“Notre Jean-Jacques” – Rémy Pech

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Jean Jacques : un citoyen hors du commun

Dans son discours le plus célèbre ( Albi 1903, discours à la jeunesse), Jaurès a proclamé : le courage c’est d’aimer la vie, et de regarder la mort d’un regard tranquille. En cela aussi Jean-Jacques a été pleinement jaurésien. Et il a continué à savourer la vie à Toulouse, à Bruniquel, en Tunisie, au Japon, tout en luttant pied à pied contre le mal qui le rongeait. Mais sa vie de journaliste, d’écrivain, de citoyen engagé, il a réussi à en faire une belle vie, une vie vécue avec gourmandise, avec humour, avec humanité. Son rire sonore ne s’éteint pas aujourd’hui, il résonnera encore longtemps pour tous ceux qui l’ont connu, aux nouvelles d’un événement imprévu, à la lecture d’un article contestable, à la prestation ridicule d’un politique grotesque ( hélas il y en a de tous les bords) . Mais aussi au spectacle d’une fête, à une bonne histoire au cours d’un repas amical. C’est cet homme plein de vie que nous pleurons aujourd ‘hui
Mais ne pleurons pas : No llorar, comme l’a écrit Lydie Salvayre,. Certes, nous ressentons sa perte parce qu’elle est inscrite en nous ses amis, comme une mutilation : ce vivant magnifique nous entraînait. Il n’est plus là et nous nous sentons entravés. Mais ce serait lui être infidèle que de ne plus garder ce goût de vivre qu’il eut jusqu’au bout.

Je l’ai croisé à maintes reprises en mes 42 ans de vie toulousaine, puisqu’il était partout où il fallait être pour prendre le pouls de la société, des jeunes surtout, mais je l’ai surtout pratiqué dans les années 89 et 90, époque où Mme Evelyne Baylet, qu’il nommait affectueusement « Mamy » l’avait investi d’une tâche essentielle à ses yeux : le Bicentenaire. A travers le CLEF dont il fut un membre assidu, nous avions conçu une célébration citoyenne, nullement compassée ni passéiste : il s’agissait certes d’évoquer les grandes heures de la Révolution Française dans le Midi, de mettre en valeur les ombres et les lumières d’une Révolution moins sanguinaire, sans être moins fervente, et de dégonfler certains mythes : le mythe jacobin par exemple, qui fait d’un phénomène si complexe un simple écho des événements parisiens. Mais aussi il fallait recenser les «  Bastilles à prendre » aujourd’hui et analyser pourquoi elles subsistaient et comment s’y prendre pour les démanteler. Son goût du débat, sa maîtrise du temps des paroles distribuées faisaient de lui le « modérateur » idéal (il n’aimait guère ce mot, et préférait stimuler le débat plutôt que de le modérer). Une pléiade d’historiens de talent, parrainés par le Doyen Godechot son maître en histoire, Georges Fournier, Michel Taillefer, Georges Mailhos ont parcouru avec lui le département et bien au delà. Ce n’est qu’un épisode parmi d’autres mais bien significatif de sa personnalité et de son engagement.

Il était un écrivain de grand talent, qui savait, à travers ses héros, incarner les valeurs d’une Occitanie ouverte à la Méditerranée.
Jean-Jacques était en effet un Européen convaincu, tourné vers l’Espagne et l’Italie, mais aussi un Méditerranéen ( laTunisie, le Liban lui étaient familiers). Occitan assumé, il ne s’enfermait pas dans une Occitanie seulement éprise de tradition et de folklore. Il aimait les syncrétismes culturels, les transferts d’idée et les synthèses artistiques. Il croyait au progrès de l’humanité par le rapprochement des cultures.

Homme de gauche, il croyait au progrès social , et il a œuvré en ce sens dans ses articles comme dans ses mandats politiques. Il était indigné par les injustices, les égoïsmes et les fanatismes. Il n’avait pas peur de l’étymologie du mot : radical, professant qu’il fallait attaquer à la racine les maux de la société, tout en étant à l’écoute d’autres opinions, et il respectait partenaires et adversaires comme il imposait le respect par sa vaste culture et son humanisme sans oeillères. Attentif au sacré, il réprouvait tous les fanatismes et pour lui la laïcité était plus qu’un slogan ou une valeur complémentaire de la devise républicaine. C’était aussi un art de vivre .

L’association des Amis de Jaurès à Toulouse, qu’il avait fondée, repose sur un travail d’équipe au sein duquel il jouait un rôle majeur mais jamais pesant, sachant valoriser les compétences et les volontés de chacun .

Ce n’est pas un hasard si cette association a 200 membres, c’est à lui qu’on le doit parce qu’il a su donner l’exemple – ses brochures éditées par la Dépêche du Midi, l’ invention des cafés Jaurès et des colloques à thème, dans un esprit non pas partisan, mais fidèle à la mémoire de notre grand inspirateur.

L’exigence éducative ( on le verra dans le colloque qui lui sera dédié cet automne ) était pour lui essentielle. C’est lui-même qui organisa le concours sur la paix dans les colonnes de la Dépêche. Pour toucher le maximum de jeunes, il prit part aux interventions dans les collèges et lycées, parfois les plus difficiles, toujours trouvant le mot juste, l’accroche pour susciter questions, passions et motiver l’engagement.

Evelyne, Leïla, David, Simon et Anna. Il vit en vous comme il vit en nous et nous saurons le continuer.

Merci citoyen Jean-Jacques, merci et adieu.

                                   Rémy Pech

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