Regards du pays toulousain sur la Grande Guerre (suite & fin)

La photo ci-dessus représente un groupe d’élèves du collège de Nailloux (Haute-Garonne) en visite dans les restes de tranchées et de réseaux de barbelés à la Main de Massiges en 2017. Elle évoque le thème des animations, pédagogiques ou autres, extrêmement nombreuses, dont on ne pourra donner que quelques exemples, trop rapidement, mais en essayant de montrer leur complémentarité.

Le professeur Philippe Delvit a présenté les activités à l’Université de Toulouse-Capitole : l’exposition sur les juristes mobilisés ; le Livre d’or des étudiants en droit toulousains tués ; les deux cycles de conférences en 2017-2018 et 2018-2019. Il a rétabli en 2018 le rituel de dépôt de gerbes aux monuments aux morts de l’Université.

En 2008, les Archives municipales de Toulouse avaient déjà monté une très grande exposition en utilisant notamment les photos du fonds Berthelé inventorié par une étudiante de l’Université de Toulouse 2, Julie Maisonhaute. Cette expo avait été montrée en dehors de Toulouse, en particulier dans le département de l’Aisne. Les éditions Privat avaient tiré du fonds un beau livre préfacé par Geneviève Dreyfus-Armand, directrice de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Paris (BDIC). On verra plus loin que les associations de médecins toulousains qui ont réalisé une expo sur le service de santé pendant la Grande Guerre ont largement utilisé le fonds Berthelé. Il s’agit là d’un bon exemple de coopération entre diverses structures.
Rémy Verdo, actuel directeur des Archives municipales de Toulouse, a présenté deux ouvrages réalisés récemment : un catalogue de cartes postales de propagande à prétention humoristique éditées à Toulouse pendant la guerre (ouvrage auquel ont participé Cédric Marty et Fabrice Pappola) ; un petit livre de Louise-Emmanuelle Friquart sur les monuments aux morts toulousains, diffusé par la région Occitanie.
Sur le thème des monuments aux morts, Jacques Poumarède a organisé une soirée de l’association du quartier Concorde-Chalets autour du monument de la place Roquelaine représentant la France protectrice de la civilisation. Dans diverses sources numérisées, il a retrouvé la trace de plusieurs combattants dont le nom est inscrit sur le monument.
Sur le même thème, mais au niveau national, Emmanuel Delandre a produit une remarquable exposition (actuellement en place dans les salles de Canopé, ex-CRDP, rue Roquelaine, jusqu’au 14 décembre) et un très beau livre de photos. L’expo avait été montée à Sorèze en accompagnement du colloque « Enseigner la Grande Guerre ». Elle sera au Centre Culturel de Fouesnant (Finistère) du 9 au 25 janvier. Autre exemple de complémentarité entre les activités et de rayonnement culturel du pays toulousain.
Les deux photos reproduites ci-dessous sont prises à Toulouse (école Chaubet à Guilheméry) et à Dôle (monument à Jean Jaurès).

Au nom des Amis de l’Hôtel-Dieu et du Musée d’Histoire de la Médecine, le professeur Jean-Paul Carrière a présenté l’exposition « Au cœur du service de santé de la Première Guerre mondiale » montée à l’Hôtel Dieu de Toulouse en novembre 2016 pour une année et prolongée jusqu’en novembre 2018. Cette exposition reposait sur les documents originaux ayant appartenu au chirurgien toulousain Prosper Viguier, sur les photos du fonds Berthelé déjà cité et sur des uniformes et objets divers prêtés par des collectionneurs. Une vitrine présentait aussi les publications de l’Université Jean Jaurès en rapport avec 14-18. Les notes de Prosper Viguier ont été réunies en livre pour les éditions Privat. Un cycle de huit conférences a accompagné l’exposition. Celle du 5 novembre, la dernière du cycle, a pour auteur François Icher.
Celui-ci, inspecteur d’académie et inspecteur pédagogique régional, a également pris la parole le 20 octobre pour rappeler le fort investissement de l’Éducation nationale dans le Centenaire. On lira avec profit le texte de son intervention au colloque de Sorèze, dans Enseigner la Grande Guerre, livre déjà cité.

L’image ci-dessus illustre l’investissement des établissements d’enseignement dans des activités pédagogiques, la plupart labellisées par la Mission du Centenaire. Elle représente la manifestation franco-allemande du 29 mai 2016 à la nécropole de Douaumont sur une scénographie de Volker Schlöndorff (photo communiquée par la Mission du Centenaire pour le livre Enseigner la Grande Guerre).

Il faut terminer en insistant sur un fait capital : la motivation des institutions (dépôts d’archives, médiathèques, musées, mairies…), des établissements d’enseignement de tous niveaux, et de quantité d’associations de quartier, de village. J’ai pu personnellement le constater en faisant, entre 2014 et 2018, des dizaines d’interventions à travers la France, et même à l’étranger jusqu’à Shanghai…
Les Journées de Larrazet, animées par Alain Daziron, ont commémoré 14-18. Jean-Claude François a fait connaître les habitants de Villemur-sur-Tarn dans la Grande Guerre. Blagnac a réédité un ouvrage paru en 2008, a monté une exposition et organisé plusieurs spectacles. Le musée Petiet et le ciné-club de Limoux ont proposé un large éventail d’activités. La Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron a organisé un colloque et en a publié les Actes… Encore une fois, il n’est pas possible de citer toutes les initiatives

Dans sa conclusion à la journée du 20 octobre, le professeur Antoine Prost a souligné qu’il s’est passé quelque chose d’important qu’on n’avait pas prévu en 2013. Il s’est agi d’un phénomène commémoratif massif. Cela est dû au fait que la société a changé : nos contemporains ont davantage d’instruction et de temps libre ; les collectivités locales sont dotées de services culturels ; il y a des milliers d’associations. Ainsi, le Centenaire est-il aussi un témoignage sur l’évolution de la société française.

Liste des livres cités dans la 4e partie :

– Devaux (Olivier) et Garnier (Florent), Mémoires de la Grande Guerre – Le Livre d’or de la Faculté de Droit de Toulouse, Presses de l’Université Toulouse 1 Capitole, 2018.
– 1914-1918, Images de l’arrière-front, Raoul Berthelé, lieutenant et photographe, ouvrage préparé par Rémy Cazals, préface de Geneviève Dreyfus-Armand, Toulouse, Privat, 2008.
– Drôle de guerre !? Catalogue des cartes postales dessinées éditées à Toulouse (1914-1918), Archives municipales de Toulouse, 2014.
– Friquart (Louise-Emmanuelle), L’art du souvenir, les monuments commémoratifs de la guerre 1914-1918 à Toulouse, Conseil régional Midi-Pyrénées, 2014.
– Delandre (Emmanuel), De Mémoire et de Paix, le pacifisme dans les monuments aux morts de 14-18, Toulouse, 2017.
– Viguier (Prosper), Un chirurgien de la Grande Guerre, Toulouse, Privat, 2007.
– François (Jean-Claude), Les Villemuriens dans la Grande Guerre, « Les Amis de Villemur historique », 2014.
– Les Blagnacais pendant la Grande Guerre, « Blagnac, questions d’histoire », 2008, réédité en 2018.
– Les Aveyronnais sur tous les fronts 1914-1918, Rodez, Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, 2018.

Éclairages :

– Prost (Antoine), « Les monuments aux morts », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, I La République, Paris, Gallimard, 1984.
– Cazals (Rémy), Les mots de 14-18, Toulouse, PUM, 2003.

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