. En lui, aucune routine : se cherchant et se trouvant lui-même, toujours et inlassablement mobilisant à nouveau les forces multiples de son esprit, il se renouvelait sans cesse et ne se répétait jamais. Sa force puissante, naturelle, s’alliait à une douceur rayonnante qui était comme le reflet de la plus haute culture morale. Il renversait les rochers, tonnait, ébranlait, mais ne s’étourdissait jamais lui-même, il était toujours sur ses gardes, saisissait admirablement l’écho qu’il provoquait dans l’assemblée, parait les objections, balayant quelquefois impitoyablement, tel un ouragan, toute résistance sur son chemin, parfois écartant les obstacles avec magnanimité et douceur comme un maître, un frère aîné. Ainsi le marteau-pilon gigantesque réduit en poussière un bloc énorme ou enfonce avec précision un bouchon dans une bouteille sans la briser. Jaurès, athlète de l’idée, tomba sur l’arène en combattant le plus terrible fléau de l’humanité et du genre humain, la guerre. Et il restera dans la mémoire de la postérité comme le précurseur, le prototype de l’homme supérieur qui doit naitre des souffrances et des chutes, des espoirs et de la lutte. »
Pour compléter ce très beau texte, j’ajoute deux phrases tirées d’un entretien enregistré en 1972 avec Mme Roucayrol, une ouvrière de Mazamet, de famille catholique conservatrice (c’est important de le souligner). Née en 1888, elle avait 21 ans en 1909 et venait de se marier ; elle et son mari, ouvriers du délainage, étaient grévistes. Ils avaient assisté à la conférence donnée par Jaurès le 4 avril en soutien à la grève, et voici sa conclusion : « Jaurès, c’était un socialiste, mais c’était un homme qui raisonnait pas mal quand même… En somme, je crois que c’était le vrai socialiste. »

« Frontispice de A. Domins pour le Jaurès de Georges Pioch,

Librairie d’action d’art de la Ghilde les Forgerons, 1918″

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